> 3 - Les Positions de l’OZP > 2 - Toutes les prises de position de l’OZP > Plan de Robien : l’art de maintenir une politique de territoire sans le (...)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

Plan de Robien : l’art de maintenir une politique de territoire sans le dire, par Jean-Paul Tauvel, membre du bureau de l’OZP

9 janvier 2006 Version imprimable de cet article Version imprimable

Le plan de Robien : Politique de zones ou traitement individualisé ?
Ou l’art de maintenir une politique de territoire sans le dire.

Dans son discours de présentation du plan de refonte des ZEP, le ministre Gilles de Robien a déclaré de façon solennelle que ce plan reposait sur une « nouvelle logique [qui] consiste à ne pas découper des « zones », mais à définir des publics, selon des critères homogènes et plus précis.
Il s’agit avant tout de s’intéresser aux personnes, et d’agir sur tous les leviers disponibles pour améliorer leur situation. »

Dans la conclusion de son discours, il précise : « Vous l’aurez compris, l’éducation prioritaire change d’esprit. C’est une nécessité si nous voulons donner une réalité à « l’égalité des chances » que proclame la République. A cette fin, nous identifions des établissements, non des zones. »

Le ministre est revenu sur ce point dans l’interview qu’il a accordée au Monde de l’Education de janvier 2006 ; « Notre politique est résolument tournée vers les individus, car elle ambitionne d’offrir à tous les même chances en s’attachant à la progression des élèves [...] Nous mettons l’accent sur l’innovation pédagogique qui doit permettre de travailler au plus près des élèves, d’individualiser l’enseignement ».

La cause semblerait donc entendue : exit une politique éducative fondée sur le territoire !
Et pourtant l’ensemble des mesures proposées continue bien à reposer sur la même « logique » de territoire, à quelques tours de passe-passe sémantique près : les réseaux de réussite, qui regroupent un collège et les écoles qui en dépendent, ont une extension géographique moins importante que les ZEP mais sont bien définis par quatre critères sociaux et de résultats scolaires globaux et non pas individuels.
Quant à la distinction entre les niveaux d’éducation prioritaire EP1, EP2, EP3, qui forme l’armature de la refonte du dispositif, elle repose bien sur le classement de « zones » (appelées « réseaux de réussite ») selon le degré de difficultés qu’elles rencontrent. Le ministre le dit lui-même à propos des collèges « ambition réussite » : « mener une action massive et concentrée », « redonner confiance à l’ensemble du système », « un nouvel esprit d’ambition dans les quartiers difficiles ».

Bien mieux, la plupart des quinze mesures proposées portent globalement sur les établissements et les « réseaux » et sur l’ensemble de leurs publics et non sur des individus repérés pour des difficultés particulières. : « mettre sur ces collèges des moyens humains supplémentaires considérables », « un nouveau pilotage », « les collèges « ambition réussite » seront aussi plus autonomes et plus évalués », « donner à chaque collège une dimension d’excellence », etc.

Mais alors, quid de l’aide individualisée dans le plan de Robien ?
Note : Précisons qu’il ne s’agit pas ici pour nous de condamner a priori une action éducative individualisée, indispensable pour répondre à la diversité des élèves et de leurs besoins. Une dichotomie tranchée entre une approche territoriale et une approche individuelle présentées comme incompatibles nous paraîtrait absurde et stérile. Une politique territoriale résolue ne peut se concevoir sans une prise en compte des différences individuelles.

Dans la partie du discours du ministre qui énonce les mesures, on ne relève en fait que quelques allusions à l’action individualisée, relatives à des mesures partielles, sans qu’il soit dit expressément si ces mesures ont un caractère collectif ou individuel :
a) : « nous devons aussi individualiser les parcours au sein du collège pour éviter les redoublements » (expérimentation dans les collèges « ambition réussite » de groupes de compétences, notamment pour les élèves non francophones, et de livrets de compétences) ;
b) « offrir un soutien particulier aux élèves qui ne peuvent pas être aidés après la classe dans les réseaux » (études accompagnées obligatoires [pour tous ?] ;
c) « avancer pour [les élèves en difficulté] l’option de découverte professionnelle (3 heures) à la classe de quatrième ».

Quant à l’interview au Monde de l’Education citée ci-dessus, le moins que l’on puisse dire est que prouver l’attention portée aux individus dans le plan ZEP par le souci de l’égalité de chances et par l’innovation pédagogique paraît un peu court et même un peu embarrassé, à moins que l’échec scolaire ne soit considéré comme quelque chose de purement individuel appelant un traitement du type « éducation spécialisée ». On a ici un peu l’impression que Gilles de Robien défend l’action individualisée sans trop y croire lui-même.

Seules les mesures de sélection des meilleurs élèves de ZEP s’inscrivent de façon plus nette dans un dispositif d’individualisation : « Les meilleurs élèves de ces collèges auront le droit d’être recrutés par des lycées extérieurs à leur secteur » (dérogation à la carte scolaire des lycées). Encore s’agit-il des seuls élèves des collèges « ambition réussite ». Même là on revient au zones (même s’il s’agit de permettre d’en sortir).

On peut se demander alors pourquoi Gilles de Robien manifeste une telle réticence à reconnaître que son dispositif maintient pour l’essentiel une logique de territoire (la substitution dans sa bouche des termes « établissements » ou « réseaux » à celui de « zones » ne change pas grand chose à l’affaire).
Serait-ce pour ne pas se laisser déborder par le discours libéral du ministre de l’Intérieur qui a dit tout le mal qu’il pensait du dispositif territorial ZEP et tout le bien qu’il pensait d’une action centrée sur les individus : « [passer] d’une politique où les zones sont prioritaires à une politique où ce sont les élèves qui sont prioritaires » ? .
Serait-ce pour ne pas apparaître en contradiction avec les PPRE du plan Fillon, que Gilles de Robien a relancés, et plus encore avec le volet éducatif du plan Borloo (ERE), dispositifs qui tous les deux relèvent en effet d’une action éducative individualisée, avec les crédits importants en plus pour le plan Borloo ?

Il est dommage que le plan de Robien, qui comprend, au moins sur le papier, des avancées positives, soit brouillé dans son affichage par des arrière pensées stratégiques ou idéologiques bien éloignées du pragmatisme dont se réclame son auteur.

Un membre du CA de l’OZP (qui n’engage que lui-même)

- Le discours de Gilles de Robien
- L’interview au Monde de l’Education
- Les déclarations de Nicolas Sarkozy

Répondre à cet article