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Enseignement professionnel (SNUep) et Orientation (Onisep) (le Café et ToutEduc)

2 septembre 2020 Version imprimable de cet article Version imprimable

Snuep Fsu : En pleine crise, le gouvernement se désintéresse de la voie professionnelle
La voie professionnelle est-elle lâchée par JM Blanquer ? C’est le sentiment de Sigrid Gérardin, co-secrétaire générale du Snuep Fsu, le syndicat de la FSU qui réunit les PLP. Le syndicat est fortement déçu par le plan jeunes publié cet été qui fait l’impasse sur l’éducation. Quant aux incitations à aller vers l’apprentissage, elles énervent le Snuep qui défend le droit à une formation globale pour les jeunes des quartiers populaires.

Un plan Jeunes qui ignore l’éducation nationale

"Comment on rattrape le retard des élèves ? Comment on prévient le décrochage dans des établissements où la moitié ont été perdus de vue ? Comment on anticipe les effets de la crise économique sur l’enseignement professionnel ?" Pour toutes ces questions, le Snuep Fsu estime ne pas avoir de réponses à l a hauteur.

"Pour la voie pro, le contexte économique est essentiel", rappelle S Gérardin. Or le plan Jeunes lancé le 23 juillet "ignore l’Education nationale". Il est vrai que le plan est piloté par le ministère du travail. Il propose surtout des aides aux entreprises : 4000 € pour l’embauche d’un jeune de moins de 25 ans pendant au moins 4 mois, 5 000€ pour le recrutement d’un apprenti de moins de 18 ans (et 8000€ pour les majeurs). Il annonce aussi 100 000 missions service civique. 100 000 formations sont prévues mais l aplupart seront "pré qualifiantes". Un programme pour les décrocheurs est prévu mais il s’agit d’un programme non scolaire de 4 mois seulement débouchant sur une validation par des Open Badges !La seule partie qui concerne l’Education nationale c’est la possibilité pour 4800 jeunes de faite le CAP en 3 ans... mais avec moitié moins de temps de cours !

Pour le syndicat le plan jeunes est surtout un plan de soutien aux entreprises. Le syndicat regrette par exemple que rien n’ait été prévu pour les stages des élèves alors que de nombreuses PME sont en faillite. Le Snuep demande que chaque lycée pro ait un adjoint chef de travaux chargé du contact avec les entreprises.

Il regrette aussi la baisse du budget des MLDS qui tentent de remettre dans le circuit les décrocheurs.

L’apprentissage formule du passé

Quant au soutien à l’apprentissage, il suscite beaucoup d’incompréhension. "Que veut on pour un jeune de 16 ans ? Qu’il soit soumis aux aléas du monde du travail ou qu’il ait les moyens d’avoir une qualification et un diplôme pour ensuite appréhender un métier ?", demande S Gérardin.

Pour le Snuep Fsu l’apprentissage n’est pas une formule d’avenir mais du passé. "C’est aberrant qu’un gouvernement qui se dit du 21ème siècle reprenne une idée du vieux monde". Le Snuep souligne aussi la hausse du taux de rupture des contrats d’apprentissage avec la crise : 30% dans l’industrie, davantage encore dans l’hotellerie restauration. "On aurait pu accueillir ces jeunes si cela avait été anticipé", dit-elle. "Mais rien n’a été fait".
François Jarraud

Le plan jeunes

Extrait de cafepedagogique.net du 01.09.20

 

L’enseignement professionnel exclu du plan jeunesse (SNUEP - FSU)

Le "plan jeunesse du gouvernement", qui s’adresse "aux jeunes les moins qualifiés" ne prévoit pas de s’appuyer sur les lycées professionnels où "aucune place supplémentaire n’a été financée dans les filières prioritaires", les formations prévues se résumant à "un programme de mobilisation de 4 mois" validé par des "open badges" sans aucune valeur "scolaire ni professionnelle", dénonce, à l’occasion de sa conférence de rentrée, le SNUEP.

Le syndicat FSU de l’enseignement professionnel indique qu’il a par ailleurs demandé à ce que soient suspendues les mesures prévues par "la réforme Blanquer", "chef d’oeuvre" et "co-intervention". Cette dernière surtout consomme des moyens d’enseignement, puisque, à deux heures - professeurs ne correspond qu’une heure-élève. Un moratoire dégagerait des heures pour les remises à niveau après la période de confinement.

