> 6 - DISPOSITIF > MIXITE SOCIALE, CARTE SCOLAIRE > Mixité sociale, Carte scolaire (Etude) > Carte scolaire : au-delà de la « mixité », comment l’État entretient les (...)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

Carte scolaire : au-delà de la « mixité », comment l’État entretient les inégalités, par Lorenzo Barrault-Stella (site metropolitiques.eu)

20 avril Version imprimable de cet article Version imprimable

Carte scolaire : au-delà de la « mixité », comment l’État entretient les inégalités
La carte scolaire est souvent présentée comme un instrument au service de la mixité sociale et de l’égalité. Pourtant, à bien y regarder, les dispositifs qui assurent sa mise en œuvre et leur appropriation par les parents tendent à renforcer les inégalités sociales face à l’école. Ce constat invite à penser des alternatives aux politiques éducatives actuelles.

[...] Que faire ?

Au lieu de traiter prioritairement des « territoires » ou des « établissements » et de rester prisonnier d’un mode de pensée focalisé sur la « mixité » que la carte scolaire est censée produire – mode de pensée conduisant à spatialiser les phénomènes sociaux et à occulter la dynamique des rapports de classes dans leur ensemble – on pourrait repenser les fondements structurels des stratégies socialement différenciées des familles. Au risque que le propos soit jugé naïf ou hétérodoxe, l’un des leviers politiques est la production d’une offre scolaire plus homogène et égalitaire, contre l’individualisation des politiques éducatives et l’accroissement de la hiérarchie entre les établissements, impulsés notamment par les milieux économiques (Tanguy 2016). Homogénéiser l’offre scolaire en supprimant l’enseignement privé financé par l’État pour réintégrer ses établissements dans le giron public constitue de ce point de vue une possibilité aujourd’hui oubliée. À tout le moins, harmoniser les conditions d’accès aux écoles publiques et privée (par exemple en soumettant l’enseignement privé à la carte scolaire) et, surtout, le contenu qualitatif des apprentissages proposés (ce qui supposerait une réforme d’ampleur des moyens alloués à l’école) serait un début. Ces leviers – dont, avouons-le, la mobilisation est improbable au regard des rapports de force actuels – ne seraient peut-être pas suffisants et il est possible que les groupes les mieux dotés parviennent malgré tout à entretenir leurs avantages par diverses stratégies de reconversion.

Mais on ne saurait trop en demander politiquement à un dispositif comme la carte scolaire. Il est à dire vrai probable que seule une crise politique de grande ampleur, aboutissant à une remise en cause de la position des groupes dominants (Dobry 1986), soit à même de contrarier le penchant structurellement très inégalitaire du système de reproduction dont l’État est partie prenante. Dépourvues d’intentions moralistes, de telles réflexions n’incitent aucunement au fatalisme ou à la démobilisation. Elles visent à contribuer à une réorientation vers le champ politique et les sommets de l’État – et non uniquement par le biais de mobilisations localisées, comme c’est aujourd’hui le plus souvent le cas dans le domaine scolaire – des modalités d’action contre les inégalités sociales.

Extrait de metropolitiques.eu du 19.04.18 : Carte scolaire : au-delà de la « mixité », comment l’État entretient les inégalités

Répondre à cet article