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Nombreux articles sur les violences urbaines

24 octobre 2006 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du site « Yahoo », le 24.10.06 : Chronologie des violences urbaines de 2005

PARIS (AP) - Voici une chronologie des violences urbaines de l’automne 2005 en France :

- 27 octobre : trois adolescents croyant être poursuivis par la police se réfugient dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Bouna Traoré, 15 ans, et Zyed Benna, 17 ans, meurent électrocutés. Un troisième adolescent est grièvement brûlé. Des centaines de jeunes mettent le feu à des voitures et à des magasins à Clichy-sous-Bois

- 28 octobre : des émeutiers tirent à balles réelles sur un véhicule des CRS à Clichy-sous-Bois

- 30 octobre : une grenade lacrymogène explose devant la mosquée de Clichy-sous-Bois, déclenchant la colère d’habitants de cette commune et de villes voisines

- 31 octobre : les violences gagnent d’autres communes de Seine-Saint-Denis. Des jeunes lancent des cocktails Molotov contre des voitures, des magasins et des bâtiments publics. La police réplique avec des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc. Des incidents éclatent dans le quartier sensible de l’Ousse-des-Bois à Pau (Pyrénées-Atlantiques)

- 1er novembre : une dizaine de villes de Seine-Saint-Denis sont touchées

- 2 novembre : Jacques Chiracappelle au calme en déclarant durant le conseil des ministres : "Il faut que les esprits s’apaisent. Il ne peut pas exister de zone de non-droit en République".

Les émeutes s’étendent à une vingtaine de communes d’Ile-de-France. Quatre coups de feu sont tirés en Seine-Saint-Denis contre des policiers et des pompiers, sans faire de blessé. Un individu asperge de liquide inflammable la passagère d’un bus munie de béquilles et allume le feu ; la quinquagénaire est grièvement brûlée. On recense 315 voitures incendiées en Ile-de-France

- 3 novembre : une information judiciaire contre X pour non assistance à personnes en danger est ouverte dans le cadre de l’enquête sur la mort par électrocution des deux adolescents à Clichy-sous-Bois. Le procureur de la République de Bobigny François Molins déclare que, d’après les premiers éléments de l’enquête, il n’y a "pas eu de course-poursuite" entre les jeunes et la police.
Après le "caillassage" de deux rames du RER B au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), un dispositif de sécurité est mis en place dans les trains circulant dans les secteurs "à risques". On recense 593 véhicules brûlés en France, dont 519 en région parisienne. Alors que Paris avait été épargnée jusqu’alors, sept voitures sont incendiées intra muros

- 4 novembre : le Premier ministre Dominique de Villepin reçoit une quinzaine de jeunes des zones urbaines sensibles pour un échange sur la situation dans les quartiers. Les violences gagnent la province, notamment le Nord, l’Ille-et-Vilaine, le Bas-Rhin, les Alpes-Maritimes et la Haute-Garonne. Le nombre d’interpellations augmente (203)

- 5 novembre : Dominique de Villepin reçoit à Matignon Dalil Boubakeur, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), et lui assure que la mosquée de Clichy-sous-Bois "n’a en aucune manière été visée par les forces de l’ordre".

Un atelier de confection de cocktail Molotov est découvert dans un local désaffecté à Evry (Essonne). On recense 1.295 véhicules brûlés, dont 554 en province et 35 à Paris intra muros, ainsi que 349 interpellations. Graves incidents à Evreux (Eure)

- 6 novembre : "Aujourd’hui, la priorité absolue, c’est le rétablissement de la sécurité et de l’ordre public", déclare M. Chirac dans sa première déclaration publique depuis le début des violences. On recense 1.408 voitures brûlées (record), 274 communes touchées, 36 policiers et cinq pompiers blessés, 395 interpellations. Violents affrontements à Grigny (Essonne) où deux policiers sont blessés par des tirs de fusil de chasse

- 7 novembre : des violences urbaines, d’une moindre ampleur, sont signalées en Belgique et en Allemagne. Jean-Jacques Le Chenadec, un homme de 61 ans qui se trouvait dans le coma depuis trois jours après avoir été frappé alors qu’il tentait d’éteindre un feu de poubelle en bas de son immeuble à Stains (Seine-Saint-Denis), décède des suites de ses blessures. C’est le premier décès depuis le début des émeutes.

Le Premier ministre Dominique de Villepin annonce que le gouvernement va autoriser les préfets à recourir au couvre-feu et qu’il a décidé d’appeler 1.500 réservistes, gendarmes et policiers, pour renforcer les 8.000 membres des forces de l’ordre présents dans les banlieues. On recense 1.173 voitures incendiées en France, 226 communes touchées et 330 interpellations

- 8 novembre : le gouvernement prend le décret instituant l’état d’urgence dans les banlieues, afin de permettre aux préfets d’y appliquer des mesures de couvre-feu (loi du 3 avril 1955). La Somme devance la parution du décret en instaurant un couvre-feu pour les mineurs de 16 ans à Amiens. On recense 617 voitures brûlées (150 en Ile-de-France et 467 en province), 196 communes touchées et 280 interpellations

- 9 novembre : au moins quatre autres départements prennent des mesures de couvre-feu : Alpes-Maritimes (à Nice et Cannes, notamment), Eure, Loiret, Seine-Maritime. On recense 482 voitures brûlées et 203 interpellations

- 10 novembre : critiqué pour sa discrétion depuis le déclenchement des violences urbaines, Jacques Chirac s’exprime longuement, pour prendre acte du "problème" et annoncer qu’il en tirera les conséquences "le moment venu". Rendant hommage "au professionnalisme et au sang-froid des forces républicaines de sécurité", il appelle aussi à leur responsabilité les "parents des trop nombreux mineurs qui, souvent d’ailleurs poussés en avant par leurs aînés, ont participé à ces violences urbaines".
La préfecture du Rhône et la préfecture de police de Paris, notamment, interdisent la vente de carburant au détail. On recense 463 voitures brûlées et 201 interpellations

- 11 novembre : environ 200 personnes participent à Paris à un rassemblement pour réclamer l’arrêt des violences urbaines et demander au gouvernement "une écoute forte et sincère" des habitants des quartiers populaires. La mairie de Belfort interdit la circulation des jeunes de moins de 16 ans non accompagnés de leurs parents entre 21h et 6h de vendredi soir à mardi matin

- 12 novembre : alors que des appels à des "actions violentes" circulent, la préfecture de police de Paris interdit tout rassemblement "de nature à provoquer ou entretenir le désordre sur la voie et dans les lieux publics" pour la période allant de samedi 10h à dimanche 8h

- 14 novembre : le gouvernement décide de prolonger de trois mois l’état d’urgence à compter du 21 novembre. Après plus de deux semaines de violences, M. Chirac lance un appel solennel aux "filles et fils de la République" oubliés dans les quartiers, en affirmant sa "détermination" à lutter contre les discriminations à l’emploi, au logement, dans les médias ou dans les institutions.

