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"Les espaces ségrégés sont d’abord les beaux quartiers des métropoles", entretien de l’Observatoire des inégalités avec Violaine Girad, sociologue

19 août 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

« Les espaces ségrégés sont d’abord les beaux quartiers des métropoles », Violaine Girard, sociologue à l’université de Rouen
Le périurbain n’est pas réservé aux populations précaires. Au contraire, y vivre relève principalement de trajectoires résidentielles ascendantes. Ce sont d’abord les beaux quartiers qui sont ségrégués. Entretien avec Violaine Girard, maitresse de conférence à l’université de Rouen réalisé par Xavier Molénat. Extrait des « Dossiers d’Alternatives Economiques ».

[...] Concrètement, les villes-centres ne sont donc pas entièrement acquises aux classes moyennes et supérieures ?

Non, les classes populaires y sont encore présentes. Mais elles y sont en recul très net, en raison des transformations de l’emploi urbain, toujours plus tertiaire et qualifié. L’embourgeoisement de certains quartiers populaires contribue aussi à ce recul, mais n’est pas un phénomène généralisé : ces processus sont inachevés, et touchent différemment certains types de quartier et certaines communes limitrophes (telle Montreuil en Ile-de-France), pas l’ensemble du territoire urbain. Il reste par ailleurs des logements insalubres ou exigus dans certains immeubles ou quartiers, au sein même des grandes villes, dans lesquels vivent des ménages populaires.

[...] A l’inverse, les territoires périurbains sont-ils réservés aux classes populaires précarisées, comme on l’entend dire parfois ?

Les espaces périurbains ne sont pas homogènes socialement. Il y a du périurbain très aisé (en bord de mer à Caen ou dans l’ouest lyonnais, par exemple). Plus on s’éloigne des centres-ville, en revanche, plus on va trouver des ménages d’ouvriers. Ce sont eux dont la présence a effectivement le plus progressé au cours des années 1980-1990, avec les catégories intermédiaires (techniciens, enseignants, infirmières…).

[...] Mais ces ménages populaires ne s’installent-ils pas par défaut dans le périurbain, tout simplement parce qu’ils n’ont plus les moyens de s’installer ailleurs ?

C’est plus compliqué. L’installation des classes populaires dans le périurbain est d’abord le produit des politiques publiques. Dans les années 1970, l’Etat s’est peu à peu désengagé du logement social pour favoriser l’accession à la propriété, à travers la facilitation du crédit (prêt aidé à l’accession à la propriété puis prêt à taux zéro). Cela a incité les classes populaires à faire construire de l’habitat pavillonnaire dans les espaces périurbains, là où le foncier était peu cher.

Extrait de inegalites.fr du 18.08.15 : Les espaces ségrégés sont d’abord les beaux quartiers des métropoles

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