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L’autonomie des établissements est efficace dans les pays où il y a le moins d’inégalités sociales et où cette autonomie est d’ordre collectif (long entretien du Café pédagogique avec Yves Duterq)

4 avril Version imprimable de cet article Version imprimable

L’autonomie des établissements peut-elle améliorer l’efficacité du système éducatif français , notamment réduire les inégalités ? Professeur à l’université de Nantes et codirecteur du CREN, Yves Dutercq décrypte pour le Café pédagogique les réformes françaises et étrangères. Pour lui, l’autonomie des établissements ne fonctionne au profit de tous que là où elle est "d’ordre collectif et pas seulement fondée sur celle de l’équipe de direction".

Le thème de l’autonomie des établissements scolaires et des écoles a envahi la campagne électorale. On en attend plus d’efficacité pour le système éducatif et notamment la réduction des inégalités sociales dans le système éducatif. Au regard des évolutions récentes des systèmes éducatifs, la France avec son mode actuel de gestion bureaucratique de l’Ecole fait elle exception ?

[...] Par ailleurs la question se pose des domaines sur lesquels porterait l’autonomie des établissements : gestion du budget ? choix des enseignants ? programmes d’enseignement ?

L’autonomie est souvent associée à l’idée du leadership du chef d’établissement. Est-ce ainsi que sont gérés les établissements qui ont mis en place l’autonomie à l’étranger ?

En France en tout cas et, c’est bien l’ambiguïté, on a associé dès les premières mesures -celles portant précisément sur l’EPLE- accroissement de l’autonomie et renforcement du pouvoir des directions d’établissement, comme pour la contrôler ou se préserver d’éventuelles dérives. Ce n’est pas pour rien que le législateur est revenu sur une première mouture plus libérale de la loi de 1983 qui prévoyait de réduire le rôle du chef d’établissement représentant de l’Etat à celui de directeur et de confier la présidence du conseil d’administration à un membre élu, quel que soit son statut. Pourtant l’esprit des textes des années 1980 était plutôt de mobiliser les acteurs, en particulier enseignants et parents, de les faire participer à l’élaboration et à la mise en œuvre d’un projet et de les impliquer plus fortement dans le fonctionnement de l’établissement. Par la suite, la complexité grandissante des tâches à accomplir a rendu nécessaire leur prise en charge par un personnel ad hoc d’où le développement de la professionnalisation des chefs d’établissement qui s’est accompagnée d’une demande de reconnaissance de leur part.

[...] A partir de là c’est plutôt le problème du mode de régulation de cette autonomie qui se pose et qui fait la différence d’un pays à l’autre : régulation par l’Etat (national ou régional, cela revient souvent au même) ou régulation par le marché ? En France, de façon très claire, on s’est toujours inscrit dans des formes de régulation assurées par l’Etat, y compris quand par exemple on a développé la désectorisation de l’affectation des élèves dans les collèges (carte scolaire) dans les années 2007-2010 et laissé croire à la possibilité du libre choix de l’établissement par les parents.

Si l’affectation contrainte pose d’évidents problèmes vu les différences entre établissements, le libre marché ne peut fonctionner correctement car, d’une part, il bénéficie avant tout aux familles les mieux informées (a priori celles des milieux favorisés socialement et culturellement) mais encore il se heurte à l’insoluble problème du surcroit de demandes pour les établissements les plus attractifs qui fait forcément des mécontents et renforce la différenciation entre établissements, ce que les sociologues appellent la ségrégation inter-établissements.

[...] Au regard des exemples étrangers, quelles réformes imaginer pour améliorer l’efficacité et l’égalité du système éducatif français ?

Les systèmes éducatifs qui fonctionnent le mieux sont ceux dont la réussite des élèves est la moins corrélée à leur origine sociale, ceux dont le niveau scolaire à la sortie mais aussi les voies possibles d’orientation des élèves ne sont pas le décalque des inégalités sociales. On constate que de ce point de vue les systèmes les plus performants sont ceux de pays où précisément les inégalités sociales sont les moins grandes, où la différence de revenus entre les plus pauvres et les plus riches est la plus contenue. C’est encore une fois le cas des pays du Nord de l’Europe : on a cité et on continue de citer en référence la Finlande et c’est notamment pour cette raison.

Ce sont des pays où on continue d’investir beaucoup dans l’éducation et spécialement dans la formation des enseignants, où aucune réforme n’est menée sans être fortement accompagnée, où la réussite éducative n’est pas rapportée aux seules performances scolaires des élèves, où enfin les enseignants bénéficient d’une forte reconnaissance et de la confiance sociale. A ce compte-là, oui ce sont des pays où aussi on a pu développer des formes d’autonomie des établissements mais d’ordre collectif et pas seulement fondée sur celle de l’équipe de direction.

Extrait de cafepedaggoique.net du 03.04.17 : Yves Dutercq : Autonomie des établissements : L’efficacité à quelles conditions ?

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