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Enseignements artistiques et culturels : un rapport de l’Igésr, mars 2020 (ToutEduc)

29 avril

“Au niveau des projets académiques, la présence des enseignements artistiques se limite souvent à leur simple mention“ (IGESR)
“L’identité des enseignements artistiques au collège est apparue régulièrement masquée par l’attention particulière dont font l’objet l’éducation artistique et culturelle (EAC) et ses différents vecteurs“, constatent les inspecteurs généraux de l’Education nationale dans un rapport de 2020 (et qui vient d’être publié) destiné à dresser un état des lieux de ces disciplines (éducation musicale, arts plastiques, histoire des arts).

Ils indiquent pourtant que “les enseignements artistiques ont été à maintes reprises présentés comme faisant ‘respirer l’École‘“, qu’ils possèdent une “identité particulière et des dimensions pédagogiques propres“ : appel à la responsabilité et à l’autonomie, importance accordée à la notion de projet, inscription des apprentissages dans des espaces et des temporalités variés, sollicitation de la sensibilité et du potentiel d’invention des élèves, ou encore interdisciplinarité et transversalité volontiers accueillies.

Par ailleurs, les interlocuteurs de la mission, “à commencer par les parents d’élèves, ont affirmé que le principe des enseignements artistiques obligatoires contribuait à la réduction des inégalités culturelles". Autre dimension soulignée et même “particulièrement“ mise en avant par les élèves auditionnés, la “contribution des enseignements artistiques au développement de compétences nécessaires au XXIème siècle“, notamment par la familiarisation qu’ils permettent pour approcher des problèmes complexes.

Confusion avec l’EAC

Malgré cette consécration, l’IGESR constate qu’ “au niveau des projets académiques, la présence des enseignements artistiques se limite souvent à leur simple mention, réduite au lien avec l’EAC“. De plus, il semblerait que “les modalités de l’enseignement et celles de l’EAC sont (..) régulièrement confondues“, et que “ces deux formes ne sont guère pensées dans leur articulation“, ce dont résulterait “une impression générale de dispersion des ressources disponibles.“

Ainsi dans certains cas, “y compris au sein des directions générales des ministères de l’éducation et de la culture, la mission a perçu une disjonction entre deux ordres éducatifs pensés séparément, souvent comparés, parfois mis en concurrence (..).“ Une problématique qui se retrouve localement, où “certains chefs d’établissement tendent à appréhender principalement les enseignements et l’éducation artistique et culturelle comme des leviers pour améliorer le climat scolaire, contribuer au ‘vivre ensemble‘ et occultent parallèlement la construction des apprentissages spécifiques.“

Un pilotage insuffisant

Par ailleurs, la mission de l’inspection générale souligne une “collégialité insuffisante au niveau du pilotage pédagogique, en établissement comme au niveau académique“. Les entretiens qu’elle a menés “n’ont pas permis d’identifier de véritable pilotage local des enseignements artistiques, que ce soit entre professeurs ou entre professeurs et équipe de direction“, tandis que l’exercice de l’enseignement par les professeurs “s’avère souvent solitaire, ne serait-ce que (parce) qu’il n’y a souvent qu’un professeur d’arts plastiques et un professeur d’éducation musicale par établissement.“

L’IGESR a également constaté que “la réflexion commune des professeurs des enseignements artistiques sur la convergence et la spécificité de leurs disciplines, sur l’articulation entre l’ordre des enseignements et celui parfois moins formel de dispositifs de l’éducation artistique, n’était guère développée. Non instituée, elle ne va pas de soi, ni ne procure de repères professionnels structurants.“

Conséquence, les collégialités de pilotage et d’expertise des enseignements artistiques “sont peu développées pour en assurer de façon satisfaisante la coordination, le suivi et l’accompagnement".

La mission souligne d’ailleurs “qu’il n’y pas encore véritablement de pilotage local et global pour en articuler toutes les composantes et les dimensions“, et cite les inspecteurs pédagogiques régionaux qui “ont de moins en moins de temps à consacrer à ce pilotage“, du fait que “le calendrier des rendez-vous de carrière et la multiplication des tâches administratives et transversales les accaparent, leur laissant de moins en moins de temps pour l’accompagnement individuel“.

A noter pour finir que le levier de la formation au niveau académique et au niveau national, s’est selon l’IGESR également amoindri.

