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François Dubet : L’égalité des chances n’est pas toute la justice (dossier du Sgen-Cfdt : La méritocratie en question)

17 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

L’égalité des chances n’est pas toute la justice

François Dubet est connu, notamment, pour ses recherches concernant la marginalité juvénile, la délinquance, la socialisation et l’École. Ces derniers travaux portent sur les théories et les sentiments de justice. Retrouvez son parcours et ses publications.

UN PRINCIPE INCONTESTABLE
Des individus libres et égaux ont le droit de prétendre occuper toutes les positions sociales, aussi inégales soient-elles. L’égalité des chances suppose donc que tous les individus participent à une compétition ouverte et équitable où la naissance – la fortune, le sexe, la « race »… – ne détermine pas l’issue. L’égalité des chances est moins un appel à l’égalité sociale qu’elle n’est une tentative de construire des inégalités justes, car si la compétition méritocratique a été équitable, les inégalités qui en résultent seraient justes elles aussi.
L’ouverture et la massification des systèmes scolaires depuis cinquante ans ont été conduites au nom de l’égalité des chances. En France, plus que partout ailleurs, la compétition méritocratique a été principalement confiée à l’école capable (en principe) de traiter tous les élèves de manière égale et de hiérarchiser leur mérite de façon incontestable, si incontestable parfois que nous trouvons normal que le concours décide de la totalité d’une carrière. De ce point de vue, ministres de l’Éducation et syndicalistes en appellent au même principe, quitte à s’opposer sur sa mise en œuvre. Mais le fait qu’un principe de justice paraisse juste, ne signifie pas que toutes les conditions de sa mise en œuvre et que toutes ses conséquences soient justes à leur tour.

LA COMPÉTITION PARFAITE EST IMPROBABLE
Pour que la compétition méritocratique soit parfaitement équitable, il faudrait que les individus n’héritent pas des inégalités sociales déjà là, des divers capitaux culturels et économiques que leurs familles leur transmettent. En toute logique, il faudrait abolir non seulement l’héritage économique, mais aussi tous les héritages culturels transitant par l’éducation familiale. Il faudrait aussi que les « arbitres » de la compétition soient parfaitement impartiaux, et à l’école, il faudrait interdire aux enseignants d’avoir des enfants afin qu’ils ne soient pas, à la fois, les entraîneurs de leurs enfants et les arbitres de la compétition scolaire. La première difficulté de l’égalité des chances scolaires tient donc à l’impossibilité de neutraliser complètement les effets des inégalités sociales sur les compétences scolaires. Toute la sociologie le répète depuis cinquante ans, mais ceci ne suffit pas à critiquer l’idéal de l’égalité des chances, notamment en France où l’on sait que la reproduction des inégalités sociales par l’école est particulièrement rigoureuse. On peut donc mieux faire à condition que les groupes qui bénéficient des inégalités scolaires acceptent quelques sacrifices. [...]

Extrait de sgen-cfdt.fr de mai 2019

 

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