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Lien Ecole/familles. Ces parents en mal d’école, dossier de Fenêtres sur cours (mars 2013)

19 mars 2013 Version imprimable de cet article Version imprimable

Ces parents en mal d’école
Dossier réalisé par Ginette Bret, Vincent Martinez, Pierre Magnetto, Philippe Miquel.

- Ces parents en mal d’école

Pas évident de devenir parents d’élèves quand on ne maîtrise pas les codes de l’école. L’implication des parents étant un des facteurs clefs de la réussite scolaire de leurs enfants l’institution doit plus que jamais se préoccuper de faire rentrer dans l’école ceux qui en sont les plus éloignés.

[...] Être à l’écoute des parents éloignés de l’école
Les obstacles ne sont pas évidents à surmonter. Mais, ce n’est pas parce que les parents sont aux prises avec des difficultés langagières qu’ils ont un rapport très confus à l’écrit, qu’ils ne possèdent pas eux-mêmes les codes sociolinguistiques, qu’on ne doit pas travailler avec eux. Bien au contraire. Certaines équipes, par nécessité ou par conviction, cherchent à tisser le lien en leur offrant des opportunités d’observation et de participation, l’accompagnement des sorties par exemple. Mais pour le maître, il y a autant à leur apprendre qu’à apprendre d’eux-mêmes pour mieux les comprendre. Il y faut de l’écoute.

Mais certaines écoles ont aussi décidé de prendre le problème à bras le corps, souvent avec l’appui d’une structure externe à l’école mais ayant pignon sur rue dans le quartier et qui joue ainsi un rôle de médiation. L’école du quartier de La Source à Orléans a inscrit le lien école-parents dans son projet et le travaille avec le centre ressources informations accompagnement, structure intervenant au sein de l’école auprès des familles pour les associer aux apprentissages de leurs enfants .
Dans le quartier Laubadère à Tarbes où les familles cumulent les difficultés avec un taux élevé de parents d’origine étrangère, un chômage touchant près d’un actif sur deux chez les jeunes, les trois écoles bénéficient des retombées de l’intervention des pouvoirs publics et des bailleurs sur le bâti et l’urbanisme. C’est ainsi qu’un point parents a vu le jour, qui propose de multiples activités aux parents et enfants et est aussi devenu un véritable sas entre le quartier et l’école.

Un rapport de complémentarité entre parents et enseignants
Malheureusement, ces initiatives restent trop isolées et ne sont jamais évaluées. L’institution se préoccupe peu de cette relation en dehors du conseil d’école. Sinon, la règle est la même pour tous, elle prévoit deux rencontres enseignant-parents par an, suivant des modalités fixées par les équipes et pas plus. Sur le plan de formation initiale, il n’y a pas grand chose aujourd’hui. Les Espé s’en préoccuperont-elles ? A voir. Ce manque de formation est d’autant plus dommageable que les enseignants viennent rarement eux-mêmes d’un milieu populaire. Pour Félix Robert, responsable Ecoles chez ATD Quart Monde, il faudrait que cette formation prenne en compte « les réalités de la vie des familles populaires » car « ce n’est pas inné de savoir comment dialoguer, écouter, communiquer, connaître ce qui fait obstacle aux apprentissages, pratiquer des pédagogies coopératives et s’appuyer sur les réussites des élèves ».
Le projet de loi sur l’école rappelle les vertus de cette coéducation, déterminante pour la réussite des élèves. Comme l’explique le sociologue Daniel Thin, parfois la distance est telle entre culture familiale et culture scolaire qu’elle conduit à de nombreux malentendus entre école et parents, qu’il est impératif de lever.
Pour cela, Pierre Périer appelle les équipes à travailler « un rapport de complémentarité », en regardant « les parents des familles populaires immigrés tels qu’ils sont ». Il estime que si on veut « toucher les parents c’est dans une diversité de modalités contextualisées, une diversité de contenus, de transactions, de division de responsabilités, de règles d’échanges » qu’il faut aller. Sans doute plus facile à dire qu’à faire mais l’enjeu n’est pas mince, il est à la fois « de sensibiliser les familles populaires sur le sens de l’école et des apprentissages » tout en donnant à ces familles des signes de reconnaissance permettant « à l’élève d’investir positivement sa scolarité ».