Le rapport ici (mars 2020, 45 p.)

Extrait de ToutEduc.fr du 28.04.22

 

EXTRAIT

SYNTHÈSE
Figurant au programme de travail 2018-2019 des deux inspections générales, ce rapport propose un état des lieux des enseignements artistiques (EA) au collège sur lequel il fonde un certain nombre de perspectives d’évolution. L’étude porte principalement sur les enseignements artistiques obligatoires : les arts plastiques, l’éducation musicale et l’histoire des arts. Elle intègre d’autres enseignements artistiques, qu’ils soient facultatifs – enseignement facultatif de chant choral (EFCC) –, ou partenariaux – classes à horaires
ménagés (CHA). Centrée sur le collège, elle s’autorise quelques incursions en amont et en aval. Elle envisage de manière systémique cet ensemble dans ses relations avec l’éducation artistique et culturelle (EAC). Son ambition est triple : poser les premiers jalons d’une réflexion sur l’évaluation régulière et globale des enseignements, alerter sur la nécessité de clarifier des objets relevant de l’éducation artistique et culturelle, parfois mal différenciés par les différents niveaux du système scolaire, et chercher les moyens de conforter la formation artistique des élèves dans la scolarité obligatoire.

D’un état des lieux aux conditions d’une évaluation régulière de l’enseignement
Les entretiens et les études menés dans le cadre de cette mission soulignent l’intérêt d’un état des lieux des trois enseignements artistiques obligatoires. Si, dans le cadre de leurs missions permanentes, les inspecteurs généraux du groupe « enseignements et éducation artistiques » de l’IGEN réalisent régulièrement des analyses liées au suivi de chaque enseignement, il manquait à ce jour une approche globale et simultanée de
leurs différentes composantes. Toutefois, au-delà de ce rapport et des disciplines scolaires ou domaines qu’il traite, les approches, les modalités, les échelles et le rythme d’une évaluation régulière resteraient à définir conjointement à tous les enseignements dispensés dans le système éducatif.
Concernant les enseignements artistiques, un certain nombre d’informations font aujourd’hui défaut pour garantir la pleine et juste appréciation du champ observé : la direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) ne dispose guère d’études spécifiques1 – et a semblé en attente de cette mission et des conclusions qui pourraient être tirées de la présente étude ; l’identification des ressources humaines en histoire des arts au collège est de fait impossible2 , tout comme l’approche de certains acquis par le filtre des examens3 .
Par ailleurs, depuis la mise en place du protocole PPCR (Parcours professionnels, carrières et rémunérations), une littérature institutionnelle – rapidement disponible et homogène portant – sur l’observation et l’analyse systématiques des gestes professionnels et des apprentissages des élèves commence à manquer alors qu’elle
aurait pu permettre de nourrir le présent état des lieux.
Lorsque ces manques seront comblés ou compensés, une évaluation régulière pourrait mobiliser l’ensemble du système, depuis la classe jusqu’au niveau national. L’analyse des corps d’inspection pourrait cependant être utilement complétée par le regard des enseignants sur leurs propres pratiques. Dans cette perspective,
la mission préconise notamment un projet pédagogique des enseignements et de l’éducation artistiques en établissement et son articulation avec les différents niveaux du pilotage et de l’expertise.

Une contribution reconnue des enseignements artistiques à la formation générale des élèves
Unanimement, les interlocuteurs de la mission, à commencer par les parents d’élèves, ont affirmé que le principe des enseignements artistiques obligatoires contribuait à la réduction des inégalités culturelles. Ils attendent que l’État, à travers son École, joue un rôle moteur. Faisant écho aux droits fondamentaux et aux conceptions issues d’instances internationales, l’universalité et la nature démocratique de ces enseignements sont ainsi régulièrement rappelées.
Les avis convergent également pour constater la contribution des enseignements artistiques au développement de compétences nécessaires au XXIème siècle : notamment par une familiarisation avec l’approche de problèmes complexes – intrinsèques à la création artistique –, par la place qu’ils accordent à
l’imagination et à la créativité, comme à la logique de projet et à l’autonomie de l’élève. Ces dimensions ont été particulièrement mises en avant par les élèves que la mission a pu auditionner.

