> VIE SCOLAIRE : Climat, Décroch., Internats, Rythmes, Santé > Décrochage et absentéisme > Micro-lycée, Micro-collège > Ouverture à Agen du premier Micro-Lycée Professionnel en France : entretiens (...)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

Ouverture à Agen du premier Micro-Lycée Professionnel en France : entretiens vidéo avec le proviseur, un professeur de mathématiques, des élèves

28 octobre 2013 Version imprimable de cet article Version imprimable

Raccrocheurs ! Leur difficulté : le système scolaire

Raccrocheurs, leur difficulté, c’est le système scolaire, c’est ainsi que s’exprime Gérard DUZAN, proviseur du Lycée Professionnel Antoine Lomet à Agen qui a ouvert à cette rentrée scolaire le premier Micro Lycée Professionnel en France.

L’An@é a souhaité donner la parole aux acteurs de ce projet et diffusera sur Educavox les interviews du chef d’établissement, de la coordonnatrice du micro Lycée et d’enseignants. Mais avant tout il nous a semblé important de donner la parole à ces jeunes qui ont rejoint la structure et que l’Education Nationale appelle « des décrocheurs ».

Le Québec qui possède quelques longueurs d’avance sur la France dans le domaine de l’insertion socio-professionnelle des élèves en difficulté utilise d’emblée un langage positif pour traiter de ce problème. Nous avons (eu ?) la trop fâcheuse habitude d’utiliser des expressions qui évoquent plus la face négative du problème que celle qui permet de valoriser les solutions .

La lutte contre « l’échec scolaire » apparaît donc aujourd’hui davantage comme une quête et une impuissance sans fin et surtout n’évoque pas assez les solutions mises en œuvre lorsque l’innovation se met au service de la « réussite de tous ».

Les québécois parlent de « persévérance scolaire » et de « raccrochage « . Nous parlons "d’échec scolaire" et de "décrocheurs".

Car depuis quelques temps, ces jeunes qui quittent le système éducatif sans diplôme et sans qualification professionnelle sont la préoccupation des pouvoirs publics. Près de 2 millions de jeunes adultes en dix ans qui , pour des raisons multiples vivent une éviction du système cela ne peut plus être ignoré, compte tenu des conséquences sociales, économiques et humaines

Les cahiers pédagogiques ont publié en février 2012 un excellent article où Gilbert Longhi évoque les attitudes des « établissements qui se préoccupent de décrochage , mais ne s’occupent pas des décrocheurs . Leur défaussement s’organise en général autour de quatre grands axes : le déni, la compassion, la réorientation et la sous-traitance. »

Il faut, dit-il, « proposer le maintien des élèves présumés décrocheurs dans leur cursus naturel mais en modifiant in situ les pratiques d’enseignement et les usages de vie scolaire afin d’éradiquer les germes d’un décrochage nosocomial .. »

En fait le micro lycée constitue « une scolarisation palliative » , qui par la mise en œuvre de solutions innovantes constitue le laboratoire d’expériences utiles à la persévérance scolaire.

La formation initiale a tout à gagner en s’inspirant des pratiques de la formation continue et de l’expertise des acteurs des Greta et des Mission d’Insertion des Jeunes ( que le Ministère a rebaptisé « Mission de Lutte contre le Décrochage des Jeunes » … on aurait préféré pour POSITIVER Mission pour la Persévérance Scolaire ! )

Témoignages d’élèves

- Kamille raccroche au lycée Lomet. Elle a été "virée" du lycée où elle préparait un bac pro logistique. .Elle vient d’Alsace et son projet est « béton ».
Quel est ce projet ?
La « rentrée » a-t-elle été facile ?Qu’attend- elle des adultes qui encadrent le micro lycée et plus particulièrement des enseignants ?
Quel est son ressenti après quelques semaines ?

- Mohamed, par contre a fait un CAP carrosserie dans un LP voisin
Alors pourquoi intégrer ce micro lycée et préparer un bac pro tertiaire ?

Les propos de Karine comme de Mohamed sont semblables à ceux enregistrés par l’association canadienne d’éducation de langue française ( ACELF) qui publie des propos de jeunes raccrocheurs en Ontario : « Les élèves qui retournent sur les bancs de l’école afin d’y obtenir leur diplôme d’études secondaires après avoir abandonné leurs études choisissent de le faire en grande partie parce que leur expérience sur le marché du travail ou, tout au plus, à l’extérieur de l’école, n’a pas été concluante. Plusieurs le diront : sans diplôme, l’avenir n’est pas prometteur. Leurs propos sont teintés de frustration à l’égard de cette expérience sur le marché du travail, qu’ils aient réussi à y percer ou non. »

On le voit , les questions, les attentes, les espoirs sont nombreux .

Mettre en place des solutions, c’est urgent .

Claude TRAN

Vidéo 1

Vidéo 2

Extrait du site Educavox du 08.10.2013 : Raccrocheurs ! Leur difficulté : le système scolaire

 

De la "classe Renaissance" au micro lycée. Genèse d’un micro-lycée.

Pascal SOUMIER est professeur de mathématiques au lycée Lomet à AGEN qui a ouvert à la rentrée scolaire la première structure de micro lycée professionnel public en France.

