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Une interview de Pierre Merle par les Cahiers pédagogiques sur sa position critique vis-à-vis de l’éducation prioritaire

7 mars 2013 Version imprimable de cet article Version imprimable

Cette interview suit une présentation du livre de Pierre Merle sur "la ségrégation scolaire (2012)" par Françoise Lorcerie

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Questions à Pierre Merle

Vous êtes critique sur la politique d’éducation prioritaire et son évolution récente avec la politique des RAR et des Eclair. Quelles propositions faites-vous pour corriger la concentration des difficultés dans l’éducation prioritaire ?

Ma critique de la politique d’éducation prioritaire ne porte pas sur son principe «  donner plus à ceux qui ont moins  », mais sur sa mise en œuvre. Par exemple, les établissements de l’éducation prioritaire (EP) ont des classes à peine moins chargées que les classes hors EP alors que, pour les élèves en difficulté, le nombre d’élèves par classe exerce des effets nets sur leurs progrès scolaires, comme l’étude de Thomas Piketty et Mathieu Valdenaire l’a bien montré.
Ensuite, dans les établissements qui cumulent les difficultés, par exemple en Seine-Saint-Denis, la préscolarisation à deux ans ne dépasse pas les 5 %, soit un taux très en dessous de la moyenne nationale. Autre exemple, les options dont bénéficient les établissements de l’EP sont souvent moins nombreuses que celles présentes dans les établissements des beaux quartiers, etc. La discrimination soi-disant positive est en fait négative. La priorité actuelle est de développer une réelle discrimination positive. Il faut aussi supprimer le label éducation prioritaire, en raison des effets de seuil qu’il provoque. Certains établissements ont une situation à peine meilleure que ceux de l’EP et ne sont pas aidés, alors qu’ils devraient l’être. Il faut un système d’aides simples et régulièrement ajustables en fonction des variables socioscolaires fortement prédictives de la difficulté scolaire.

D’autre part, si les comparaisons entre les établissements de l’EP et hors EP portaient sur leur budget complet (salaires enseignants compris), la fameuse discrimination positive apparaitrait pour ce qu’elle est : une discrimination négative. La majorité des enseignants en poste dans l’EP sont jeunes, moins expérimentés et moins payés. La sujétion ZEP (zone d’éducation prioritaire), moins de 100  euros par mois, est une faible compensation au surcroit de difficultés scolaires propres à ces établissements caractérisés par un turnoveur considérable des enseignants qui réduit sensiblement le travail en équipe pourtant tout à fait nécessaire. [...]

Extrait de cahiers-pedagogiques.com du 06.03.13 : La ségrégation scolaire

 

Voir aussi Pierre Merle : "La ségrégation scolaire", La Découverte, 2012. L’auteur met fortement en cause l’effet stigmatisant de la politique d’éducation prioritaire, prône la suppression du label et un financement évolutif en fonction du recrutement social des établissements

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