"Pour mieux aider les jeunes", ceux en difficulté en particulier, il annonce la création d’un "service civil volontaire" - qui regroupe une série de dispositifs déjà existants, des programmes liés au ministère de la Défense, de l’Intérieur, voireà l’Union européenne.

- 15 novembre : Dominique de Villepin se rend à la Maison de l’entreprise et de l’emploi dans la Cité des 3.000, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), effectuant ainsi son premier déplacement en banlieue depuis le début des violences

- 16 novembre : le Parlement adopte le projet de loi prorogeant pour trois mois l’état d’urgence à compter du 21 novembre

- 17 novembre : avec 98 voitures brûlées la nuit précédente, les forces de l’ordre annoncent un retour "à la normale" dans les banlieues françaises. Le ministre de l’Intérieur Nicolas sarkozy déclare dans "L’Express" : "La polygamie et l’acculturation d’un certain nombre de familles font qu’il est plus difficile d’intégrer un jeune Français originaire d’Afrique noire qu’un jeune Français d’une autre origine"

- 18 novembre : Jacques Chirac reçoit à l’Elysée des jeunes issus des banlieues ayant eu un parcours exemplaire, 11 lauréats du concours "talents des cités", créé en 2002 pour récompenser les créateurs d’entreprises ou d’associations dans les banlieues françaises

- 22 novembre : M. Chirac demande aux partenaires sociaux d’ouvrir des négociations sur les moyens de lutter contre les discriminations dans les entreprises

- 24 novembre : lors d’un déplacement Jouy-le-Moutier (Val d’Oise) pour visiter le centre de formation par alternance de l’entreprise Veolia Environnement, Jacques Chirac lance un message d’optimisme aux jeunes des quartiers "que la société n’a pas aidés comme ils auraient été en droit de l’attendre".

François Grosdidier, député UMP de Moselle, saisit le garde des Sceaux pour que soient engagées des poursuites judiciaires contre sept chanteurs ou groupes de rap dont Mister R, 113, Lunatic, Minister A.M.E.R, Smala, Fabe et Salif. A ses yeux, le déferlement de violence en banlieue était conditionné par une "idéologie sommaire" propagée par le rap

- 27 novembre : le premier secrétaire du PS François Hollande demande la levée de l’état d’urgence

- 1er décembre : Dominique de Villepin présente un plan pour l’égalité des chances avec notamment un "contrat de responsabilité parentale", un renforcement des aides aux zones d’éducation prioritaire (ZEP), l’ouverture à tous les jeunes des quartiers sensibles du contrat jeune en entreprise, la légalisation du "testing" et l’extension des zones franches urbaines.

AP

cb/div/mw

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Extrait du site « VousNousIls », le 24.10.06 : Banlieues : un cumul de handicaps sociaux

Les quartiers sensibles des centres urbains cumulent de longue date des handicaps économiques et sociaux, soulignent experts et acteurs de terrain même s’ils récusent tout lien simpliste de cause à effet avec l’explosion de l’automne 2005.

Pauvreté, inégalités, déficit d’emplois, échec scolaire : les experts recommandent la prudence lorsqu’il s’agit d’explorer les causes déclenchantes des violences urbaines mais ils n’en soulignent pas moins le poids des facteurs sociaux dans la crise.

"Il n’y aucun lien mécanique entre les deux", prévient Julien Damon, responsable des questions sociales au Centre d’analyse stratégique. "En revanche, plus la pauvreté se concentre, plus les tensions peuvent être fortes et dégénérer parfois en affrontements", ajoute-t-il.
De manière générale la pauvreté "est en train de se stabiliser" en France et, surtout, ne concerne pas uniquement les quelque 750 Zones urbaines sensibles (ZUS) rassemblant "7% à 8% de la population" du pays, explique M. Damon.

Mais, dans ces quartiers, le chômage est deux fois supérieur à la moyenne et "la pauvreté est beaucoup plus intolérable car les jeunes y sont confrontés à des difficultés d’accès à l’emploi et à la consommation auxquelles leurs parents n’ont pas été confrontés", souligne-t-il.

Les Restos du coeur observent aussi une pauvreté de plus en plus juvénile. Cet hiver, l’association va mener une campagne de lutte contre l’échec scolaire en sollicitant des étudiants pour de l’aide aux devoirs dans quatre antennes régionales dont Nord/Picardie, PACA/Languedoc, et Normandie/Ile-de-France.

Les violences urbaines de 2005, "c’est une pierre de plus qui nous a fait prendre conscience du fait qu’il faut aider les plus jeunes", souligne-t-on aux Restos. "On a de plus en plus de jeunes de moins de 25 ans qui viennent se nourrir chez nous, les remontées du terrain sont terribles à ce sujet là".

Partout en France, dans le discours des militants associatifs, la question de l’échec scolaire se profile derrière celle des inégalités.

"On assiste dans les collèges et les lycées à une hausse jamais vue des exclusions", explique Patrick Gimena, qui dirige une association de suivi éducatif individualisé dans la banlieue de Toulouse.

"Les évènements de 2005 ont révélé une frustration non verbalisée. La situation est la même un an plus tard", ajoute-t-il.

Pour Laurent Davezies, économiste spécialisé dans le développement territorial, "on ne peut pas dire que la situation s’est dégradée depuis l’année dernière, elle se dégrade tranquillement depuis quinze ans" dans les quartiers ciblés par la politique de la ville.