- Un fossé à combler

- « Se former aux réalités de vie des familles »
Régis Félix, membre d’ATD Quart Monde

Quel serait pour vous le premier changement à effectuer ?
Que la formation des enseignants intègre une formation aux réalités de vie des familles des milieux populaires. Les enseignants n’en sont pas issus et ce n’est pas inné de savoir comment dialoguer, écouter, communiquer, connaître ce qui fait obstacle aux apprentissages, pratiquer des pédagogies coopératives et s’appuyer sur les réussites des élèves. Ces compétences-là doivent s’acquérir dans les futures ESPE pour que cessent enfin les « déterminismes sociaux » et que chaque élève, quelle que soit son origine, devienne acteur de son orientation, qu’il ne la subisse plus au regard de ses seuls échecs. Ce sont les enseignants qui peuvent changer l’école pour la réussite aussi de ces élèves-là.

Quels leviers faut-il faire jouer ?
J’en vois deux. Que la hiérarchie, à toutes les strates, donne l’orientation, le cap, mais avec du sens. Une circulaire interministérielle sur les relations parents-école va sortir au BO : le regard, le travail, l’intérêt des inspecteurs sur l’engagement professionnel des enseignants vis-à-vis des familles populaires seront déterminants.
Et que les parents de tous les milieux se mobilisent, qu’ils soient solidaires, qu’ils fassent vivre la mixité sociale. C’est l’avenir de notre société qui est en jeu.

Site Ecoledetous

- A Tarbes, on fait le point
Dans la préfecture des Hautes-Pyrénées, une structure originale œuvre depuis 3 ans au quotidien pour combler le fossé qui sépare certaines familles de l’école.

Quartier de Laubadère au Nord de Tarbes, une zone urbaine comme tant d’autres où se concentrent les difficultés. 80% de la population d’origine étrangère, un chômage qui avoisine les 50% chez les jeunes, un collège et trois écoles classés en RRS où les enseignants peinent à lutter contre un déterminisme social qui plombe l’avenir de leurs élèves. Mais ici le renoncement n’est pas de mise : en témoignent un habitat réhabilité mais aussi l’engagement de tous les acteurs sociaux. Ainsi un point parents a vu le jour en 2009 pour rapprocher les familles populaires de l’école.

Un sas entre quartier et école
Les locaux du point parents contigus à l’école Jules Verne, jouent symboliquement un rôle de sas entre celle-ci et le quartier. En poussant la porte, on découvre un lieu bien vivant : Exposition d’œuvres et de travaux réalisés par les habitants, salle d’art plastique, bibliothèque, tables de travail occupées par des jeunes en rupture de collège suivis par le CNED. Pour Christèle Lavilanie la médiatrice sociale qui pilote la structure « l’existence d’un lieu neutre est indispensable pour les parents réticents à entrer dans l’école ». Le point parents organise un apprentissage de la langue française qui réunit aujourd’hui une trentaine de mamans. En complément il propose un module pour développer la connaissance des institutions françaises et de nombreuses activités culturelles : arts visuels, informatique, sorties... On y discute beaucoup parentalité, éducation des enfants, accompagnement scolaire, parfois avec les enseignants de l’école dans le cadre de rencontres débats (la dernière traitait des devoirs à la maison). « Grâce au bouche à oreille, essentiel dans le quartier, la fréquentation s’est étendue et aujourd’hui le point parents est le lieu naturel pour les enseignants comme pour les parents pour échanger et parfois résoudre les conflits ». Hélène Ocana, directrice de l’école Jules Verne confirme cette analyse : « On voit plus de familles qu’avant et le point parents permet des échanges moins institutionnalisés, l’attitude des enfants en classe a changé ». Pour l’équipe de l’école, convaincue de la nécessité de travailler avec les familles, la structure est à la fois un recours en cas de problème et un lieu pour échanger et recueillir des informations sur les familles des élèves.

Le relais de la municipalité
Investi par les habitants, reconnu par les enseignants, le point parents s’est fait une place dans le quartier et a fait la preuve de son utilité sociale et éducative. Même s’il achoppe encore sur les difficultés qui se font jour au collège pour des élèves trop nombreux à décrocher et pour lesquels un projet spécifique a vu le jour en 2011. Mis en place grâce à un appel à projet et au financement croisé de plusieurs partenaires (CAF, Conseil général, mairie... ), le point parents est devenu structure municipale depuis janvier 2013 et semble en voie de pérennisation.

- À Orléans, on agit à La Source
À l’école Poincaré [non ZEP], les enseignants ont inscrit le lien avec les parents dans le projet d’école. Objectif : les aider à comprendre le sens de l’école et participer à la réussite scolaire de leurs enfants.

