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Comment un élève peut-il se retrouver exclu définitivement de son établissement scolaire ? 2 témoignages (France culture, émission Les pieds sur terre, 28 mn)

1er mars Version imprimable de cet article Version imprimable

Exclusions scolaires
France culture, émission Les pieds sur terre, 28 mn
Comment un élève peut-il se retrouver exclu définitivement de son établissement scolaire ? Les causes peuvent varier, mais le protocole reste le même. Un avocat et une conseillère principale d’éducation racontent deux histoires d’exclusion scolaire, quand les enfants n’ont plus leur place à l’école.

Manon est CPE dans un collège de Marseille. Il y a trois ans, elle a croisé le chemin d’Ibrahim, un élève en difficulté, vêtu de vêtements déchirés et de chaussures craquées. Assez rapidement, Ibrahim est exclu de cours pour bavardages et la situation ne s’améliore pas :

Je voyais que la situation se dégradait assez rapidement au niveau de son attitude. Ce qui était au début un manque de discipline devenait assez rapidement de l’insolence vis-à-vis des adultes ou des autres, avec beaucoup de violence physique.

Manon a essayé de rentrer en contact avec la mère du collégien, mais rien n’aboutit. L’alerte est lancée et de premières mesures sont mises en place pour aider Ibrahim : il est envoyé en « classe de relais ». À son retour, rien ne change. L’enfant confie à la conseillère :

J’ai la sensation qu’on veut se débarrasser de moi.

Au fil des jours, Manon prend conscience que l’enfant vit dans une grande précarité : il maigrit et semble en déshérence. Le problème scolaire devient rapidement un problème humain pour la CPE, dont l’inquiétude ne fait que grandir :

Je le sens bien, et d’ailleurs je le dis au chef d’établissement : "on ne finira pas l’année".

Malgré tout, le temps ne donne pas raison à la conseillère : Ibrahim finit sa sixième tant bien que mal et passe en classe supérieure. Cependant, la rentrée scolaire ne présage rien de bon, puisque Ibrahim semble encore plus amaigri et que son visage est émacié.

L’élève est envoyé dans un établissement spécialisé pendant quelques mois, où il lui arrive d’être violent avec une éducatrice. Manon vit une partie de cet épisode comme une étrange maternité :

C’est moi qui l’ai grondé. J’ai l’impression d’avoir été mise, à plusieurs reprises, dans une position maternante. Même si on essaie de s’en protéger et de se blinder, on crée finalement un lien qui devient fort.

De retour au collège, les exclusions s’enchaînent. Ibrahim essaie même, un jour, de frapper son professeur. Devant la conseillère, il avoue en pleurant. Manon a la sensation d’avoir échoué, et sait que c’est terminé.

En attendant son conseil de discipline, Ibrahim est exclu. Il continue toutefois à faire les cent pas devant son collège, tous les jours. Une situation itérative qui n’est pas sans changer la relation entre la conseillère et le collégien :

J’ai vraiment l’impression qu’on a abandonné un enfant et qu’il est livré à lui-même dans la rue.

Malgré les remords et la volonté de rachat, tout semble compromis pour le jeune homme. Depuis cette histoire, Manon demeure sans nouvelles.

Georges, lui, se retrouve face à un cas bien particulier. Un jour, une mère de famille l’appelle pour solliciter ses services d’avocat. Elle rencontre des problèmes avec son fils, exclu de son collège sans aucune procédure, et sans savoir pourquoi.

Il semble que l’enfant soit impliqué dans une affaire de harcèlement sexuel, à seulement 11 ans. Pendant six semaines, la mère demeure toutefois dans l’ignorance la plus totale. Son enfant ne va plus à l’école.

Le collégien aurait montré son sexe en cours, mais Georges constate que l’enquête est bien bancale. Si l’affaire remonte jusqu’au rectorat et passe par le conseil de discipline, l’avocat pointe du doigt la négligence de l’établissement :

Il n’y a pas de questions posées sur les incohérences du dossier. Ça n’effraie personne, ça ne soulève l’interrogation de personne. Je commence le conseil en demandant comment un corps enseignant a pu laisser un enfant de onze ans sans suivi scolaire.

Une négligence que la directrice de l’établissement qualifiera de « défaut regrettable ». Georges souhaite que l’enfant retrouve le plus rapidement possible les bancs de l’école. La presse locale lui donnera un petit coup de main…

Extrait de franceculture.fr du 25.02.21

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