En France, le nombre d’allocataires de minima sociaux (RMI, API, ASS...) a augmenté de 2,9% en 2005, pour atteindre 3,5 millions de personnes, selon les ministères du Travail et des Solidarités. Les chiffres ne sont pas ventilés en fonction des quartiers.

Pour le seul RMI, le nombre d’allocataires avait baissé au premier trimestre 2006, pour la première fois depuis trois ans et demi, mais il est reparti à la hausse au deuxième trimestre (1,11 million au 30 juin).

En Seine-Saint-Denis, point de départ des émeutes il y a un an, une étude du conseil général a récemment pointé que le déficit de jeunes diplômés comptait parmi les principaux points faibles du département.

Par conséquent, les implantations de sièges d’entreprises et de bureaux profitent actuellement bien plus aux voisins de Paris intra-muros.

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Extrait du « Monde » du 24.10.06 : Banlieue, terra incognita

Un an après les émeutes en banlieues, qu’est-ce qui a changé dans la façon dont les médias "couvrent" cette réalité de la société française ? Les 17 et 18 octobre, l’association Les Entretiens de l’info, que préside le sociologue Jean-Marie Charon, organisait une rencontre entre professionnels des médias et acteurs de terrain sur ce sujet.

A première vue, le traitement médiatique des récentes agressions de policiers aux Mureaux, aux Tarterêts ou à Epinay - et les interventions policières qui ont suivi -, peut donner l’impression que rien n’a évolué. "L’emballement - voire le fait de se sentir dépassé pour traiter les choses plus en profondeur - reprend le dessus", explique M. Charon, pour qui manquent encore "une réflexion et un engagement suffisamment avancés quant à la prise en compte, au long cours, des questions que posent les banlieues difficiles".

Les médias qui ont fait le choix d’équipes "dédiées", ou qui accordent plus de temps ou de place à des reportages sur la banlieue en dehors des moments de crise, demeurent encore l’exception. Il n’y a pas de "discrimination positive" de l’information en faveur des banlieues. Pourtant, les choses bougent, souvent sous la pression de la base. "Il reste à obtenir une vraie évolution intellectuelle des hiérarchies, afin que la sensibilisation des journalistes de terrain ait des effets dans les structures, souligne M. Charon. Cela relève de vrais choix éditoriaux, et nouveaux."

Cela relève d’abord de la prise de conscience, par la hiérarchie, des conditions de travail en banlieue (surtout pour les équipes de télévision) et des moyens que cela suppose de mettre en oeuvre. "Nous venons de lancer une nouvelle grille très consommatrice du temps des journalistes, ce qui fait que je n’ai pas les moyens humains d’en détacher pour le suivi des banlieues, justifie Patrice Bertin, le directeur de la rédaction de France Inter. Mais je pense absolument nécessaire de créer dans le budget un ou deux postes à temps plein pour cela. Au vu des discussions actuelles avec ma direction, c’est en bonne voie de réalisation. Je souhaite que l’on puisse entendre parler des banlieues au quotidien, et à plus ou moins long terme, je pense que nous y parviendrons."

Au Monde, le domaine a été traité durant près de deux ans par les reporters, relève un responsables du service société. Jusqu’à la rentrée 2005, où Luc Bronner, spécialiste de la rubrique Education, se portait volontaire pour reprendre un poste laissé en jachère... quelques jours avant le début de l’explosion de violence. Depuis, "80 % de mon travail portent sur les jeunes et la banlieue", dit-il. Un travail difficile, véritable retour aux sources du journalisme de terrain. "C’est un poste de reportage avant tout. Le décalage est énorme entre ce que disent les ’experts’ et la réalité de ce qu’on découvre sur le terrain, raconte Luc Bronner. On manque d’interlocuteurs représentatifs - syndicats, associations... Et on est confronté à une forte demande d’anonymat de la part des gens que l’on fait témoigner, tant du côté des jeunes que des habitants de ces quartiers. Le travail d’approche est très long, il faut gagner la confiance de gens qui se méfient souvent des journalistes. Le Monde n’est pas un sésame en banlieue : personne ne le connaît !"

"La banlieue est un monde en soi, qui a ses codes, ses règles, confirme Hervé Guilbaud, rédacteur en chef France de l’Agence France Presse (AFP). Nous sommes peut-être un peu plus vigilants. Nous surveillons toutes les étincelles. On essaye de prendre le maximum de recul, de veiller à ne pas se laisser instrumentaliser, surtout en cette période préélectorale". L’AFP a "un réseau de correspondants de 8 journalistes stationnés en banlieue, plus un réseau d’informateurs et de pigistes. Ce maillage n’a pas changé. Mais même avec ce maillage, nous ne sommes pas forcément ultra-performants", reconnaît M. Guilbaud.
Le Parisien, lui, n’a pas eu besoin de renforcer son dispositif depuis un an. "C’est notre force d’être très présents dans les cités et les banlieues", rappelle le quotidien, qui dispose de 120 journalistes à plein temps (sur un total de 330 journalistes) dans les treize bureaux de l’Ile-de-France, pour onze éditions locales. Sans compter les pigistes. A L’Humanité, "la banlieue, on y est, on y travaille, c’est notre lectorat, résume Claude Baudry, responsable du service médias et président de la société des personnels. Nous mettons l’accent sur la question sociale. L’ensemble des rédacteurs est concerné par ce sujet."

A La Croix, "la crise des banlieues n’a pas modifié notre approche, qui a toujours été de traiter ce sujet sur ses aspects positifs, en allant voir les parents, les familles, et cela même pendant les émeutes", explique Solenn de Royer, en charge du dossier banlieues au service politique depuis six mois. Quant à Libération, il a constitué un "pool banlieues" de cinq personnes, après la crise de 2005. "Une structure qui n’est pas figée, explique Renaud Dely, rédacteur en chef France et Société. De nombreuses initiatives sont en germe sur les banlieues pendant la campagne présidentielle."

Les événements de l’automne 2005 auront-ils contribué à faire émerger de véritables médias locaux, plus proches des réalités ? "En 2005, la Région nous a financé trois projets d’émission radio, mais les discussions avaient démarré avant les événements, confie Lahbib Eddaoudi, président de Radio Droit de Cité (RDC), station associative du Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Nous avons reçu 50 000 euros, plus 10 000 euros du Fond d’action et de soutien pour les luttes contre les discriminations. Rien de plus. Suite aux événements, nous avons obtenu cinq emplois aidés. Mais l’aide de la Région n’a pas été renouvelée en 2006. Actuellement, j’ai une visibilité financière sur les six prochains mois, et aucune certitude pour l’avenir."

