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Le nouveau ministre, l’ancien et le président. La feuille de route d’Emanuel Macron devant les recteurs (dossier)

25 août 2022

A la Sorbonne, Emmanuel Macron donne sa feuille de route pour l’école
Devant les recteurs d’académie réunis à l’université parisienne, le chef de l’Etat est revenu sur la « nouvelle méthode » évoquée lors d’un déplacement à Marseille, en juin.

Discours d’Emmanuel Macron, entouré (de gauche à droite) de Carole Grandjean, ministre déléguée chargée de l’enseignement et de la formation profesionnels, de Pap Ndiaye, ministre de l’éducation, d’Amélie Oudéa-Castéra, ministre des sports et de Sarah El Haïry, secrétaire d’Etat chargée de la jeunesse et du service national universel, devant les recteurs d’académie réunis à La Sorbonne, à Paris, le 25 août 2022.

Les recteurs d’académie ne s’attendaient sans doute pas à une telle feuille de mission. Dans un discours d’ouverture à leur traditionnelle réunion de rentrée – à laquelle il s’invitait pour la première fois – Emmanuel Macron les a désignés comme les instigateurs d’une « révolution culturelle » dans laquelle ils doivent être « porteurs de bonnes nouvelles » et « facilitateurs » de projets. Ces derniers ont accueilli les propos du président par une longue ovation debout.

Cette adresse d’un genre nouveau aux recteurs est une façon pour Emmanuel Macron de réaffirmer qu’il a placé les sujets éducatifs au cœur de ce second quinquennat, mais aussi de réajuster son positionnement par rapport à ceux-ci. Après un premier conseil des ministres placé sous le sceau de la « fin de l’abondance », les questions scolaires aussi sont désormais abordées d’un ton moins combatif et plus crépusculaire : là où l’ancien ministre de l’éducation ne faisait qu’égrener les multiples transformations engagées depuis 2017, Emmanuel Macron, après les avoir toutes rappelées, a ajouté qu’elles ne suffiraient pas – que les enseignants manquaient à l’appel et que les inégalités étaient toujours aussi criantes.

Le président de la République a évoqué à la fois les élèves « malheureux », les professeurs « désabusés » et les parents d’élèves « inquiets ». « Quelque chose ne marche pas dans notre organisation collective », a ajouté le président, qui a regretté que le système éducatif soit désormais marqué par la défiance réciproque de ses acteurs. Un appel à la « lucidité » en forme d’aveu « d’échec », pour mieux annoncer les transformations futures. L’objectif clairement affiché est d’aller vers une école plus libre, plus autonome et plus flexible – plus libérale, diront ses détracteurs.

Plus d’autonomie

[...] Besoins du marché

Extrait de lemonde.fr du 25.08.22

 

Additif du 25.08.22

Macron encadre Ndiaye
A la veille de la conférence de presse de Pap Ndiaye, Emmanuel Macron s’invite dans la réunion de rentrée des recteurs le 25 août. Alors que l’Education ne fait pas partie du "domaine réservé" du président, cette intervention marque sa volonté d’imposer ses conceptions éducatives. Au risque d’affaiblir son ministre.

Une première

"C’est la première fois qu’un Président de la République participe à cet événement", précise le communiqué de l’Elysée. La réunion de rentrée des recteurs réunit avec les recteurs, tous les Dasen, les secrétaires généraux des académies et les cadres du ministère de l’éducation nationale. En intervenant directement devant cette assemblée le 25 août, Emmanuel Macron se donne un moyen d’action directe sur l’éducation nationale.

C’est un geste unique et donc qui sera fortement ressenti par l’encadrement du système éducatif. Jusque là c’est le ministre seul qui animait cette réunion.

Il le fait alors que Pap Ndiaye doit présenter sa politique éducative à la presse le 26 août lors de sa conférence de presse de rentrée. On peut s’interroger sur le sens de la démarche d’Emmanuel Macron. Elle risque d’être interprétée comme un désaveu de son ministre, soit jugé incapable de s’imposer à ces hauts fonctionnaires, soit considéré comme peu sur par rapport à la politique présidentielle.

