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29/04/06 - L’atlas des nouvelles fractures sociales en France : les zones péri-urbaines

29 avril 2006 Version imprimable de cet article Version imprimable
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Extrait de « 20 minutes » du 28.04.06 : "La France de la périphérie est aussi invisible que paupérisée"

Interview intégrale de Christophe Guilluy, géographe et coauteur de l’"Atlas des nouvelles fractures sociales en France".

En tant que géographe, vous avez un regard original sur les émeutes urbaines...

Tous les discours se sont focalisés sur « ces ghettos qui s’ethnicisent ». Mais la population immigrée connaît au contraire un phénomène de forte mobilité sur le territoire. Les banlieues sont des sas d’entrée et de sortie. De plus, elles ne sont pas périphériques. La Courneuve, c’est à 10 minutes de Paris !

Quelles explications aux émeutes pourrait-on avancer ?

Il n’y a pas d’explication miracle. Mais cette crise est aussi celle de la déconnexion du logement social et de l’emploi. Avant, on construisait le logement social à côté des usines. Avec la désindustrialisation des villes, le marché de l’emploi ouvrier s’est délocalisé vers l’espace péri-urbain et rural. Alors que les banlieues appartiennent aux métropoles embourgeoisées qui concentrent les emplois les plus qualifiés.

Y a-t-il eu d’autres erreurs d’appréciation ?

On a mis en avant le chômage des jeunes alors que dans ces zones, 80% des chômeurs ont entre 45 et 50 ans. C’est un vrai problème parce que tous les dispositifs d’insertion concernent les jeunes. Or, il est beaucoup plus difficile d’être sans emploi quand on a 50 ans et une faible qualification.
Je suis aussi frappé par le fait que personne ne s’est donné la peine de souligner qu’à Clichy-Sous-Bois, où les émeutes se sont déclenchées, les dysfonctionnements observés n’ont pas eu lieu dans le logement social, mais dans le logement privé, les copropriétes dégradées.

Vous parlez d’une « France périphérique »...

Désormais, une périphérie péri-urbaine et rurale s’oppose aux centres, dont font partie les banlieues, finalement bien équipées en services publics, mairies de quartier... alors que dans les zones péri-urbaines, l’Etat est absent. Leurs habitants travaillent et habitent dans le secteur privé. Ils sont une frange inconnue et peu visible de la société, mais paupérisée.

Le « rêve du pavillon » devient cauchemar ?

Il se transforme en cauchemar du fait d’une très forte insécurité sociale. Les populations qui travaillent et se logent dans le privé sont très fragilisées quand elles perdent leur emploi ou même quand elles passent à temps partiel. Elles tombent vite dans le surendettement et la paupérisation. Il est beaucoup plus dur d’être chômeur de longue durée en pavillon péri-urbain. On doit payer son logement, mais aussi sa voiture et son essence parce qu’il n’y a pas ou peu de transports publics. Ce sont des classes « laborieuses et dangereuses » mais que l’on ne voit pas.

Sont-elles dans une logique de fuite quand elles rejoignent l’espace péri-urbain ?

Oui. Elles veulent quitter les banlieues et les HLM pour s’offrir un pavillon, et croient accéder à un autre niveau de vie. En Seine-et-Marne, par exemple, se retrouve une population qui a quitté la Seine-Saint-Denis. Ils partent dans une idée d’ascension sociale... mais ils sont nombreux à tenir le même raisonnement, et, au final, ils se retrouvent avec les mêmes personnes.
De plus, le simple fait de quitter le logement social fait baisser mécaniquement le niveau de vie. Dans le logement social, on ne paie quasiment pas de loyer, presque tout est couvert par l’allocation logement. On parle de ghetto, mais c’est une chance d’habiter dans le parc social, quand il n’est pas trop dégradé bien sûr. On est dans une centralité urbaine, alors que dans ces zones, la pression foncière est importante. Le taux d’effort pour se loger est un critère fondamental pour évaluer le niveau de vie des ménages. Dans le public, il est de l’ordre de 20 à 25% des revenus. Dans le privé, il atteint 50%.

(...)

Propos recueillis par Anne Kerloc’h

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La carte des ZUS d’Ile-de-France commentée par Christophe Guilluy

Christophe Guilluy commente la carte des zones urbaines sensibles en région parisienne, publiée dans l’Atlas des nouvelles fractures sociales en France. Contrairement aux idées reçues, ces quartiers sensibles sont aujourd’hui au coeur des agglomérations et non plus en périphérie

Suite

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Voir aussi le site du Centre de ressources Ville de l’Essonne

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