De nouvelles émissions, mises à l’antenne cette année, apportent pourtant une vraie touche citoyenne. Avec l’aide de RFI, RDC a monté des ateliers où, pendant deux mois, 6 à 8 jeunes apprennent le fonctionnement de la radio et préparent des émissions qui seront diffusées. "Nous voulons leur donner envie de faire de la radio ou d’être journalistes", s’enthousiasme M. Eddaoudi.

Depuis janvier 2006, France Bleu Ile-de-France a créé cinq postes de journalistes dits "RER" (reporters en résidence), à Bobigny, Créteil, Nanterre, Versailles et Melun. Les rédactions nationales de France Info et France Inter reprennent régulièrement leurs sujets.

La nouveauté vient du fait que Radio France n’avait pas de correspondants permanents dans ces départements. "J’étais reporter à France Info, explique Stéphane Pair, "RER" à Bobigny. J’ai couvert les émeutes en banlieue et j’ai ressenti un déclic personnel qui m’a donné envie de travailler là. J’essaie de ne pas me laisser déborder par les faits divers - le thème qui revient le plus souvent quand les médias traitent des banlieues - mais de produire une actualité sociale, économique et politique sur la Seine-Saint-Denis."

Le journaliste de France Bleu Ile-de-France reconnaît cependant que perdurent "les emballements sur les questions sécuritaires. Sur ce plan, rien n’a changé, il y a toujours un mur de Berlin qui sépare Paris du reste de l’Ile-de-France."

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Extrait du « Nouvel Obs » du 23.10.06 : Quartiers difficiles : "40 ans d’échec à récupérer", déplore Jean-Louis Borloo

PARIS (AP) — Un an après la crise des banlieues, le ministre de la Cohésion sociale Jean-Louis Borloo estime que le programme national de rénovation urbaine (PNRU) engagé dans les quartiers difficiles ne produira ses effets que dans "deux, trois ans". Dans "ces endroits où on distribue la rage en lieu et place de diplômes", il y a "40 ans d’échec à récupérer".

"La tension est telle qu’il faudra encore deux, trois ans avant que ce programme produise ses effets", avance le ministre dans un entretien accordé à Associated Press Television News (APTN). "On va encore avoir deux, trois années avant qu’on n’arrive à une transformation psychologique. C’est tellement enkysté". Tout ça, "ça ne se règle pas en deux ans", dit-il en estimant que "le rythme de l’action publique" était de "trois à cinq ans".

M. Borloo assure toutefois que dans les quartiers difficiles où des mesures ont été engagées dans le cadre du PNRU, les tensions ont commencé à diminuer, alors que dans les quartiers où ça n’est pas le cas, il y a toujours "la même tension". "Je suis optimiste là ou ça se fait, pessimiste là où ça n’a pas encore démarré", note le ministre.

A propos des violences urbaines de l’automne 2005, le ministre affirme qu’il était "convaincu il y a trois ans, deux ans et demi qu’il y aurait ces tensions", mais "à l’époque, ça n’intéressait personne"...

"C’est vraiment un problème urbain, il faut recréer de la fluidité parce qu’on se crée une culture particulière dans la cité. L’accès à l’emploi est difficile, même quand on a des diplômes, c’est extrêmement difficile", observe Jean-Louis Borloo. Selon lui, dans ces quartiers, il y a "une idée d’enfermement". "C’est terrible cette notion-là (...) C’est ça qu’il faut casser en priorité".

Faisant référence à la loi du 1er août 2003 qui a mis en place le PNRU, le ministre rappelle qu’il s’agit d’un programme engagé sur cinq ans, "cinq ans pour faire le programme de rénovation urbaine, cinq ans pour les équipes de réussite éducative, cinq ans pour mettre du ’coaching’ vers l’emploi pour chacun de ces jeunes".

Jean-Louis Borloo cite notamment le travail "des équipes spécialisées qui font de l’encadrement pour ramener à l’emploi, un par un, chacun de ces jeunes" dans les quelque 500 à 600 quartiers difficiles dans l’Hexagone.

AP

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Extrait de « 20 minutes » du 23.10.06 : Banlieues (1/5)

Après les émeutes de l’an dernier, les mesures prises par le gouvernement n’ont pas eu d’effet spectaculaire à court terme et selon les habitants la vie dans les cités sensibles n’a pas beauc...

Il y a un an, des émeutes secouaient les banlieues et toute la société française. Bilan chiffré de ces violences urbaines : 10 300 véhicules brûlés, 200 millions d’euros de dégâts, 3 000 personnes placées en garde à vue. Ces émeutes ont aussi montré le délabrement social, économique et éducatif des quartiers. Depuis un an, les annonces se succèdent. Avec un résultat pour le moment peu visible tant le malaise est profond. « Le gouvernement a tenu tous ses engagements, on est en train de faire bouger les choses », assure Catherine Vautrin, ministre déléguée à la Cohésion sociale. Revue de détail commentée par plusieurs acteurs.

1. Habitat

Dans le cadre de la nouvelle Agence nationale de rénovation urbaine, l’Etat a signé 230 projets de rénovation pour 400 quartiers. Quelque 30 milliards d’euros de travaux sont prévus jusqu’en 2013. « Nous sommes entrés dans une phase opérationnelle, explique Catherine Vautrin. A Chanteloup-les-Vignes (78) ou à La Duchère à Lyon, les gens prennent possession de leur nouveau quartier. »

2. Transports

La question du désenclavement est toujours aussi problématique car elle conditionne l’accès aux écoles, aux facultés et aux emplois. Les habitants de Clichy-sous-Bois qui doivent souvent avoir le permis pour espérer décrocher un travail attendent toujours leur tramway, bloqué pour des questions administratives. « J’en fais un test politique, annonce Claude Dilain, le maire PS de Clichy. Je veux savoir si on a vraiment envie de s’occuper des banlieues. »

3. Emploi

Selon un bilan gouvernemental, 128 000 jeunes absents des listes de l’ANPE issus des zones urbaines sensibles ont été reçus par les missions locales. 46 000 ont été orientés vers un emploi et 25 000 vers un dispositif d’accompagnement.

