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Pré-Assises. Concertation sur la refondation de l’école : les premiers travaux de l’atelier "Un système plus juste pour tous les territoires" qui traite de l’éducation prioritaire

16 juillet 2012 Version imprimable de cet article Version imprimable

Rappelons que la concertation sur la refondation de l’école, ouverte le 5 juillet par le Premier ministre, s’appuie sur 4 groupes.
Le site ministériel "Refondons l’école"

Le groupe "Un système scolaire juste et efficace" comprend lui-même plusieurs ateliers dont celui intitulé "Une école plus juste pour tous les territoires" qui traite plus spécifiquement de l’éducation prioritaire.
Voir l’introduction synthétique de l’atelier L’essentiel sur "Une école plus juste pour tous les territoires"

 

Ci-dessous la fiche complète en 4 parties
UNE ÉCOLE PLUS JUSTE POUR TOUS LES
TERRITOIRES

Des inégalités sociales, économiques et scolaires concentrées
sur certains territoires

Depuis 1981, les inégalités entre les territoires, évaluées à partir de critères sociaux et des
résultats des élèves aux évaluations, font l’objet d’une politique spécifique : la politique
d’éducation prioritaire. Cette politique a pour but de corriger les effets des inégalités sociales et
économiques sur la réussite scolaire et vise les territoires qui concentrent les catégories
sociales défavorisées, avec un faible niveau de qualification et un fort taux de chômage par
rapport aux moyennes nationales.
Elle vise aujourd’hui en premier lieu les 2 189 écoles et 303 collèges qui présentent les
difficultés les plus importantes (dispositif « ECLAIR »), ce qui représente un élève sur 20, à
l’école comme au collège. L’éducation prioritaire englobe en deuxième lieu, de façon plus large,
plus d’un million d’écoliers et un demi-million de collégiens, répartis dans près de 8 000
établissements primaires et secondaires.
Au total, 17,9 % des écoliers et 19,8 % des collégiens sont scolarisés en zone d’éducation
prioritaire. Ces élèves ont en moyenne des résultats scolaires inférieurs à ceux de leurs
camarades hors éducation prioritaire. En fin de CM2, comme en fin de 3e, en français comme
en mathématiques, ils maîtrisent moins bien les compétences de base. De plus, si la part des
élèves en difficulté face à l’écrit a augmenté en France depuis une dizaine d’années (près d’un
élève sur cinq aujourd’hui), cette hausse touche particulièrement les collèges en zones
d’éducation prioritaire : à l’entrée en 6e, le pourcentage d’élèves en difficulté de lecture dans le
secteur de l’éducation prioritaire est passé de 20,9 % en 1997 à 31,3 % en 2007.
Autre constat préoccupant : les études internationales montrent que le lien entre la performance
des élèves et leur milieu socio culturel est plus fort en France qu’en moyenne dans les pays de
l’OCDE (cf. enquête PISA de l’OCDE). Ainsi, entre 2000 et 2009, le score moyen de la France
dans le domaine de la compréhension de l’écrit reste stable et se situe dans la moyenne de
l’OCDE, mais le nombre d’élèves peu performants s’accroît.
Enfin, des difficultés particulières touchent aujourd’hui les élèves des territoires ruraux isolés.
En effet, les difficultés d’accès aux établissements scolaires, mais aussi aux institutions
culturelles, ou encore la longueur des temps de transports, constituent autant d’obstacles au
déroulement des parcours scolaires et éducatifs des enfants.
Or, selon toutes les études internationales, les systèmes les plus justes, c’est-à-dire ceux qui
parviennent à compenser le mieux les inégalités dues au milieu social, sont également les plus
performants.

Des politiques qui ont longtemps contribué à contenir les
inégalités scolaires mais dont l’efficacité est depuis plusieurs
années mise à mal

La politique d’éducation prioritaire a pour but d’agir à deux niveaux :
- au sein des établissements, par la mise en place d’activités pédagogiques exigeantes, motivantes et
adaptées, ou encore par l’encouragement de la scolarité des enfants de moins de trois ans ;
- au sein du territoire, en mobilisant aux côtés des professeurs d’autres partenaires, pour familiariser
les enfants et leurs familles avec l’École et mieux préparer les apprentissages.
Cette politique repose en grande partie sur une concentration des moyens dans les zones
concernées. Ces dernières bénéficient notamment de meilleurs taux d’encadrement des élèves
en personnels enseignants et d’éducation, et d’un nombre moins important d’élèves par classe
(environ 2,5 élèves de moins en moyenne). Des incitations financières sont également censées
permettre une plus grande stabilité des équipes pédagogiques.
Enfin, un pilotage spécifique et
adapté est assuré au niveau national et au niveau académique.
Cependant, si les efforts réalisés depuis les années 80 ont pendant longtemps permis de limiter
les écarts, les inégalités scolaires se creusent à nouveau de manière significative depuis une
dizaine d’années et l’enchaînement rapide depuis 2007 de programmes d’actions peu clairs et
peu opérants, imposés sans concertation préalable, a encore aggravé la situation.