L’éducation pilotée par l’Elysée

Car Emmanuel Macron vient pour exposer sa politique. "Il reviendra sur son ambition pour l’école et présentera les enjeux de la nouvelle méthode pour l’Education nationale, à l’image de l’expérimentation réalisée dans le cadre de Marseille en Grand", dit le communiqué. La "nouvelle méthode" c’est les débats qui seront organisés dans toutes les écoles et établissements au 1er trimestre , avec les collectivités locales et les associations locales, sur les projets des écoles et établissements. Une perspective accueillie froidement par les syndicats. A Marseille, les 59 écoles faisant partie de l’expérimentation ont reçu des fonds supplémentaires (40 000€). Il est prévu que des jurys sélectionnent des projets issus de ces débats pour les soutenir financièrement. Mais l’éducation nationale ne pourra pas financer tous les projets, loin de là.

On retiendra donc de cet événement deux points. Le premier c’est que le président s’investit en éducation et qu’il a l’intention d’appliquer le programme présenté lors de la campagne présidentielle. Or celui-ci va susciter des oppositions qu’il s’agisse de la nouvelle réforme du lycée professionnel ou du "nouveau pacte" imposé aux enseignants.

Le second point c’est la position très particulière de Pap Ndiaye. A peine nommé ministre, ses attributions lui sont ravies par le président de la République. Quel est son avenir ?

François Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 25.02.22

 

Pap Ndiaye : Le ministre sur le fil
De quel coté Pap Ndiaye va t-il basculer ? Encore marqués par les 5 années du ministère Blanquer, les enseignants traduisent les propos du ministre de l’éducation nationale à travers les lunettes du premier quinquennat. S’il s’affirme dans le "ni ni", Pap Ndiaye alterne des marquages personnels et la continuité des mesures de son prédécesseur. Le ministre semble avoir pris en main davantage ses dossiers que sa communication. Surtout, il est le ministre d’un président qui a arrêté une politique éducative. De ce coté là aussi il lui faudra définir, ou pas, son territoire...

Le ministre du "ni ni"

"D’emblée il a dit qu’il faut évacuer l’opposition simpliste avec JM Blanquer. Il a dit qu’il ne serait ni dans la continuité ni dans une démarche à 180°". Cette confidence d’un syndicaliste à l’issue du premier Conseil supérieur de l’éducation de Pap Ndiaye, le 20 juin, définit un ministre qui veut rester dans un prudent "ni ni".

Le "ni ni", Pap Ndiaye l’a entretenu depuis le début de son ministère. Le 20 mai, lors de la passation de pouvoir avec JM Blanquer, Pap Ndiaye avait repris la "consolidation des savoirs fondamentaux", un des thèmes dominants de son prédécesseur, tout en annonçant "une adaptation nécessaire de l’école". Le 14 juin , alors qu’il présente son programme au Conseil des ministres, il reprend le thème macronien de l’Ecole du futur et suit scrupuleusement la feuille de route élyséenne. Il parle de revalorisation dans le cadre du "nouveau pacte" lancé par E Macron. Et dans son entourage se croisent des personnalités proches de l’Elysée et d’autres liées à JM Blanquer.

Fin juin, le ministre s’engage un peu plus dans la circulaire de rentrée. " La maîtrise des savoirs fondamentaux - la lecture, l’écriture, les mathématiques - conditionne la réussite scolaire et constitue ainsi l’objectif prioritaire de nos politiques de réduction des inégalités", affirme t-elle. La circulaire étend à la maternelle cette obsession des fondamentaux. Il se situe là clairement dans la continuité avec la politique menée par JM BLanquer. Le texte évoque aussi les concertations à la rentrée dans les écoles et établissements dans la suite des annonces d’E Macron. Si Pap Ndiaye marque aussi son souci de la mixité sociale, la méthode annoncée (créer des filières d’élite dans les établissements ségrégués) est connue comme inefficace. Sur ce point là aussi on reste dans la continuité de l’action blanquérienne.

La différence avec JM Blanquer se voit surtout dans ses interventions médiatiques. Lors du voyage à Marseille avec E Macron, le tout nouveau ministre est réduit à l’état de potiche muette. Deux mois plus tard, à Boulazac (24) il professe des banalités. Et devant le Sénat il confond encore école primaire et élémentaire ce qui montre une faible maitrise de ses dossiers.