Autre demande non satisfaite, l’adaptation du protocole sanitaire aux contextes. Les ateliers reproduisent les conditions de travail en entreprise, et de nombreuses professions ont publié des protocoles correspondant à leurs conditions particulières. Refus du ministère qui veut que le même protocole s’applique partout.

Enfin le SNUEP dénonce la "gravité exceptionnelle" des mesures prises en faveur de l’apprentissage, dont il rappelle qu’il est fondé sur une conception des métiers qui remonte au XVIIIème ou au XIXème siècle, quand ils se résumaient à quelques gestes professionnels. Or la crise a révélé les faiblesses du dispositif. Alors que la moyenne des ruptures des contrats d’apprentissage est de 28 % sur deux ans (50 % pour le niveau CAP en hôtellerie - restauration, 36 % pour les moins de 18 ans), il a été dans les industries relevant de l’UIMM de 30% pour le seul mois de juillet.

Plus globalement, et indépendamment des questions posées par la situation épidémique, "le combat contre la réforme Blanquer de la voie professionnelle ne cesse pas". Le SNUEP dénonce plus particulièrement la diminution du nombre des heures-élèves d’enseignement, notamment pour l’EPS et les arts, et la généralisation à toutes des classes de seconde de l’organisation en familles de métiers sans qu’aucun bilan n’ait été tiré de l’expérimentation lancée l’an dernier dans trois domaines. "Malgré les discours, on ne voit aucune ambition pour toute une partie de la population."

Extrait de touteduc.fr du 27.0820

 

"Il faut repenser le mot orientation" (F. Alexandre-Bailly, DG de l’ONISEP) (interview exclusive)

Alors que le ministre annonce sa volonté de "parachever" les réformes des lycées, général et professionnel, qui amènent les élèves à faire des choix d’orientation plus complexes qu’auparavant, ToutEduc a rencontré Frédérique Alexandre-Bailly, directrice générale de l’ONISEP.

ToutEduc : L’épidémie a-t-elle un impact sur l’activité de l’Onisep ?

Frédérique Alexandre-Bailly : L’ensemble du personnel est passé en télétravail dès l’annonce du confinement et l’activité a pu se maintenir. L’Onisep a adapté ses outils à l’éloignement des élèves : nous avons rendu gratuit l’accès à l’ensemble de nos publications imprimées de mars à septembre, adapté nos outils à un usage en autonomie ou à distance. En revanche, jusqu’à présent, l’épidémie n’a pratiquement pas eu d’impact sur la tenue des salons, puisque le confinement est intervenu après la saison. Mais pour cette année, nous sommes dans l’incertitude, d’autant que nous n’avons plus assez de personnel en région pour tenir les librairies ni bien sûr pour organiser les salons régionaux. Nous avons donc transféré cette organisation à d’autres acteurs, notamment certains rectorats ou universités et tenterons en revanche d’appuyer les équipes académiques par une présence. En ce qui concerne le salon "Jeunes d’avenir", organisés par AEF à Paris (les 15 et 16 septembre, les 3 et 18 novembre à Marseille et Villeneuve d’Ascq, ndlr), nous devrions pouvoir respecter la jauge des 5000 personnes. Pour ce qui est du salon de l’éducation fin novembre porte de Versailles, nous ne savons pas ce qu’il en sera. Nous nous sommes mis en ordre de marche, mais peut-être faudra-t-il envisager tout autre chose. De nombreux salons optent pour le virtuel et ça ne fonctionne pas si mal. Peut-on imaginer des rendez-vous avec des classes à distance ? Ce n’est pas impossible et ça resterait un moment fort pour les élèves.

ToutEduc : Vous venez d’évoquer la diminution de vos effectifs, conséquence de la "loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel" qui prévoit un transfert aux Régions d’une partie de vos missions et de vos personnels. Où en êtes-vous ?

Frédérique Alexandre-Bailly : Nous avons consacré l’année passée à la redéfinition de nos missions et nous avons décidé de conserver dans chaque académie une délégation régionale qui aura deux activités, l’actualisation des bases de données, car il faut être au plus près du terrain pour vérifier les informations sur les diverses formations qui sont proposées, et l’accompagnement pédagogique des personnels que nous devons aider à prendre en main les brochures et à bien utiliser les heures dédiées à l’orientation. Le besoin est réel, du côté des enseignants mais aussi des personnels de direction car tous voient leur mission étendue, et ils ont besoin de connaître les processus d’orientation pour les évoquer avec les jeunes et les parents. Il s’agit de synthétiser pour les présenter simplement des informations complexes ! Ils doivent également en discuter avec de nouveaux interlocuteurs, puisque les Régions se voient confier un rôle important...