Sur les 50 184 jeunes qui sont passés par l’ANPE, 33 926 ne sont plus inscrits. Fin 2006, quinze nouvelles zones franches seront opérationnelles.

Des mesures aux effets insuffisants. « Cela ne compense pas la discrimination que subissent les habitants des quartiers dits sensibles, explique François Pupponi, maire PS de Sarcelles. Le seul frémissement est venu des grandes entreprises. Mais le taux de chômage chez les moins de 25 ans est toujours de 30 %. Alors que nous sommes dans un bassin où des emplois se créent mais ne bénéficient pas à nos jeunes. »

4. Education

Depuis un an, plusieurs mesures ont été prises : 249 établissements ont ainsi été classés « ambition réussite », 379 équipes de réussite éducative ont été créées et trente grandes écoles vont s’ouvrir à la mixité sociale. « Je suis a priori favorable à ces outils, explique Claude Dilain. Nous avons à Clichy trois collèges “ambition réussite”. Les enseignants sont perplexes, mais nous jugerons sur les résultats. »

5. Vie des quartiers

Le gouvernement a débloqué une enveloppe supplémentaire de 100 millions d’euros à destination des associations. Mais Hassan Ben M’Barek, du collectif Banlieues Respect qui regroupe 165 structures, conteste l’utilisation de ces fonds : « L’argent est allé aux grands réseaux associatifs, et pas aux associations de terrain avec des gens issus de ces quartiers qui ont fait leur preuve. Il est surprenant que ces structures ne soient pas soutenues, c’est une forme de suspicion. Il faut un débat parlementaire sur l’utilisation de ces fonds, et plus largement sur l’impact des politiques de la ville. »

6. Discriminations

Si la charte de la diversité a aujourd’hui été signée par 1 800 entreprises, le CV anonyme est en revanche passé à la trappe. « Moi, je n’étais pas pour, assure Claude Dilain. Il ne faut pas avoir honte de son adresse, de son nom, de sa couleur de peau... C’est contre ça qu’il faut lutter. »

David Carzon

Demain : Que sont devenus les émeutiers ?

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Extrait de « La Croix » du 23.10.06 : Dix initiatives pour pacifier les banlieues

Du 27 octobre au 11 novembre 2005, l’embrasement des banlieues a confirmé que les dispositifs de lutte contre la ségrégation urbaine n’étaient pas suffisants Le gouvernement a réagi par une loi sur l’égalité des chances. De leur côté, des acteurs de terrain ont lancé de nombreuses initiatives

En Alsace, « Les Marianne de la diversité » envoient les jeunes des quartiers aux urnes

Juste avant l’été, un réseau de femmes occupant des fonctions de responsabilité a créé à Paris et dans plusieurs régions françaises, notamment en Alsace, l’association Les Marianne de la diversité. Leur objectif : promouvoir la diversité dans la société par l’exemple de femmes issues de l’immigration ou de milieux modestes ayant réussi socialement. « Nous avions eu de longues réflexions, à la suite de l’élection présidentielle de 2002, et du “non” au projet de Constitution européenne, mais les événements des banlieues ont tout accéléré, explique Bornia Tarall, haut fonctionnaire et responsable de l’association à Strasbourg. Nous, les femmes, sommes capables de porter certains messages. C’est la mère qui assure la transmission de la culture. »

L’antenne alsacienne des Marianne de la diversité parcourt les quartiers, le samedi, à la rencontre des jeunes. L’opération, baptisée « Aux urnes, les banlieues », vise, bien sûr, à les inciter à s’inscrire sur les listes électorales. « On distribue des tracts, on installe parfois des stands avec du café, des gâteaux, et on discute avec les jeunes », précise Bornia Tarall, qui assure que l’initiative « passe bien ». Ici, l’association revendique une centaine de membres, dont quelques hommes. Ce sont des responsables associatifs, chefs d’entreprise, avocats, mais aussi des mères de famille. Pour les recruter, Bornia Tarall s’est appuyée sur ses propres relations, nouées au cours de ses précédents engagements associatifs.

En novembre, l’association prévoit d’organiser dans le quartier d’Hautepierre une soirée-débat où seront présentés des parcours de réussite et où seront imaginées des pistes d’action. « Tous les soirs je vais voir une dizaine de jeunes pour les convaincre de venir », indique Bornia Tarall.

Au Blanc-Mesnil, les parents prennent la caméra

Très critiques sur la couverture médiatique des violences urbaines de l’an dernier, des parents se sont mobilisés pour exprimer leur point de vue sur les événements. « Ils ne cessaient de se plaindre de ne pouvoir s’exprimer, se souvient la directrice du centre social La Maison des Tilleuls, Zouina Meddour. Alors, je leur ai conseillé de prendre eux-mêmes la parole et de la diffuser avec les moyens du bord. » Le résultat est là : après plus de deux mois de travail, entre décembre et février, le petit groupe aboutit à un documentaire de vingt-sept minutes intitulé Ceci est notre quartier à 93°. Ils y décrivent leurs conditions de vie, les interpositions répétées entre les adolescents et les policiers, et donnent leur lecture des événements de novembre 2005.

À défaut d’une diffusion hertzienne, le film est distribué sous forme de cassettes et de DVD. « Ils se démènent pour le faire circuler. Le tout dans le but d’alimenter le débat sur l’avenir des banlieues », précise Zouina Meddour. Après une première projection au centre social de la ville, le documentaire a été visionné par l’ensemble de l’équipe municipale. Et plus récemment à l’École supérieure du travail social, à Paris.

Fiers de leur réalisation, les parents ont décidé de créer, dans le même esprit, un journal municipal. Intitulé Vu d’ici, le premier numéro sortira le 28 octobre.

