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Une étude dirigée par Marc Oberti analyse l’ampleur de la sélection sociale, géographique et scolaire dans l’accès à Sciences Po, Paris Dauphine et Paris 1

22 janvier Version imprimable de cet article Version imprimable

La sélection des élites mise à nu
Que restera t-il bientôt des filières non sélectives de l’enseignement supérieur ? Alors que parcoursup ouvre, une étude dirigée par Marco Oberti (Sciences Po) analyse l’accès aux filières très sélectives de Sciences Po, de Paris Dauphine et de Paris 1 et pose la question des effets de la sélection sur l’accès au supérieur. Elle met en évidence une hyper concentration sociale et géographique des admissions dans ces filières d’élite. Elle montre que la position sociale et le genre sont les critères premiers des admissions avant même la localisation géographique. Et souligne la contradiction entre cette concentration sociale et territoriale et les responsabilités nationales et internationales futures des étudiants.

Sélection sociale et scolaire

Commandée par la Depp et le SIES, l’étude menée par Marco Oberti, Elise Tenret (Dauphine), Yannick Savina (Sc. Po), Pauline Barraud de Lagerie (Dauphine), Mathieu Rossignol-Brunet (université de Toulouse) utilise les fichiers de recrutement de Sciences Po, Paris Dauphine (UPD) et des licences sélectives de Paris 1 ainsi que des fichiers plus généraux sur les admissions APB, les étudiants en général et les lycées.

L’étude montre d’abord la sélection sociale réalisée par ces filières. On trouve de 60 à 70% de jeunes favorisés dans les 3 filières, même si certaines institutions, comme Sciences Po, ont des programmes d’accès vers les lycéens défavorisés. La comparaison entre les licences sélectives de Paris 1 et les licences non sélectives est éclairante : le taux des CSP+ passe de 35 à 57%. On remarquera aussi les différences entre les CPGE parisiennes et de l’ouest parisien et celles des autres parties de la région.

On observe aussi une hyper sélection scolaire. C’est plus net à Sciences Po et Paris 1 qu’à Dauphine. Là aussi l’écart entre les licences sélectives de Paris 1 et les autres licences et énorme. Celui entre les CPGE aussi.

Hyperconcentration géographique

Une originalité de l’étude c’est de s’intéresser aux lycées qui fournissent les admis dans les trois filières. En fait 5 arrondissement parisiens fournissent une bonne part des admis. Ainsi 3 arrondissements parisiens (16ème, 6ème, 5ème) fournissent plus d’admis à Sciences Po que 7 grandes villes françaises. Trois communes (Versailles, Saint Germain en Laye et Neuilly sur Seine) plus d’admis que Toulouse, Rennes, Strasbourg ou Lille. D’où la sortie de Marco Oberti sur l’hyperconcentration du recrutement au regard des futures responsabilités nationales et internationales de ces étudiants : "Qu’est ce que ça veut dire une hyper concentration territoriale en terme de recrutement quand on est une institution nationale et internationale qui ouvre l’accès à l’ENA ?". Les étudiants sortent vraiment des mêmes lieux et des mêmes milieux.

Quels lycées alimentent les filières d’élite ?

L’analyse des lycées d’origine des admis des trois filières aboutit à un classement en 4 catégories. Des lycées publics et privés très réputés , dont beaucoup sont franciliens, fournissent beaucoup d’admis. On a ensuite des lycées privés réputés qui donnent beaucoup de candidats mais finalement peu d’admis. Troisième catégorie remarquée à Sciences Po, des lycées de province, peu réputés et pas forcément favorisés, qui fournissent très peu de candidats mais excellentissimes. Ces lycée sont des taux d’admission très élevés. Enfin il y a la grande masse des lycées (1645 pour Sciences Po, 1799 pour UPD) qui ne donnent aucun admis. Ce sont des lycées ayant des élèves issus de milieu moins favorisés (26% de CSP+ contre63% pour les lycées qui envoient beaucoup d’admis), avec deux fois moins de mention.

Toutes ces données ont été traitées en régression pour voir, toutes choses égales par ailleurs, le poids respectif de ces critères dans le recrutement dans les 3 filières d’élite. Un critère se dégage : la catégorie sociale. L’origine sociale dicte davantage le choix du candidat que tous les autres facteurs. La remarque fait sens alors que le ministère introduit dans la réflexion sur l’éducation prioritaire la territorialité à coté des critères sociaux. La sélection dans le supérieur est d’abord une sélection de classe.

Trois autres enseignements méritent d’être soulignées. Contrairement à ce que l’on entend, toutes choses égales par ailleurs, venir d’un lycée privé est un handicap pour accéder à ces filières d’élite.

Quand on observe les lycées, le taux d’agrégés est plus important que la stabilité des enseignants pour avoir un taux d’admis important. Selon M. Oberti les agrégés sont mieux informés des procédures d’accès à ces filières . Ils sont aussi plus présents dans les procédures elles mêmes (rappelons que la très grande masse des lycées n’ont aucun admis).

Enfin il y a toutes les questions qui restent posées. On observe une rupture sociale entre les licences non sélectives et les autres, entre les CPGE des beaux quartiers et les autres. Autrement dit la généralisation de la sélection (avec la multiplication des licences sélectives ou dérogatoires) accélère le déclassement des filières non sélectives. Question aussi sur l’impact réel des programmes d’ouverture sociale des filières d’élite ? Question aussi sur l’impact à venir de Parcoursup qui fait de la sélection le procédé ordinaire.

François Jarraud

PS : L’étude commandée par la Depp et le SIES a été présentée le 21 janvier au Liepp Sciences Po. Elle n’est pas encore publiée.

Extrait de cafepedagogique.net du22.01.20

 

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