ToutEduc : Vous parlez là des fameuses 54 heures que la réforme du lycée prévoit de consacrer à l’orientation. Le sont-elles effectivement ?

Frédérique Alexandre-Bailly : Elles ne sont clairement pas assez utilisées. De nombreux établissements ont privilégié les dédoublements, ou l’ouverture d’enseignements de spécialité et d’options. Or la demande va aller croissant, puisque les élèves des lycées d’enseignement général auront besoin d’être accompagnés dans le choix des spécialités et que les élèves de la voie professionnelle devront opter pour une Terminale qui permette une poursuite d’étude ou qui les amène directement à l’emploi.

ToutEduc : Les Régions jouent-elles le jeu ?

Frédérique Alexandre-Bailly : Tout à fait. Même si l’épidémie a entraîné des reports dans la signature des déclinaisons du cadre national de référence, la plupart des régions sont prêts pour un démarrage effectif à cette rentrée.

ToutEduc : Une partie des personnels de l’Onisep devait leur être transférée. Où en êtes-vous ?

Frédérique Alexandre-Bailly : Nous avons établi début juillet la carte des 95 emplois que nous devions garder dans les délégations régionales de l’Onisep, avec 17 délégués de régions académiques et des postes consacrés à l’accompagnement et aux ressources documentaires. Aujourd’hui, tous nos personnels savent s’ils ont vocation à demeurer au sein de la délégation régionale dans les années qui viennent ou s’ils doivent nous quitter. Après 94 départs en 2020, il restera une soixantaine de personnes non affectées et qui n’ont pas trouvé encore d’autre poste. Ce sont surtout des ingénieurs de recherche que notre service RH aide à trouver des solutions, notamment avec les universités. Nous avons dû également réorganiser nos services centraux, puisqu’il a fallu pallier la disparition des fonctions support dans les délégations régionales qui sont donc passés de 250 personnes en 2018 à 95 à terme fin 2022. La réorganisation des délégations régionales s’est faite en même temps que se mettent en place les DRAIO (délégués de région académique à l’information et à l’orientation). Les DRAIO restent délégués régionaux de l’Onisep, ce qui permet une bonne articulation de nos services avec les SAIO (services académiques d’information et d’orientation, ndlr). Les délégations régionales de l’Onisep ne feront plus les guides académiques, confiés aux régions dans leur nouvelle compétence, mais les services centraux de l’Onisep fourniront aux régions les données nécessaires à l’édition de ces guides afin de s’assurer que chaque famille de France dispose de la même qualité d’information. Les délégations régionales feront remonter les données au siège et participeront à la formation des acteurs de l’orientation et à la mise à disposition d’outils pédagogiques pour les équipes éducatives. Ainsi, ce sont 13 nouveaux écosystèmes régionaux de l’orientation qui se mettent en place avec la région, la région académique et la délégation régionale de l’Onisep.

ToutEduc : Mais les Régions ont-elles eu envie de recruter vos personnels ?

Frédérique Alexandre-Bailly : Certaines se sont empressées de le faire, notamment la Bretagne qui a recruté tout le monde, ou la région Centre Val de Loire par exemple. D’autres ont fait d’autres choix en fonction de leur historique : certaines disposaient déjà d’équipes dédiées aux questions d’orientation et ont recrutés quelques experts éditoriaux de l’Onisep pour les compléter, comme la Normandie, la Nouvelle Aquitaine, Rhône Alpes ou les Hauts de France ; d’autres ont dû faire face au reclassement d’autres personnels et penchent vers le recours de la sous-traitance. Dans certains cas enfin, nous avons prévu de continuer encore une année à élaborer les guides pour la région, de façon à lui laisser plus de temps pour s’organiser. C’est notamment le cas dans certaines régions d’Outre-Mer.

ToutEduc : Quel bénéfice les élèves vont-ils tirer de cette réforme ? En quoi les Régions feront-elles mieux que vous ne faisiez ?

