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Quelle influence du lieu d’origine sur le niveau de vie ? Etude sur les enfants d’ouvrier ou d’employé dans les quartiers et par région (France Stratégie)

15 juin Version imprimable de cet article Version imprimable

Quelle influence du lieu d’origine sur le niveau de vie ?
Dans quelle mesure le niveau de vie d’une personne dépend-il du lieu où elle a grandi ? Rarement étudiée, cette question a pourtant d’évidentes implications en matière de ciblage des politiques publiques. On tente ici d’y répondre sur un segment particulier de population, les enfants d’ouvrier ou d’employé, étudiés sur les cohortes nées entre 1970 et 1988.

[...] Quartiers défavorisés : des perspectives de niveau de vie plus faibles mais qui dépendent du contexte
Les grandes agglomérations comprennent des quartiers à la composition sociale et aux niveaux de revenus très hétérogènes. Les inégalités de chances entre ces quartiers favorisés et défavorisés sont au cœur du débatpublic. Pour documenter cette question, on distingue ici, parmi les enfants de milieu modeste, les 20 % originaires des quartiers les plus favorisés et les 20 % issus des quartiers les moins favorisés. Le critère utilisé pour caractériser les quartiers est la proportion d’ouvriers et d’employés non qualifiés au sein des 25-54 ans, estimée à partir des recensements de population de 1990 et 199918. Les quartiers correspondent ici aux « grands quartiers » du recensement19. Le graphique 6 présente les résultats pour les agglomérations comptant un nombre su-sant d’ouvriers et d’employés dans notre échantillon20.
Dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants, le niveau de vie médian des enfants d’origine modeste à l’âge adulte varie d’environ 200 euros par mois entre les
quartiers les plus favorisés (1 720 euros) et les plus défavorisés (1 510 euros), soit 13 % du revenu médian des enfants d’origine modeste de ces générations21. Les écarts semblent très hétérogènes : ils sont de l’ordre de 300 euros à Rouen, Marseille et Paris, contre 100 à 150 euros pour Nice, Béthune ou Toulon. L’écart est maximal à Toulouse, où deux enfants d’ouvrier ou d’employé ayant grandi dans
deux quartiers di-érents peuvent avoir une di-érence de revenus à l’âge adulte de 400 euros environ22.
Est-ce à dire pour autant que l’e-et de quartier l’emporte sur l’e-et de région ? En fait, grandir dans un quartier défavorisé ne signifie pas systématiquement un niveau de vie faible à l’âge adulte, comparé à la moyenne nationale. Les enfants d’origine modeste issus des quartiers les plus défavorisés de Toulouse ou de Bordeaux ont en e-et un niveau de vie à l’âge adulte qui n’est pas très éloigné de la médiane
nationale, et bien supérieur à celui de Valenciennes ou DouaiLens. Les quartiers défavorisés de Marseille o-rent des perspectives de revenu comparables à ceux de Lille.
Les écarts entre quartiers sont très fortement liés à des inégalités scolaires, point sur lequel nous reviendrons dans la partie suivante. Ils sont aussi liés au fait que les enfants d’ouvrier ou d’employé des quartiers les plus défavorisés sont plus souvent enfants d’immigrés extra-européens. Si on corrige de l’e-et de l’origine migratoire, les écarts entre quartiers baissent de 20 % environ en moyenne, beaucoup
plus qu’au niveau régional. Cet e-et est particulièrement fort à Toulouse, Nantes et Toulon : plus de 30 % de l’écart entre quartiers y est lié à l’ascendance migratoire23. Les écarts de perspectives entre quartiers dans ces agglomérations
renvoient donc à des écarts selon l’origine : l’insertion des enfants d’immigrés non européens dans l’emploi est plus di-cile que pour les personnes sans origine migratoire, du fait de discriminations directes ou indirectes sur le marché du travail24.

[...] CONCLUSION
Alors que le débat public sur les inégalités territoriales met souvent en avant des oppositions binaires entre grands types de territoires — faisant tour à tour de la « ruralité », de la « France périphérique » ou des « quartiers » les territoires abandonnés de la République —, l’analyse menée ici fait ressortir une autre géographie des territoires en difficulté.
Les territoires à faibles perspectives de niveau de vie sont concentrés au nord et au sud du pays : anciennes régions Languedoc-Roussillon et Nord-Pas-de-Calais, Corse, départements de l’Aisne, des Ardennes, du Var et du Vaucluse.
Avoir grandi dans une zone rurale ou périurbaine ne réduit pas les perspectives de niveau de vie des enfants d’origine modeste. Au sein des grandes villes, on constate d’importants écarts entre quartiers d’origine, mais qui restent inférieurs aux di-érences de perspectives entre ces mêmes agglomérations. Au vu de l’analyse menée sur les inégalités de destin et leurs déterminants (niveau d’éducation, mobilité, situation du marché du travail), les leviers d’action à privilégier pour réduire les écarts constatés semblent de deux ordres. À l’échelle des agglomérations, les leviers éducatifs, la promotion de la mixité sociale, ainsi que la lutte contre les discriminations peuvent constituer des réponses pour résorber les handicaps dans les territoires à faibles perspectives de niveau de vie pour les enfants d’origine modeste.

Favoriser la mobilité des familles modestes avec enfants en bas âge vers des quartiers offrant de fortes perspectives de revenus constitue ainsi un autre levier de politique publique locale30 .
En revanche, augmenter les perspectives de niveaux de vie dans les régions et les départements les plus pauvres ne pourra avoir lieu sans une amélioration des marchés du travail locaux, notamment pour les travailleurs les moins qualifiés.
Si des incitations à la mobilité peuvent aider certains d’entre eux à rejoindre des régions à meilleure perspective d’emploi31, elles doivent s’accompagner d’une réflexion sur le moyen d’accroître l’emploi dans les zones les plus en diffiulté, comme le montre une analyse récente de la trajectoire de l’Allemagne de l’Est depuis la réunification32 En e-et, alors que la mobilité géographique régionale est di-cile à promouvoir par l’État et qu’elle est associée à un coût important sur le bien-être des individus, les incitations socio-fiscales à la relocalisation de postes de travail de qualité dans les territoires les plus défavorisés apparaissent moins coûteuses et potentiellement plus favorables à la convergence des marchés du travail. Le développement de l’emploi public pourrait constituer, au moins à court terme, un levier pour les territoires à faibles perspectives, notamment pour les zones d’emploi
de l’ancien bassin minier du Nord-Pas-de-Calais ou du pourtour méditerranéen qui sont relativement peu dotées en emplois des fonctions publiques d’État et hospitalières33.

Extrait de strategie.gouv.fr de juin 2020

 

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