Située au coeur du quartier populaire de la Source à Orléans, l’école primaire Poincaré accueille beaucoup d’élèves dont « les parents sont éloignés des codes de l’école, notamment parce qu’ils maîtrisent mal la langue française »explique la directrice, Anne-Marie Chanclud. L’équipe a donc décidé d’inscrire le lien avec les familles dans le projet d’école. Un projet relayé par les ateliers hebdomadaires du Centre Ressources Information Accompagnement (CRIA). Cette structure intervient au sein de l’école auprès des familles pour les associer aux apprentissages de leurs enfants explique Véronique Véra, du CRIA. Véronique reçoit les familles, échange, écoute, en vue d’agir sur les représentations des parents sur l’école, mais aussi « pour changer le regard des enseignants sur les parents ». L’an passé par exemple, les enseignants ont harmonisé le codage des évaluations pour faciliter leur compréhension par les parents. [...]

- « Reconnaître la légitimité de tous les parents »
Pierre Périer, sociologue, professeur en sciences de l’éducation à l’Université Rennes 2 et chercheur au CREAD

[...] Il faut donc déconstruire cette supposée nécessité du « dialogue », de la « communication », parce que les parents ne peuvent pas tous y répondre, tant déjà les dispositions langagières que cela demande sont éloignées de leurs possibilités. De plus, derrière les dispositifs concernant le partenariat ou la parentalité, il y a le risque d’assister à une normalisation ou mise en conformité au rôle attendu de « parent » ou de « parent d’élève ». Derrière le prisme institutionnel, se révèlent souvent des jugements ethnocentrés sur une fausse réalité de ce que sont ces parents ou pire, de ce qu’ils devraient être.

Quels types de relations préconisez-vous alors ?
C’est à un rapport de complémentarité que l’institution, les équipes doivent travailler et d’abord en regardant les parents des familles populaires et immigrés tels qu’ils sont, dans leur diversité ! Leurs différences sont légitimes et il faut travailler avec ces différences qui les constituent. Ne pas se représenter l’élève avec souvent des stéréotypes et des préjugés activés par une méconnaissance de ce que sont ces familles populaires et immigrées. Il faut écarter l’idée que tout se jouerait du côté des familles, ne pas attendre un « dialogue » qui n’arrivera pas, ne pas mettre en place un énième dispositif aux effets limités. « Toucher » le plus de parents des milieux populaires et immigrés, reconnus légitimes face à l’école, implique de repenser la division des rôles et responsabilités, les règles d’échanges face à des familles qui jugent normal et même souhaitable de ne pas devoir intervenir.

Comment l’école peut-elle mettre en pratique ce rapport de complémentarité avec les parents ?
Les parents des familles populaires et immigrés reconnaissent et légitiment l’école. Ils veulent que leurs enfants réussissent « une scolarité normale » sans atteindre forcément les premières places du système. Leur pire crainte, c’est que leurs enfants !sortent de l’école « sans rien ». Mais pour les élèves les moins en connivence avec l’école et qui ont des difficultés d’apprentissage, très vite l’école regarde vers les familles, souvent avec indulgence et compréhension, mais parfois aussi en mêlant difficultés d’apprentissage et difficultés éducatives. Ce mélange des genres, difficultés cognitives et pratiques éducatives familiales, fait réagir les parents qui se sentent jugés. Car s’ils font confiance à l’école et à ses professionnels dans le domaine des apprentissages, ils revendiquent leur compétence à éduquer leurs enfants.

Quel impact sur la formation des enseignants ?
La découverte des parents des milieux populaires et immigrés, la plupart des enseignants ne la vivent qu’à l’école. Alors, quand ils se sentent inefficaces ou en situation d’échec professionnel, ils ont tendance à externaliser les difficultés de l’élève sur sa famille, son éducation, son quartier... ou à les expliquer par des dimensions psychologiques (blocages, immaturité...). Or, c’est sans doute par un fin travail d’analyse sur les modalités d’apprentissage, sur ses propres pratiques et son regard d’enseignant qu’il semble nécessaire en premier lieu de comprendre la nature des difficultés scolaires, sans recourir à des interprétations qui exonèrent.
Ce qui interroge aussi la formation et l’accompagnement des enseignants. Car il est impossible de mener seul un travail d’auto-analyse de ses pratiques, par manque de temps, d’outils de décryptage, de système en alternance. Il semble donc urgent de reformuler les rapports école-familles, en terme de complémentarité de rôles, de reconnaissance mutuelle et de légitimation réciproque.

Lire le dossier pages 12-16

Extrait du site du SNUipp du 18.03.2013 : [Fenêtres sur. cours n°381http://www.snuipp.fr/Fenetres-sur-cours-no381]

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