Une situation aggravée par l’assouplissement de la carte scolaire
Selon les premiers bilans réalisés, l’assouplissement de la carte s’est traduit, pour les
établissements les plus fragiles, par une dégradation marquée de leur situation. Les évaluations
montrent que les parents d’origine aisée ont sollicité beaucoup plus de dérogations que les
autres parents. Ainsi, les boursiers sociaux ne représentent plus que 7,24 % de l’ensemble des
demandes en 2011 contre 9,31 % en 2008 (chiffres DGESCO).
Même si le taux de satisfaction
de leurs demandes est un peu supérieur aux autres, le nombre global de dérogations
accordées en 2011 sur ce motif est le plus faible enregistré depuis 2008 (9,3 % des dérogations
accordées, selon les données de la DGESCO). Les boursiers n’ont donc pas profité de la
mesure.
Enfin, les enquêtes et rapports publiés entre 2008 et 2012 (DEPP, CEPREMAP) sont
convergents : l’assouplissement de la carte scolaire a essentiellement affecté les zones
d’éducation prioritaire, où il a contribué à amplifier l’évitement de certains établissements.

Des réussites notoires obtenues grâce à la créativité et à la
mobilisation des équipes pédagogiques.

Les rapports rédigés par l’inspection générale du ministère de l’éducation nationale insistent sur
les résultats inégaux des établissements dans ces zones, et soulignent les progrès réalisés
dans certains établissements.
Il n’y a donc pas de fatalité de l’échec. Comme le souligne un rapport de l’IGEN-IGAENR de
2006 sur l’éducation prioritaire, « les écoles où les résultats sont les meilleurs sont celles où la
continuité des apprentissages est bien recherchée et régulée par un travail d’équipe organisé et
constant, où l’enseignement est très structuré, où le temps d’apprentissage est préservé, où le
niveau d’exigence est élevé, où le directeur orchestre le travail collectif et sait gérer les relations
avec l’environnement de l’école, veillant à ce que l’ouverture ne soit pas contre-productive pour
les apprentissages ».

La nécessité d’une action mieux ciblée et plus efficace pour
enrayer le creusement des inégalités scolaires

La concertation devra porter sur les moyens de mieux cibler l’action sur les écoles et les
collèges en difficulté. Il s’agira notamment de se pencher sur l’articulation des différents
dispositifs, qu’ils soient internes à l’éducation nationale ou en lien avec des partenaires, afin
d’éviter un empilement inefficace et sans cohérence globale, ou encore de simplifier les
classements ou zonages, devenus peu lisibles ou stigmatisant.
Une autre question sera celle
de la consolidation des équipes pédagogiques : comment maintenir dans les écoles et
établissements de l’éducation prioritaire des équipes soudées et mobilisées et améliorer leur
formation ? Enfin, la concertation devra réfléchir au moyen de renforcer le pilotage de
l’éducation prioritaire à ses différents niveaux (national, académique, local), de resserrer les
liens entre premier et second degrés ou encore de favoriser l’innovation et la mutualisation des
bonnes pratiques.

 

L’OZP a participé le 10 juillet à la première séance de cet atelier qui a rassemblé 70 personnes : des responsables de l’Education nationale (recteurs, IA...), des syndicats et associations, des représentants de villes...
L’atelier est animé par Patrick Picard (Centre Alain Savary) et Anne Armand (IGEN) est chargée du rapport.

Un rapide tour de table, où chacun devait résumer sa priorité en une phrase a permis à l’animateur de dégager les thèmes suivants selon trois niveaux :
1- Comment sur le terrain mobiliser les enseignants pour un égal accès de tous au savoir ? Quelle organisation locale du travail ?
2- Pilotage partagé, gouvernance locale, partenariat local.
3- Quelle garantie l’Etat ou la Nation donnent-ils pour que l’égalité soit respectée sur tous les fragments du territoire ?

La question des moyens a tenu une large place dans le débat qui a suivi. Celle de leur répartition également : par territoire, ou sur l’ensemble des établissements en fonction du degré de difficulté sociale, ou selon un mode mixte (ce qui rejoint le point 9 du Manifeste de l’OZP de 2006)

L’OZP a rappelé ses positions : L’éducation prioritaire peut apporter plus de justice et d’équité dans une petite minorité de territoires où le service public et en particulier le service public d’éducation est défaillant. Il ne s’agit pas seulement de donner plus de moyens budgétaires mais de modifier le fonctionnement ordinaire du système par :
- un pilotage fort, avec un projet élaboré collectivement,
- un fonctionnement en réseau écoles-collèges,
- un partenariat avec le milieu environnant et la politique de la Ville,
- l’affectation des ressources à la réalisation de projets (avec l’aide de personnels spécifiques) plutôt qu’à la diminution du nombre d’élèves par classe.

La prochaine séance se tiendra le 23 août 2012. En attendant, l’animateur a demandé aux participants d’envoyer des contributions sur différents thèmes.

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