Un tournant cet été ?

Il faut attendre le 2 août, son intervention devant la commission éducation de l’Assemblée nationale pour que le ministre commence à se révéler. Certes P Ndiaye s’inscrit dans la continuité. Il évoque à nouveau les fondamentaux et même les tests de fluence, symbole de la politique blanquérienne. Il salue S Dehaene, autre symbole. Il parle "d’égalité des chances" et non de mixité sociale.

Mais Pap Ndiaye se défend bien contre les accusations de wokisme. "La République vacille quand les inégalités sociales ne sont pas corrigées", dit-il. "Refaire la république ce n’est pas seulement inculquer notre devise mais montrer qu’elle est valable pour tous et toutes".

Le 18 août dans un tweet il prend ses distances avec JM BLanquer. "A chaque rentrée revient une petite musique sur l’utilisation de l’allocation de rentrée scolaire", écrit-il. "Cette aide est nécessaire et juste pour les dépenses de rentrée de plus de 3 millions de familles. Faire peser un soupçon sur son utilisation est infondé et stigmatisant". En 2021 JM Blanquer avait dit "qu’il y a parfois des achats d’écrans plats plus importants au mois de septembre". Des propos qui avaient été soutenus par le président de la République. En aout 2022 P Ndiaye tacle les Républicains qui ont déposé une proposition de loi encadrant l’ARS. Mais il le fait parce que la majorité a décidé cette fois ci de se démarquer des Républicains sur cette question.

Naissance d’un ministre

Peut-être le plus important changement chez Pap Ndiaye est ailleurs. Lors de l’adition à l’Assemblée, on a découvert un ministre capable de répondre à des questions précises sur les dossiers de son ministère. Certes il est entouré de membres de son cabinet qui lui passent des fiches. Mais il était visible qu’il maitrisait certains sujets.

Et particulièrement des questions où il se démarque de son prédécesseur. Par exemple sur l’instruction en famille, P Ndiaye ne remet pas en question le principe de l’interdiction imposé par JM Blanquer. Mais il n’hésite pas à dire que celui-ci est appliqué de façon inégale selon les académies par son administration et qu’il y mettrait bon ordre. Alors que JM Blanquer a mené la guerre contre les jardins d’enfants lors de la loi Blanquer, P Ndiaye a expliqué qu’il cherchait un moyen légal de les maintenir.

On voit ainsi apparaitre peu à peu un vrai ministre. "Il appréhende mieux la grande maison Education nationale", nous dit Sophe Vénétitay, secrétaire générale du Snes Fsu. "Mais pour autant son jeu d’équilibriste ne va pas tenir longtemps". "C’est un ministre qui se fait son avis par lui-même", estime Stéphane Crochet, secrétaire général du Se-Unsa. "Il me semble être rentré davantage dans le détail des dossiers et dans leur multiplicité".

Défis à venir

S’il veut marquer son passage rue de Grenelle, il lui reste pourtant bien des épreuves. La première est celle des médias. Depuis sa nomination, P Ndiaye a été le premier ministre de l’éducation à écarter les médias. Au mépris de la liberté d’information, le ministre a jusque là réservé ses déplacements et ses interventions à un tout petit nombre de médias soigneusement triés. Or Pap Ndiaye doit tenir sa conférence de presse de rentrée le 26 août et tous les médias seront là.

Mais la principale épreuve d’un ministre de l’éducation c’est de savoir gérer son président. Etre ministre c’est aussi être capable de dire non à l’Elysée. Tous ont du le faire. On imagine que les relations entre V Peillon et F Hollande n’ont pas été un lit de roses. A droite, L Chatel a su dissoudre les initiatives les plus saugrenues de N Sarkozy. Par exemple quand il voulait lier chaque écolier à un enfant déporté. Quand il voulait imposer des mesures sécuritaires face à la violence scolaire. Ou encore quand N Sarkozy lui a demandé de supprimer une année les concours de recrutement des enseignants pour récupérer des postes.

Avec un président aussi investi dans les questions d’éducation, avec des ambitions de transformations importantes, comme le nouveau pacte, la revalorisation ou la réforme de l’enseignement professionnel, Pap Ndiaye va avoir à monter qu’il est réellement ministre.

François Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 23.08.22

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