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"Petite chronique désenchantée de l’enseignement prioritaire" (1 et 2) dans un collège de la région de Tours, sur "la rotative", site collaboratif d’informations locales

12 septembre Version imprimable de cet article Version imprimable

Le nouveau gouvernement ne rompt pas avec ses prédécesseurs et joue la carte de la « priorité absolue donnée à L’École » et du paquet mis sur les classes de CP de certaines écoles. Mais concrètement, qu’en est-il de la réalité quotidienne de ces établissements souvent qualifiés de « difficiles » ? Nous nous sommes penchés sur le cas d’un petit collège de l’agglomération tourangelle.

[...] Dans le collège qui nous intéresse, l’innovation est arrivée à la rentrée 2016, après un vote favorable du conseil d’administration quelques mois auparavant. Ainsi « Énergie Jeunes » [4]et « Zup de Co’ » [5] sont intronisés partenaires de la communauté éducative au titre d’une expertise que l’on est priés de croire sur parole. Chacun appréciera l’excellent jeu de mots qui mélange le terme ZUP – Zone Urbaine Prioritaire – et Sup de Co, une abréviation d’école supérieure de commerce, pas très étonnant vu que le créateur François-Affif Benthanane se définit comme un « entrepreneur-né ».

Le discours porté par les deux assos est assez explicite : elles entendent « développer la persévérance scolaire », « transmettre l’envie d’apprendre, mais surtout faire acquérir de bonnes habitudes », et bien sûr diffuser les valeurs qui se perdent de nos jours comme « la régularité dans l’effort », eeeeh oui, toi le jeune apathique, sache que « cela suppose l’engagement, c’est-à-dire l’implication personnelle dans l’action, ainsi que l’autodiscipline, qui se définit comme la capacité à renoncer à des plaisirs immédiats au profit de bénéfices à plus long terme ». Voilà les smartphones, les jeux vidéos et le cannabis prévenus ! On cite quelques experts anglo-saxons en psychologie sociale pour faire sérieux et on avance des chiffres nébuleux du type « l’efficacité du programme Énergie Jeunes est démontrée par une vaste étude scientifique impliquant le suivi de 24 000 élèves par des chercheurs de réputation internationale. Selon cette étude, les collégiens qui ont bénéficié de la formation Énergie Jeunes obtiennent des notes sensiblement plus élevées ». Bon, ok, d’accord. [...]

Extrait de larotative.info du 03.09.17 : Petite chronique désenchantée de l’enseignement prioritaire (1)

 

[...] L’éducation nationale à l’ère du management
Comme toutes les administrations, l’Éducation nationale s’est pris de plein fouet dans les années 90 la révolution néo-libérale du New Public Management venu d’outre-Manche, qui entend appliquer les bonnes vielles recettes, normes, valeurs, processus et novlangue des boîtes privées, réputées être des modèles indépassables de gestion. Ainsi, les inspecteurs et personnels de direction biberonnent ce discours à l’École Supérieure de l’Éducation nationale (ESEN) située à Poitiers pendant leur formation, avant d’en être les VRP dans les établissements, souvent auprès de profs dépassant la quarantaine et qui ont vu débarquer, médusés, des discours d’entreprise et de gestion des ressources humaines plus ou moins bien digérés.

Cette volonté d’évolution de l’encadrement bute sur deux obstacles de taille. D’une part, le ministère a des difficultés à recruter des personnels d’encadrement car les obligations, responsabilités et quantité de travail délirantes ne sont pas récompensées par un salaire très attrayant (3 000 euros par mois au bout de 10 ans avec logement de fonction, des journées de douze heures, des problèmes permanents à gérer dans l’urgence et la responsabilité de centaines d’élèves et de dizaines de profs). D’autre part, le profil des futurs cadres n’est pas des plus porteurs pour transformer le système : profs fatigués par leur métier qui veulent quitter les classes, personnels ambitieux et dociles à qui on présente les postes de direction comme des récompenses et promotions, enseignants passablement peu doués en classe à qui on propose des tâches administratives en guise de reconversion. En tout cas, chaque année, des centaines de postes ne sont pas pourvus et ce sont des « faisant fonction », c’est à dire des gens qui n’ont pas obtenu le concours spécifique, qui prennent les rênes des établissements. [...]

Extrait de larotative.info du 11.09.17 : Petite chronique désenchantée de l’enseignement prioritaire (2)

 

Chronique d’un collège d’éducation prioritaire
Que se passe-t-il dans les collèges d’éducation prioritaire ? Le site d’information locale La rotative publie une chronique d’un collège Rep de l’agglomération tourangelle. Le premier article évoque en termes savoureux "le coaching, arme d’éducation massive". "C’est une découverte récente par chez nous, même si visiblement le truc a commencé il y a une dizaine d’années dans l’académie de Créteil, au temps béni où Jean-Michel Blanquer, l’actuel ministre de l’Éducation, était simple recteur sous Nicolas Sarkozy. C’est à cette époque qu’est entrée à l’école la croyance selon laquelle les sciences cognitives et l’informatisation à outrance pourraient produire un modèle éducatif de masse basé sur la connaissance scientifique du processus d’apprentissage avec une efficacité redoutable, une véritable méthode pour optimiser le cerveau de chacun... Le collège et les profs sont donc renvoyés au statut d’auxiliaires un peu poisseux qui ont loupé leurs objectifs et qui ont besoin de l’assistance des vrais pros. Comme le dit « Énergie Jeunes » à destination des enseignants sur sa page Internet : « Collège : votre rôle, notre programme »."

La seconde chronique montre des chefs d’établissement fatigués et formatés. " Un rapide coup d’œil à leur formation en dit long sur les orientations que le pouvoir veut donner au système éducatif et à sa gestion : place délirante donnée au numérique (50 % des conférences proposées) ; saupoudrage de vœux pieux autour du mythe de « l’élève-citoyen » et de valeurs telles que la fraternité, la laïcité ou l’égalité ; valorisation des neurosciences pour augmenter les performances cognitives des élèves ; management des équipes par projet ; amour immodéré du benchmarking, c’est à dire des exemples pris à l’étranger mais sans jamais s’interroger sur les spécificités socio-économiques et historiques ; un peu de droit, de stratégie, de compta et de gestion de ressources humaines, le tout parsemé de mots fétiches qui gonflent les poitrines de ces futurs leaders — « pilotage », « gouvernance », « co-construction », « expertise », « management », « culture de l’évaluation », « ouverture à l’international »". Une chronique à suivre...

Extrait de cafepedagogique.net du 13.09.07 : Chronique d’un collège d’éducation prioritaire

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