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30/04/06 - Jean-Marie Delarue cite les ZEP

30 avril 2006 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du site de le Fondation Res publica, le 29.04.06 : Jean-Marie Delarue, Conseiller d’Etat, ex-délégué interministériel à la ville

Intervention prononcée lors du colloque du 9 janvier 2006

La République au défi des banlieues

(...)

En premier lieu, la politique de la ville consiste à accroître très sensiblement les moyens financiers disponibles pour ces quartiers.

Les uns - la plupart - proviennent des ministères « classiques » qui ont « redéployé » une part de leur budget au profit de ces cités. Autrement dit, s’opère dans la dépense publique un nouveau partage plus favorable - ou moins défavorable comme on voudra - aux résidents des quartiers. Ainsi le ministère de l’équipement a-t-il engagé des dépenses élevées pour la réhabilitation des logements, par le biais de la prime d’amélioration de l’habitat dite « PALULOS » ; ou le ministère de l’éducation nationale pour les crédits ZEP ou les primes des enseignants des « zones sensibles » (6) ; ou celui du travail, pour les programmes en faveur de l’emploi dans la partie vouée aux jeunes des cités ; ou celui de la culture, pour les actions de développement culturel dévolues à ces lieux.

Les autres (principalement sous la forme de crédits d’investissement ou d’intervention) sont dépensés par le ministère de la ville proprement dit, lequel mobilise par ses subventions les crédits des collectivités locales et d’investisseurs, singulièrement la Caisse des dépôts. En 2006, ce ministère dépensera ainsi 1, 6 Md d’€, dont 465 millions au titre des programmes de rénovation urbaine. Mais la contribution d’ensemble des ministères et des autres financeurs s’élève à 7, 2 Md d’€ en autorisations d’engagement et 7, 1 Md € en crédits de paiement

(...)

Politiques sociales positives et politiques sociales négatives

L’appréciation portée sur la politique de la ville, comme d’ailleurs sur les autres politiques sociales, ne peut se faire que si l’on tient compte de mutations sociales qui en amplifient ou en affaiblissent la portée.

Ces politiques en général, la politique de la ville en particulier, ne portent pas en effet sur un objet inanimé, une sorte de cadavre social qu’on pourrait modeler à sa guise (28). Le corps social est bien vivant et réagit à sa manière. Et, ici, de deux manières : la réaction des catégories qui ont à l’égard des quartiers une réaction de rejet ; celle des catégories qui y vivent.

La méfiance.

La méfiance très partagée à l’égard des quartiers, qui s’alimente à des faits bien réels (« incivilités » des jeunes dans les espaces partagés, délits de voie publique...) se traduit de manière certaine par des stratégies d’évitement.

Ces stratégies sont « positives » (en ce qu’elles posent des actes dynamiques). Il s’agit de déserter les lieux où l’on risque de se trouver en confrontation avec « ceux-là » au profit des lieux où l’on est « entre soi ». Le meilleur exemple, on le sait bien, est celui des équipements publics, et en particulier des établissements scolaires. Il s’agit de faire pièce à la carte scolaire qui est officiellement en vigueur. Ce qu’on peut comprendre, naturellement, puisque le devenir des enfants est une donnée considérable pour les familles. Alors on change de quartier si possible, le choix résidentiel tenant largement compte, outre les possibilités monétaires, des caractéristiques de la population scolarisée du secteur. Et si le déménagement est hors de portée, on cherche la dérogation, ou la fausse adresse, ou le recours à un parent domicilié ailleurs, ou au lieu de travail. Et si cette voie est encore fermée, le recours à l’école privée est encore possible (29). On voit bien dans ces conditions que les efforts faits en matière de crédits « ZEP » (créés par la gauche) ou d’établissements « sensibles » (institués par la droite), pour la formation des enseignants et même la rénovation des programmes (30) et des méthodes, trouvent là leurs limites.

Mais ce que l’on sait et dit sur l’école vaut aussi pour les commerces, le gymnase, le centre social... En sorte qu’au terme de cette évolution, les équipements qui n’ont pu faire l’objet d’un choix sont ceux des pauvres et deviennent encore plus pauvres, en raison des jeux de mouvements du personnel, des dégradations... que cette réalité provoque, tant qu’une reprise en mains n’intervient pas (on voit, au fil des années, des réputations s’inverser, par exemple entre deux collèges d’une même commune, selon la réputation du principal et le déroulement de la vie de l’établissement : les « mobiles » retirent alors leurs enfants du « mauvais » au profit du « bon »).

L’absence de choix et l’immobilité sont aujourd’hui, comme hier sans doute, une marque de pauvreté incontestable. Et du côté des mobiles, les aspects de la vie collective où le contact est inévitable (où ils ne peuvent choisir) sont vécus comme une épreuve difficile : c’est le cas naturellement des transports en commun aux heures de travail.

Les stratégies sont aussi « négatives », en sorte qu’elles ne supposent qu’un refus d’agir pour se manifester

(...)

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