Frédérique Alexandre-Bailly : Elles ne feront pas mieux, elles feront différemment. Elles avaient déjà les politiques de l’emploi, la formation des adultes, les jeunes non qualifiées, elles ont, via leurs CARIF-OREF (les observatoires de l’emploi et de la vie économique, ndlr), de nombreuses informations et des liens avec le monde économique, certaines avaient envie de s’emparer de cette mission, pour avoir un ensemble cohérent, pour penser autrement leurs relations avec le rectorat au moment d’établir la carte des formations... Au lieu d’avoir des déclinaisons locales d’une politique nationale, nous aurons des politiques locales qui viendront du terrain, une émulation, des idées neuves qui s’échangeront... On peut imaginer que vont s’inventer de nouveaux modèles, sous réserve que les acteurs s’entendent bien ! Il faut préserver un travail en commun, l’orientation est un élément de l’éducation des jeunes.

ToutEduc : Vous parlez d’orientation et l’Onisep, comme son nom l’indique, Office national d’information sur les enseignements et les professions, fait de l’information. Quel doit être le lien entre les deux ?

Frédérique Alexandre-Bailly : Il faut repenser le mot "orientation". Autrefois, un jeune qui était "orienté" était en échec dans l’enseignement général et dirigé vers l’enseignement technique ou professionnel tandis que les bons élèves "s’orientaient" tout seuls ! Aujourd’hui, la notion de réussite a changé, l’épanouissement personnel a pris plus d’importance, le lien entre études et métiers s’est distendu, une formation ne mène plus à un métier qu’on exercera toute sa vie... Je ne crois pas aux trajectoires linéaires. En réalité, l’orientation n’existe pas, il faut penser un continuum constitué d’étapes et de versants différents. L’information permet au jeune d’élargir son horizon, de découvrir toute la palette des métiers. Cela commence très tôt, les enfants d’une classe élémentaire qui vont visiter une boulangerie par exemple, peuvent apprendre à regarder quelqu’un qui travaille, commencer à prendre conscience de la diversité des tâches et des compétences en jeu, et ils peuvent se demander quelles émotions ils ressentent, quels plaisirs ou déplaisirs ils éprouvent. Puis les jeunes sont amenés à faire des choix. Et enfin vient le temps de l’affectation dans une formation. Mais il sera toujours possible, et de plus en plus, d’évoluer, de changer de métier... Parmi les élèves d’une seconde professionnelle, certains seront embauchés en fonction de leur formation, d’autres feront une formation complémentaire et finalement un tout autre métier, d’autres créeront leur entreprise... Le développement des compétences psycho-sociales sera essentiel, pour saisir des opportunités, comprendre son environnement et ses envies, travailler avec d’autres, avoir confiance en soi, s’autoriser à s’offrir un avenir.

ToutEduc : En quoi la réforme du lycée modifie-t-elle la donne ?

Frédérique Alexandre-Bailly : La réforme du lycée répond à l’évolution des attentes des jeunes et à celle du marché du travail : elle vise à leur donner l’habitude de faire des choix pour se constituer un parcours personnalisé et en même temps à éviter que ces choix soient perçus comme définitifs et enfermant. Ainsi, au moment de candidater dans tel master ou pour tel emploi, la combinaison choisie d’enseignements de spécialité pourra faire la différence entre deux bons candidats qui ont suivi la même licence, mais qui ont eu des ouvertures différentes.

Comme les bacheliers qui arriveront dans l’enseignement supérieur n’auront pas suivi les mêmes enseignements de spécialité, les formations vont s’adapter et proposer encore plus des possibilités de reprendre un cours dans telle ou telle matière pour se mettre au niveau requis. C’est déjà le cas avec les parcours de réussite et les MOOC et je pense vraiment que cela va se développer.

Tout ceci contribue à dédramatiser les choix et à mettre plus l’accent sur le fait de se faire plaisir en étudiant un domaine qui vous intéresse et de s’ouvrir à différents mondes. Après, cela implique un travail personnel pour se donner les moyens de ses ambitions. Mais cela va dans le bon sens, celui à la fois de la diversification des élites, de la valorisation des études, de la multiplication des passerelles. A termes, cela permet de former des personnes capables de s’adapter aux évolutions du monde économique et social sans les subir, mais au contraire en se dotant de la capacité à faire des choix porteurs de sens, par nature différents pour chacun.

Il y a donc un cap important à passer cette année pour que cette nouvelle réalité se déploie dans l’enseignement supérieur et j’espère que l’Onisep pourra y contribuer.

Propos recueillis par P. Bouchard, relus par F. Alexandre-Bailly

Extrait de touteduc.fr du 27.08.20

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