À Vénissieux, on s’associe pour peser sur les débats publics

Creuset des émeutes urbaines en 1981, la cité des Minguettes, à Vénissieux, n’a pas été épargnée en novembre 2005. Cent quinze voitures brûlées, 12 interpellations, et une envie de mettre des mots sur les maux de la banlieue. Pendant les émeutes, et puis durant quelques mois, une cinquantaine de personnes se sont réunies dans les locaux de l’association socio-éducative Aube, pour des séances exutoires. Au printemps, un noyau dur d’une quinzaine de personnes - issues du monde associatif, rappeurs, mères de famille... - a créé « Vénissieux à venir ». À leur tête, Djamel Atallah, ancien de la marche des beurs, partie des Minguettes en 1983.

« Depuis une dizaine d’années, le nombre d’associations s’est considérablement réduit au pied des tours, déplore le porte-parole de Vénissieux à venir, Rami Temimi. Nous comptons dans nos rangs quelques jeunes, ce qui est devenu très rare dans des cités où l’on ne pense plus à l’avenir. » L’association a tenu le rythme d’une réunion hebdomadaire jusqu’à l’été, et doit reprendre ses activités après le Ramadan. Alors sortira le cinquième numéro du journal de l’association, un recto-verso, pour rendre compte des réunions auxquelles ont déjà participé plusieurs élus locaux. L’idée est de « peser sur le débat public », en incitant les gens à s’inscrire sur les listes électorales.

Des échanges sont d’ores et déjà programmés dans le cadre de la campagne présidentielle, et les banlieues voisines sont invitées à y participer. « Chacun doit pouvoir s’exprimer sur la France qu’il veut », insiste Rami Temimi. Aux élections municipales de 2001, une liste de « citoyens engagés » avait recueilli 4,05 % des voix à Vénissieux.

À Nice, des activités pour occuper les jeunes

« Allez, les rouges, faites tourner le ballon ! » Afid Marzouk stimule les 11 jeunes qui s’entraînent tous les jeudis au pied des tours HLM du quartier des Moulins, à Nice (Alpes-Maritimes). Ils font partie des 50 licenciés de l’association sportive créée en février par Riad Guerfi et Karim Ben Ahmed, l’AMS, après la disparition du club de quartier. « Si l’amour du sport a été à l’origine du projet, les incidents de l’automne 2005 nous ont convaincus d’y ajouter des activités socio-éducatives pour occuper les jeunes », explique le président de l’AMS, Riad Guerfi, 28 ans.

À l’époque, le couvre-feu instauré par la mairie avait été très mal vécu par les habitants. Dans leur entreprise, Riad Guerfi et Karim Ben Ahmed ont bénéficié des conseils de l’association locale Adam (aide aux devoirs) et de la solidarité des commerçants qui ont donné de l’argent pour acheter des maillots. Animée par dix bénévoles, l’AMS va développer une activité de soutien scolaire et proposer aussi des tournois de playstation et des séances DVD à la demande des jeunes, ainsi que des soirées cartes pour tous deux fois par mois.

« Les jeunes ont aujourd’hui un point de rencontre, observe Karim Ben Ahmed. Ils vagabondent moins. Mais de là à dire qu’il y a moins de délinquance... » Depuis qu’il tape dans le ballon, Antoine, 25 ans, sans emploi, avoue cependant qu’« il traîne moins au pied des immeubles. Rentrer crevé, ça évite les mauvaises pensées. »

À Bondy, un blog pour faire parler les habitants de leurs problèmes

Le projet aurait pu mourir aussi vite qu’il était né. Il n’en a rien été. En novembre dernier, une poignée de journalistes du magazine suisse L’Hebdo vient s’installer à Bondy pour raconter in situ les révoltes de banlieue. La petite équipe crée parallèlement un site Internet, le « Bondy Blog », pour y relater la vie quotidienne des Bondynois. Alors que les journalistes s’apprêtent à quitter la petite ville de Seine-Saint-Denis, un enseignant des environs, Mohamed Hamidi, vient à leur rencontre, bien décidé à faire vivre le blog après leur départ. « Dans mon établissement, je savais que nombre d’élèves seraient désireux d’offrir leurs contributions, explique-t-il. Nous étions nombreux à penser que, concernant les problèmes des banlieues, il fallait enfin faire parler les gens du cru. »

Chaque semaine, ce professeur réunit autour de lui une dizaine de jeunes, âgés de 19 à 26 ans, pour décider collégialement des contributions à diffuser en ligne. Non sans fierté, le petit groupe assure que 4 000 internautes visitent quotidiennement le site. En prévision des échéances électorales de 2007, Mohamed Hamidi voit grand. Il compte proposer aux lycéens de 12 établissements de ZEP conventionnés avec Sciences-Po d’envoyer au blog leurs réflexions sur les enjeux de l’élection présidentielle.

« Nous n’excluons pas, à terme, de diffuser aussi des mini-reportages filmés », assure-t-il. D’ores et déjà, le site a fait des émules. Les blogs « Made in Aulnay » ou « parole2banlieue » sont nés dans son sillon.

Un « Tour de France citoyen » a recueilli 20 000 doléances

Faire parvenir les doléances des Français aux députés, telle est la vocation de l’association Aclefeu (Association collectif liberté égalité fraternité ensemble et unis), née au lendemain des violences urbaines de l’an dernier. « Notre organisation a pour vocation de renouer avec ce qui s’est fait en 1789 en remettant au goût du jour les “cahiers de doléances” », explique son président, Mohammed Mechmache.

En travaillant de concert avec une quarantaine de structures déjà implantées dans les quartiers, les responsables du collectif ont sillonné plus de 120 villes, entre mars et mai, lors d’un « Tour de France citoyen ». Le tout afin de recueillir souhaits et propositions, et de les déposer à l’Assemblée nationale mercredi prochain. « Sur chaque place publique, nous incitions les habitants à nous faire part de leurs revendications », précise-t-il. Sur les 20 000 doléances enregistrées, près de 8 000 ont d’ores et déjà été passées au crible. Elles ont trait, notamment, à la pénurie de logements, à l’emploi ou aux pratiques policières.