Il retrace dans cette interview le cheminement de chacun dans cette construction collective : les enseignants bien sûr pour la mise au point de nouvelles démarches pédagogiques, la place du chef d’établissement, essentielle pour impulser et coordonner, le rôle des institutions dans l’affectation de moyens humains et matériels, l’apport des entreprises locales vitales pour mener l’alternance.

"Nous sommes des pourvoyeurs de décrocheurs" dit-il et comme de nombreuses équipes pédagogiques, celle du LP Lomet s’est penchée sur la recherche de solutions.

Constat d’abord de « l’absence de connexion entre la grosse structure de l’éducation nationale et ces jeunes »

Puis réflexion d’une équipe dans le cadre du conseil pédagogique : les idées fusent ! Une classe Renaissance - et le mot traduit bien la démarche humaniste de l’équipe - qui se matérialise enfin grâce au concept de micro lycee

Et le numérique ? "On va s’appuyer sur cet outil mais cela reste un outil".

Un excellent outil toutefois pour l’individualisation.

Claude TRAN

Extrait du site d’Educavox du 13.10.2013 : De la "classe Renaissance" au micro- lycée

 

Micro lycée, une démarche de projet :
le conseil pédagogique un outil de démocratie participative

Dèjà en 1998 le rapport PAIR constatant qu’il n’y a « guère d’institutions où les personnels jouissent d’autant d’autonomie et de liberté d’action que les enseignants » reconnaissait que « l’établissement est le seul lieu où chaque enseignant peut s’exprimer et être associé aux décisions qui concernent son activité. ».

Mais, devant les limites de la « démocratie représentative », constituée par le conseil d’administration, prônait pour « favoriser cette participation individuelle » à la construction du volet pédagogique du projet d’établissement délibéré en conseil d’administration , la mise en œuvre d’une « démocratie participative » au sein des établissements.

Dans le souci d’instaurer une réelle collégialité des pratiques, la commission présidée par Claude Thélot, chargée de dessiner l’École du futur, avait préconisé la création d’un conseil pédagogique chargé d’assister l’équipe de direction dans la mise en œuvre des missions pédagogiques et éducatives de l’établissement scolaire.

Le conseil pédagogique a souvent surgi par génération spontanée , sans attendre l’injonction de la loi qui le créait, en avril 2005, s’inspirant en cela des expériences menées dans quelques collèges et du rapport Matringe qui demandait « d’ impliquer plus étroitement les enseignants dans la gestion de leur établissement, leur donner la parole, écouter leurs propositions… »

Mais cette création a-t-elle réglé la question de la participation des enseignants aux décisions concernant l’établissement ?

Deux ans après la loi seuls la moitié des établissements avaient installé un conseil pédagogique et davantage en collège qu’en lycée. « À la différence des principaux, associés depuis longtemps à toutes les activités de leur établissement, les proviseurs, notamment ceux des « grands » lycées, adoptent une posture d’administrateurs plus que de pédagogues » affirme le rapport de l’Inspection générale.

Il est évident, précise Pierre Javelas ancien principal de collège, que le style d’autorité du chef d’établissement est central dans les relations avec les enseignants : ceux-ci « sont jugés bien souvent trop autoritaires, en particulier lorsque leur discours modernisateur n’est pas relayé par une bonne connaissance des personnes, du contexte, ou un soutien effectif des difficultés du travail quotidien des enseignants. »

Il faut d’abord reconnaître la complexité du métier ; le chef d’établissement, pour lequel management, négociation, droit, gestion, informatique sont les activités quotidiennes, n’est pas véritablement reconnu comme un pédagogue par les enseignants. Il est « l’administration » en opposition avec l’expertise disciplinaire des enseignants.

Pourtant il lui appartient bien d’impulser, d’accompagner, de concrétiser pour passer de l’intention à la réalité, des intuitions à la formalisation . C’est en « manageant » par la conviction et par le sens, en associant des intelligences, qu’il crée du lien et légitime les actions. C’est grâce aux réseaux dans lequel il place l’établissement qu’il peut susciter les opportunités et agréger les partenariats .

Le lycée professionnel est tout comme le collège le lieu privilégié où la « dimension pédagogique » du chef d’établissement, en plus grande proximité avec enseignants et élèves, doublé d’une nécessaire bonne connaissance de l’environnement social et économique, peut et doit se révéler.

Le conseil pédagogique qui "fabrique du bien commun avec des intérêts individuels ", est un outil au service de cette démocratie participative. Il oblige à une écoute et un partage qui contribuent à ce que chacun inscrive son action dans une logique collective et permet ce nouveau management public qui réduit voire abolit toute séparation entre administration et pédagogies .Gérard DUZAN, proviseur du lycée Antoine Lomet d’Agen où s’ouvre le premier micro lycée professionnel est certainement de ces chefs d’établissements qui pratiquent ce management .

Son interview, celle de Pascal Soumier, professeur de Mathématiques, celle de Ludmila Martin coordonnatrice du micro lycée dénotent à n’en pas douter combien l’intelligence collective a permis de mener à bien ce projet.

Leur satisfaction se mesurera, à n’en pas douter, par la réussite des étudiants raccrocheurs.

Claude TRAN

Vidéo

Extrait du site d’Educavox du 16.10.2013 : Micro-lycée, une démarche de projet

 

[Voir aussi l’article de Gilbert Longhi dans Les Cahiers pédagogiques de février 2013 : La persévérance comme alternative au décrochage

Répondre à cet article