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28.09.06 - Une analyse de la carte scolaire de La Réunion

28 septembre 2006 Version imprimable de cet article Version imprimable
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Extrait de « Clicanoo » du 27.09.06 : Une carte scolaire très politique

Même s’ils sont moins nombreux qu’en métropole, certains parents réunionnais savent comment éviter l’école publique de leur secteur. Ils veulent le meilleur enseignement pour leurs enfants, et se basent sur les réputations, justifiées ou non, des différents établissements. Les filières d’excellence comme les classes européennes ou bilangues permettent de garder sous le même préau les enfants les plus exigeants avec les plus défavorisés. En revanche, la suppression de la carte scolaire entraînerait la fermeture de certains établissements, la surcharge des autres, et un accroissement de la sélection des plus favorisés.

"Il vaut mieux être moyen parmi les bons, que bon parmi les faibles". Lorsque Noëlle et son mari ont décidé d’inscrire leurs enfants dans un collège privé, c’était pour leur garantir le meilleur enseignement possible. "Je n’ai pas voulu les mettre à Terrain-Fayard, le collège public de Saint-André, parce que les enfants n’y sont pas toujours suivis par leurs parents". Vrai ou faux ? Difficile de vérifier une telle généralité. Mais les réputations des établissements sont ainsi faites, souvent d’après l’observation de l’origine sociale des élèves. Noëlle n’en veut pas aux enseignants : "Ils sont obligés de s’adapter à ces élèves". Tout en concédant que les marmailles "ne sont pas plus bêtes que d’autres", mais ont besoin d’un suivi plus important. Alors pour ses propres enfants, la décision a été catégorique : elle les a inscrits au collège Sainte-Geneviève, réputé pour l’exigence de son instruction. En détournant ainsi la "carte scolaire", cette sectorisation des établissements qui attribue à chaque famille son école, en fonction du domicile (voir nos Repères). Le comportement de Noëlle n’a rien de nouveau : originaire de Saint-André, elle a elle-même été scolarisée à Saint-Benoît, car son institutrice de mère estimait que les collèges Bédié et Cambuston n’étaient pas d’un niveau suffisant. Il a suffi d’indiquer l’adresse professionnelle du papa pour obtenir une dérogation : un arrangement toujours très pratiqué par les familles qui en ont les moyens. "J’ai même vu des parents réunionnais acheter un appartement à Paris pour pouvoir inscrire leur enfant à Louis-le-Grand (un lycée prestigieux)", se souvient Jean-Louis Pradel, professeur de lettres et responsable du Syndicat national des lycées et collèges.

La loi de l’offre et de la demande

Force est de constater que la carte scolaire reste impopulaire, même si seulement 3% des élèves bénéficient d’une dérogation (voir nos Repères). Et même si les réputations évoluent au gré de la démographie et des changements d’équipes pédagogiques. Ainsi, Sandrine se félicite-t-elle d’avoir inscrit son fils à Joseph-Bédié, en classe bilangue "d’un très bon niveau". L’émergence des classes européennes et bilangues, y compris dans les anciennes zones d’éducation prioritaire (voir ci-contre) a manifestement tiré par le haut le niveau d’études, et surtout l’idée que s’en font les parents. De manière intuitive, ils pressentent l’utilité d’un apprentissage précoce des langues de grandes puissances économiques, à commencer par l’anglais. Ce qui permet à des collèges présumés "difficiles" de garder des élèves de familles plus aisées et instruites, comme à Mahé-de-Labourdonnais, en pleine zone industrielle du Chaudron. "Grâce à ces classes bilangues, nous avons les enfants de la base aérienne et de la gendarmerie. Cela donne aussi une ambition dans la tête des enfants des familles les plus défavorisées", a constaté Valentine Camalon, principale du collège. Ces succès restent discrets.

Alors, quoi de plus facile, en période préélectorale, d’user de l’impopularité de la carte scolaire ? C’est ce qu’ont fait récemment les candidats Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, en évoquant la suppression de cette sectorisation. Sans en indiquer les conséquences inévitables. Si l’on éliminait cette exigeante carte scolaire, les établissements les moins cotés verraient fondre leurs effectifs ; les collèges les plus appréciés les verraient exploser, et seraient obligés (comme l’enseignement privé) de refuser du monde. On retrouverait la loi économique de l’offre et de la demande : si une école manque de places, elle peut sélectionner ses élèves. Elle choisira les bons, avec lesquels elle obtiendra plus facilement de bons résultats, etc. À l’autre bout de la chaîne, "nous serions obligés de supprimer une classe de sixième", suppose Mme Camalon. Moins d’élèves, donc moins de moyens attribués, donc plus de difficultés à enseigner... Le comble, dans une île en pleine croissance démographique. Et assouplir la carte scolaire, pour donner aux familles le choix entre plusieurs établissements ? Mahé-de-Labourdonnais et d’autres établissements verraient fondre leurs effectifs. Les familles demanderaient toutes (on les comprend) une place dans les établissements mieux cotés... qui n’en ont pas l’espace. Détestée et contournée, la carte scolaire exige qu’on aille au bout de sa logique : un enseignement de qualité dans tous les quartiers.

Dossier : Véronique Hummel

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Une carte absurde... en apparence

La carte scolaire a plus d’une absurdité dans son sac. Ainsi, en convient Michel Georges-Skelly, responsable du service d’information et d’orientation au rectorat, certains élèves du collège Mahé-de-Labourdonnais habitent juste à côté du collège du Chaudron. Stupide ? Pas totalement, car le collège Mahé, en pleine zone industrielle, reste fatalement éloigné des habitations.
Son périmètre va donc rogner auprès des autres collèges de Sainte-Clotilde.

Pour des raisons similaires, certains parents découvrent avec surprise que leurs enfants ne seront pas scolarisés dans le collège déjà fréquenté par les adolescents voisins. Certains collégiens, habitant tout près du collège de Bois-de-Nèfles, sont scolarisés à Mahé ou aux Alizés. Car le rectorat se fixe comme objectif "qu’un collégien ne passe pas plus d’une heure en bus pour se rendre à son collège", explique M. Georges-Skelly.

La carte scolaire est donc fixée en tenant compte des marmailles des hauts, prioritaires à Bois-de-Nèfles. Comme l’urbanisation du quartier est très rapide, le collège, prévu pour 700 élèves, en accueille déjà 900. Difficile de caser tout le monde : "On fait donc remonter les limites du territoire ; certains enfants du quartier doivent prendre le bus pour aller dans un autre établissement, alors qu’ils pourraient venir à pied à Bois-de-Nèfles."

Agrandir le collège ? On y a déjà pensé, mais c’est difficile dans le site. En construire un nouveau ? Là, il n’y aurait pas assez d’élèves pour le remplir. La carte scolaire, si absurde apparaît-elle, reste l’outil le moins mauvais pour garantir un collège à chaque adolescent réunionnais.

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Lire les articles précédents du « Quotidien des ZEP » au sujet de la carte scolaire

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