Les responsables du collectif ne désespèrent pas d’être reçus par les présidents des groupes parlementaires pour leur remettre les doléances en main propre. Et ce, bien qu’ayant essuyé un premier refus du président de l’Assemblée la semaine dernière. Mais peu importe, le collectif se targue d’ores et déjà d’avoir ramené les électeurs vers le chemin des urnes. Le « Tour de France citoyen » a en effet été l’occasion pour ses responsables d’inciter la population à s’inscrire sur les listes électorales. Et Mohammed Mechmache d’assurer : « La seule ville de Clichy-sous-Bois compte déjà 10 % d’inscrits de plus que l’an dernier sur les listes électorales. »

Au Medef, le soutien aux jeunes diplômés de Seine-Saint-Denis

Considérant que l’intégration passe d’abord par l’obtention d’un travail, le Medef a décidé de mettre en place une opération « simple et concrète » intitulée « Nos cités ont des talents ». Initiative du syndicat patronal du nord de l’île-de-France dès avant les événements de novembre 2006, le projet a été ensuite repris au niveau national grâce à la signature d’une convention avec l’ANPE. « L’image dévalorisante de certains quartiers et banlieues influence la vision des entreprises, regrette-t-on au Medef. Le lieu de résidence, la possession d’un nom d’origine étrangère font bien souvent obstacle à l’entrée sur le marché du travail d’une partie de la population française. Cette situation est d’autant plus inacceptable que de jeunes diplômés, qui ont travaillé dur pour réussir leurs études et sont la fierté de leurs parents, sont les futurs cadres de demain et des modèles pour les jeunes générations. »

Au final, 80 entreprises se sont engagées à examiner, dans un délai maximum de deux mois, l’ensemble des 200 CV transmis par le Medef et à répondre aux jeunes candidats. Si leur profil correspond à un poste, ils sont reçus en entretien de recrutement et embauchés. De son côté, le Medef s’est engagé à suivre individuellement les jeunes sélectionnés et à faire un premier point d’étape dans les trois mois pour mesurer les résultats de l’opération.

Enfin, les jeunes, des diplômés bac + 4 minimum, s’engagent à informer le Medef, en toute transparence, de tous les événements survenus au cours de leur recherche. À charge ensuite pour les candidats de faire leurs preuves face aux recruteurs. Pour les aider, l’association leur propose des séances de coaching afin de les préparer à leurs futurs entretiens.

À Marseille, l’envie d’agir par la musique

Il y a un an, la bande d’une vingtaine de jeunes qui s’en étaient pris à un magasin de Villiers-sur-Marne, dans les Yvelines, n’avaient pas fait dans le détail : en quelques minutes, le magasin avait été incendié, la caisse pillée, les employés molestés. « Nos salariés ont été très traumatisés, relate Xavier Ouvrard, PDG de Milonga, une chaîne de magasins d’instruments de musique dont le siège est installé à Marseille. L’une de nos employées se trouve toujours dans un hôpital psychiatrique. » D’autres hold-up suivront, toujours sur fond d’émeutes. Tous les magasins de Milonga sont installés dans des ZAC, à proximité des quartiers « chauds ». Au total, l’enseigne chiffre à 600 000 € le coût des « événements » de l’an dernier.

« Notre première décision a été de sécuriser nos magasins, note Xavier Ouvrard. Nous avons embauché des vigiles, installé des caméras, etc. Mais nous n’avons pas voulu nous contenter de cette seule réponse. Nous avons aussi voulu tendre la main à ces jeunes. » Après mûre réflexion, la société s’est rapprochée de la direction régionale de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Objectif : organiser des cours de musique pour des mineurs incarcérés ou placés dans des centres ouverts. « La musique promeut des valeurs fortes comme l’écoute de l’autre et l’envie de progresser », justifie le jeune PDG. L’entreprise, qui propose aussi dans ses magasins des cours de musique, a lancé un appel au volontariat auprès de ses professeurs. Deux de ces volontaires seront sélectionnés pour aller donner quatre heures de cours par semaine à la maison d’arrêt de Luynes et deux heures hebdomadaires dans un foyer de Marseille. « Attention ! On ne va pas leur apprendre le pipeau et le tambourin. On va mettre à leur disposition de quoi faire une vraie formation pop-rock, c’est-à-dire une guitare, une basse, un clavier et une batterie », précise Xavier Ouvrard. Des éducateurs de la PJJ seront là pour encadrer les ateliers.

« Nous avons déjà trop de volontaires, se réjouit Xavier Ouvrard. Nos salariés aussi viennent de ces quartiers. Ils ne se sentent pas proches de ceux qui ont fait ça, mais ils ont envie d’agir. »

À Massy, des « dîners citoyens » entre jeunes et patrons locaux

Dawari Horsfall aurait pu baisser les bras. Après huit ans de bons et loyaux services comme éducateur auprès des adolescents de Massy, il a vu sa ville « s’enflammer » en novembre dernier. « Dans l’Essonne, notre commune est celle qui a enregistré le plus de dégâts matériels », soupire-t-il. Quelques jours plus tard, Dawari Horsfall se décide à faire le tour des squats pour affronter, en tête-à-tête, les jeunes les plus marginalisés. Parmi eux, certains avaient participé aux violences urbaines. Son but ? Leur proposer des « dîners citoyens » et leur faire rencontrer, le temps d’un repas, des patrons locaux.

« Ces rendez-vous n’ont pas pour vocation de leur faire décrocher un emploi, explique l’éducateur. Ils sont trop désocialisés pour cela. Ils ont toutefois le mérite de leur faire prendre conscience des efforts à réaliser en matière d’expression et de comportement pour se rapprocher du monde du travail. » L’idée séduit, de part et d’autre. La mission locale se charge des entrepreneurs.

L’éducateur, lui, achève de convaincre les jeunes. Dès le mois de décembre, les repas débutent. Et s’enchaînent au gré d’un tous les deux mois, attirant chaque fois une vingtaine de personnes.

« Au début, c’était un vrai dialogue de sourds. Les uns pointaient du doigt les discriminations dont ils sont victimes et les autres assuraient que la volonté suffit pour réussir », reconnaît Dawari Horsfall. À chaque fois pourtant, au fil des discussions, les propos finissent par devenir constructifs. « En fin de soirée, les jeunes se montrent toujours très avides de conseils », note-t-il. À Massy, ces rendez-vous commencent à devenir populaires. « On m’interpelle de plus en plus dans la rue pour savoir quand aura lieu la prochaine rencontre. »

À Évreux, la boxe réunit jeunes et chauffeurs de bus

Dans le quartier de la Madeleine, Jean-Pierre Le Bail dirige l’ALM Boxe depuis plus de trente ans. Un club dont plusieurs champions de France sont sortis ; trois cette année encore. En novembre 2005, quand les émeutes éclatent en banlieue parisienne, Évreux devient un foyer de violence dont l’épicentre est le quartier de la Madeleine.