Une identité particulière et des dimensions pédagogiques propres : des enseignements qui font « respirer l’École »
Pour reprendre une formule entendue par la mission, les enseignements artistiques ont été à maintes reprises présentés comme faisant « respirer l’École », expression dont les explicitations demandées par la mission ont mis en avant des caractéristiques largement perçues : sollicitation de la sensibilité et du potentiel d’invention des élèves, association des pratiques sensibles et d’une culture artistique, interdisciplinarité et transversalité volontiers accueillies (inscrites dans les programmes et renforcées par l’instauration de
l’histoire des arts).
Avec des programmes qui font fortement appel à la responsabilité et à l’autonomie, les enseignements artistiques s’avèrent porteurs d’une dynamique particulière dans l’École car propices à l’innovation et aux expérimentations, que ce soit dans le cadre du cours usuel ou dans celui de dispositifs spécifiques.
L’importance accordée à la notion de projet, les perspectives artistiques et pédagogiques ouvertes par le numérique, l’inscription des apprentissages dans des espaces et des temporalités variés sont apparus comme des leviers régulièrement mobilisés. L’expérimentation touche aussi l’évaluation des apprentissages et des acquis des élèves, avec une approche principalement formative, qui permet aux enseignants spécialistes de contribuer spécifiquement et utilement à l’évaluation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture.

Les enseignements artistiques au collège : une organisation hétérogène et néanmoins robuste
S’ils comprennent aussi des enseignements partenariaux (les classes à horaires aménagés) répartis dans quelques établissements par académie et, depuis la rentrée 2018, un enseignement facultatif interclasses et inter-niveaux (le chant choral) en voie de généralisation, les formes d’enseignement disponibles dans tous les collèges mêlent principalement deux disciplines constituées (arts plastiques et éducation musicale, dotées d’un volume horaire régulier et continu dans l’emploi du temps des élèves) et un enseignement pluridisciplinaire (l’histoire des arts, inclus dans le volume horaire des différentes disciplines). Ces enseignements artistiques obligatoires tirent bénéfice pour la formation des élèves de la continuité, de la régularité et de la progressivité d’apprentissages qui les arriment dans le fonctionnement commun de l’École.
Il existe aussi de nombreuses initiatives locales qui dépassent les limites de ces différents cadres.
Partant, la ressource humaine est d’une économie complexe, associant recrutements par concours, possibilités de certifications complémentaires, contrats, services partagés, etc. La description et l’analyse du corps enseignant, des viviers de recrutement et des concours, des besoins (calibrages) sont assez aisées en arts plastiques et en éducation musicale. Cette étude atteste une implantation satisfaisante des disciplines concernées dans la forme scolaire. Cependant, le nombre croissant de services partagés entre deux voire trois sites en milieu rural attire l’attention. Il y a là un risque d’épuisement des personnels et d’érosion de la dynamique pédagogique collective de ces disciplines comme au sein de chaque collège concerné.

Un ensemble d’évolutions récentes – l’instauration, du côté des enseignements, de l’histoire des arts et, du côté de l’éducation artistique et culturelle, du parcours d’éducation artistique et culturelle (PEAC), ainsi que le développement d’options (cinéma et théâtre) au CAPES de lettres modernes, indépendamment d’une réflexion globale sur les enseignements artistiques – a pour conséquence la grande complexité du pilotage général du domaine. Concernant l’histoire des arts, à l’exception des professeurs d’arts plastiques et d’éducation musicale, plus naturellement investis, il n’est guère possible d’apprécier le volume, le profil, les qualités de la ressource humaine que seul le niveau local est en mesure d’identifier et de mobiliser.

Une identité et des évolutions régulières masquées par une certaine confusion entre EA et EAC aux différents niveaux du système scolaire
Quoique riche, structurée et en évolution constante, l’identité des enseignements artistiques au collège est apparue régulièrement masquée par l’attention particulière dont font l’objet l’éducation artistique et culturelle (EAC) et ses différents vecteurs. Au niveau des projets académiques, la présence des enseignements artistiques se limite souvent à leur simple mention, réduite au lien avec l’EAC.

Un constat s’est rapidement imposé : sauf chez les professeurs et les corps d’inspection spécialisés, à différents niveaux de l’institution et de son encadrement, sous le principe général d’une éducation artistique, les modalités de l’enseignement et celles de l’EAC sont apparues rapidement et régulièrement confondues.
Complémentaires et nécessaires, ces deux formes ne sont guère pensées dans leur articulation. Il en résulte une impression générale de dispersion des ressources disponibles. L’étendue et la fréquence de ces confusions ont symptomatiquement rendu nécessaire de rappeler, dès la lettre de cadrage et dans toutes les étapes de la mission, les objets et le périmètre de l’étude conduite.