Lorsque le calme revient, Jean-Pierre Le Bail décide de mettre en place un partenariat audacieux : il a remarqué que les chauffeurs de bus étaient parmi les premiers à être confrontés directement aux jeunes. « D’une part, ils estimaient qu’ils avaient besoin de savoir se défendre pour se faire respecter, souligne-t-il. De mon côté, je trouvais que c’était une bonne occasion de les faire se rencontrer dans un cadre plus neutre. » Ils sont aujourd’hui une vingtaine, dont des femmes, à venir chaque mardi et jeudi s’entraîner au club. « Au début, certains étaient un peu réticents, témoigne Thomas Gomis, contrôleur de la compagnie Transurbain, mais le dialogue a fini par s’établir et des progrès apparaissent peu à peu dans le comportement des usagers qui auparavant se montraient agressifs. »

Le député et maire d’Évreux, Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée nationale, a remis la croix de chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur à Jean-Pierre Le Bail en août dernier. Une récompense de plus pour celui qui, des jardins familiaux aux sorties pour les jeunes, a toujours voulu accompagner les évolutions de la Madeleine, « un quartier d’avenir », ne cesse-t-il de répéter.

Marie BOËTON, Corinne BOYER, Mathilde DAMGÉ, Élise DESCAMPS, Emmanuelle RÉJU et Bénévent TOSSERI

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Extrait de « Ouest-France » du 23.10.06 : Les émeutes de 2005 étaient-elles sociales ?

Face-à-face. Un an après, le pays cherche toujours à comprendre la signification de ces émeutes des banlieues. Colère de délinquants ou révolte d’humiliés ? Deux sociologues répondent.

  OUI, « c’était une révolte d’humiliés »

Laurent Mucchielli, les émeutiers d’octobre et novembre 2005 étaient-ils des délinquants ?

C’est la version du ministre de l’Intérieur. « 75 à 80 % des émeutiers sont des délinquants ». Il faut être très clair : ceci est faux. Les premiers à le dire ont été les magistrats, devant lesquels comparaissaient les émeutiers. Ensuite, ce furent les Renseignements généraux : un des propres services du ministère de l’Intérieur ! Enfin, c’est ce que nos recherches confirment. On l’avait vu dans des quartiers dès le moment des émeutes. Aujourd’hui, au terme d’une recherche menée au tribunal de Bobigny, je peux affirmer que, dans l’ensemble des mineurs émeutiers jugés, ceux qui étaient déjà connus de la justice pour des faits délinquants (essentiellement des vols et des dégradations) ne représentent qu’un tiers.

Était-ce une révolte sociale ?

C’est la révolte spontanée des humiliés de ces quartiers, criant leur colère contre les façons de faire de la police, contre l’école où ils ont échoué, contre l’absence de perspective d’insertion économique et contre le sentiment d’être les parias de notre société. Mais cette colère ne peut pas se traduire dans une action politique car il n’existe pour cela aucune organisation, aucun syndicat, aucun parti. Une action politique ne peut pas naître de rien, il faut des relais, des soutiens, une organisation, une doctrine, des leaders, etc. Les jeunes des quartiers n’ont rien de tout cela.

Quelle analyse faites-vous de l’action de la police dans ces quartiers ?

C’est la catastrophe ! En France, nous savons faire le maintien de l’ordre, le renseignement et la police judiciaire, mais pas la police urbaine ordinaire, la « police de proximité », capable de s’immiscer dans les relations sociales, de dialoguer, de prévenir et de réprimer à bon escient. Beaucoup refusent même d’apprendre à le faire. Pourtant, les modèles existent à l’étranger et aussi chez nous, avec la gendarmerie départementale.

Recueilli par Bernard LE SOLLEU.

  NON, « c’était surtout des délinquants »

Sebastian Roché, qui étaient les émeutiers ?

D’abord des délinquants. Ils formaient le dur des bataillons avec, à leur côté, des plus jeunes, sans antécédent policier ni judiciaire, ce qui n’est pas la même chose. Je ne dis pas pour autant que tous étaient des grands délinquants, des trafiquants de drogues armés de kalachnikovs. Mais 80 % des 3 000 interpellés avaient déjà eu affaire à la police.

Vos sources ?

Il y a la source policière qui permet d’analyser les antécédents des jeunes interpellés. Par ailleurs, je dispose d’une longue série d’enquêtes sur la délinquance autodéclarée. Et le profil des jeunes qui caillassent les voitures de policiers et de pompiers ou qui brûlent des véhicules est toujours le même : ils sont majoritairement ancrés dans la délinquance.

On ne peut donc pas parler de révolte sociale ?

Ces jeunes étaient en colère contre la police, contre la mort des deux jeunes de Clichy, réfugiés dans un transformateur. Rien de comparable pourtant avec les émeutes de Los Angeles en 1992 (54 morts). Ici la police n’a tué personne. Par contre, il est évident que ces jeunes, inquiets pour leur avenir, ne supportent pas les pratiques policières, les contrôles systématiques. S’il est une chose que l’émeute n’est pas, c’est bien une révolution. Il n’y avait rien de politique. Pas de leader.

Pas de message. Ils s’en prenaient à ce qui leur tombait sous la main. Ils n’ont visé aucune cible symbolique. C’était un mélange de rébellion contre la police et de délits : vandalisme, pillages, incendies...

L’action de la police est-elle adaptée à la situation ?
Je ne mets pas en cause les fonctionnaires, mais la stratégie du ministre de l’Intérieur. La question des banlieues n’a jamais été sa priorité. Son ministère a commencé à mesurer les violences urbaines en 2005. Trop tard. La police est étrangère aux quartiers. Elle n’a aucun contact avec la population Elle interpelle des délinquants, mais elle est incapable d’empêcher l’émeute.

Recueilli par B. L.S.

Ouest-France du lundi 23 octobre 2006

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