Une collégialité insuffisante au niveau du pilotage pédagogique, en établissement comme au niveau académique, et des leviers de formation amoindris
Les collégialités de pilotage et d’expertise des enseignements artistiques sont peu développées pour en assurer de façon satisfaisante la coordination, le suivi et l’accompagnement. La mission constate qu’il n’y pas encore véritablement de pilotage local et global pour en articuler toutes les composantes et les dimensions.
Les inspecteurs pédagogiques régionaux ont de moins en moins de temps à consacrer à ce pilotage, mais également à l’accompagnement individuel ou à celui des équipes.
Au niveau académique et au niveau national, le levier de la formation (plans académiques, plan national) s’est amoindri. Dans ce contexte, en partenariat avec les académies ou avec la DGESCO, l’inspection générale investit davantage le terrain des ressources, sous leurs diverses formes : Édubases, travaux académiques
mutualisés, accompagnement des programmes, etc.

Des préconisations pour conforter la formation artistique de tous les élèves au cœur de leur formation générale
Au travers d’un état des lieux des enseignements artistiques obligatoires, de leurs transformations au fil des programmes et des réformes, de la réalité de leur mise en œuvre, des moyens qu’ils nécessitent et des difficultés qu’ils peuvent rencontrer, c’est bien la question de l’économie générale de la formation artistique
de tous les élèves, de leur familiarisation avec l’art, ses formes et ses références culturelles, ses langages et ses pratiques, qui est au cœur de cette étude.

Organisées selon quatre perspectives, des préconisations sont proposées et explicitées dans la partie 5 de ce rapport :

1. Tirer pleinement parti de l’identité et des apports particuliers des enseignements artistiques afin qu’ils jouent tout leur rôle dans la scolarité obligatoire. Pour cela, les leviers sont multiples :
consolider la contribution des enseignements à l’EAC (demande de consolidation observée par la mission sur le terrain chez les enseignants) et lever ainsi les ambiguïtés entre ces deux formes (ambiguïtés constatées à tous les niveaux, du collège jusqu’au niveau national) ;
assurer un enseignement artistique effectif au niveau primaire ; instituer une épreuve obligatoire au DNB reposant sur les trois enseignements artistiques. Afin de nourrir ces différentes perspectives, la mission propose en outre d’organiser des études régulières sur les apprentissages des élèves et de développer le volet « accompagnement » du PPCR.

2. Renforcer le développement professionnel et personnel des professeurs et des cadres au bénéfice des évolutions souhaitables. Pour cela, il conviendrait de doter les universités, notamment les INSPÉ, et les jeunes professeurs d’un référentiel des compétences spécifiques aux enseignements artistiques, notamment du fait de leur contribution à toutes les formes de l’éducation artistique ; la formation continue devrait être par ailleurs développée en tenant à la fois compte des besoins des professeurs et de l’implantation territoriale spécifique de la ressource humaine des enseignements artistiques ; le corps d’inspection spécialisé gagnerait à être plus fréquemment réuni, ce qui contribuerait à renforcer la collégialité de son expertise, notamment pour le suivi des unités d’enseignement, dans une approche globale des enseignements artistiques et de l’EAC.

3. Refonder la mise en œuvre des enseignements artistiques dans un projet de formation spécifique pour tous les élèves à l’échelle de l’établissement. Pour cela, il conviendrait de fédérer les enseignements artistiques obligatoires autour d’un projet pédagogique des enseignements et de l’éducation artistiques, projet porté par l’équipe et par l’établissement.
4 Défini autour de quelques grands principes, ce projet serait un cadre de référence partagé, de réflexion et d’action, de régulation et de développement, garantissant et articulant les enseignements artistiques entre eux et avec les diverses composantes de l’éducation artistique de tous les élèves.

4. Enrichir les formes comme les domaines artistiques enseignés au-delà des arts plastiques et de l’éducation musicale. Pour cela, la mission propose de développer des classes artistiques à horaire de formation renforcé, selon des modalités nouvelles et sur des champs plus variés.

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