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Présidentielle. Paye au mérite : Histoire d’une obsession (un dossier du Café). Une idée reprise par la fondation Res Publica (Chevènement)

4 avril

Paye au mérite : Histoire d’une obsession
"On va payer mieux ceux qui sont prêts à faire plus d’efforts". L’annonce par Emmanuel Macron, le 17 mars, d’une paye au mérite pour les enseignants, dans le cadre du "nouveau pacte" qu’il envisage s’il est réélu, n’est pas vraiment une surprise. De N Sarkozy à E Macron, de nombreux gouvernements ancrés à droite ont tenté de lier les résultats des élèves à la rémunération des professeurs. Ils n’ont fait que reprendre une idée inventée aux Eats-Unis. Dans tous les pays développés où elle a été mise en œuvre, à commencer par les Etats-Unis, elle n’a donné aucun résultat. Pour une raison très simple donnée au Café pédagogique dès 2008 par Bruno Suchaut (IREDU) : "pour le métier d’enseignant, la définition même du concept de mérite ne va pas de soi". Alors pourquoi s’obstinent -ils ?

Payer selon les résultats
Comme si les propos d’Emmanuel Macron, le 17 mars, ne suffisaient pas c’est A. Koehler, secrétaire général de l’Elysée, et donc son premier collaborateur, qui déclare dans L’Express qu’il faut "indexer la rémunération des professeurs sur l’obtention par leurs élèves de bons résultats". E Macron avait déjà dit "assumer plusieurs systèmes de rémunération" pour les professeurs "car ils ne font pas tous la même chose... Dans une école on va avoir un professeur qui va changer les résultats des élèves et un autre non". Avec cette annonce, E Macron ne fait que reprendre une idée déjà émise en 2007 par Nicolas Sarkozy.

L’idée de Sarkozy

C’est Sarkozy qui lance dès 2007 l’idée d’une rémunération des enseignants basée sur les résultats des élèves. Révélée par Education & formations, une revue de la Depp (n°86-87), la lettre de mission de N Sarkozy à Xavier Darcos, en 2007, l’invite à mettre en place un dispositif en ce sens. "Nous voulons que la rémunération des enseignants corresponde mieux à l’importance de leur rôle pour la nation... Nous souhaitons que le mérite soit reconnu, tant au niveau individuel que collectif. C’est possible tout en étant objectif", écrit N Sarkozy. "Nous souhaitons que vous mettiez en place un dispositif d’évaluation beaucoup plus conséquent de notre système éducatif. Celui-ci devra comprendre quatre volets : une évaluation systématique de tous les élèves tous les ans, afin de repérer immédiatement les élèves en difficulté et de pouvoir les aider ; une évaluation régulière des enseignants sur la base des progrès et des résultats de leurs élèves".

Dès 2009, JM Blanquer tente de l’appliquer
En 2009 JM Blanquer revient rue de Grenelle comme directeur de l’enseignement scolaire du ministre Chatel. C’est à lui que revient de mettre en place l’évaluation de fin d’année de Ce1. Ces évaluations sont élaborées par la Dgesco (division de l’enseignement scolaire), et non par la Depp (division des études du ministère). Elles seront obligatoires pour tous les élèves jusqu’à l’alternance politique de 2012 avant de disparaitre. JM Blanquer s’implique beaucoup dans la réalisation de cette commande élyséenne au point qu’on parlera "d’évaluations Blanquer". Au point aussi de créer une prime spéciale de 400€ pour les enseignants qui les font passer, soit un cout d’une quarantaine de millions.

Dans ces évaluations on retrouve les deux objectifs de la lettre de mission de N Sarkozy. D’une part évaluer le niveau des élèves. D’autre part avoir une idée du mérite de l’enseignant à travers les résultats de ses élèves. Si l’évaluation avait été généralisée aux 4 niveaux , on aurait pu suivre les progrès des élèves et, en théorie, les lier à des enseignants précisément. Mais dans le discours public cet objectif n’apparait pas, ce qui n’empêche pas des enseignants de manifester des doutes. Le ministère ne parle que d’évaluation des élèves, comme le montre un entretien donné au Café pédagogique en 2009.

L’idée de publication des résultats école par école fait long feu. Mais le mélange d’évaluation bilan et diagnostic est dénoncé chez les enseignants. " Toutefois, subsiste chez les enseignants une défiance quant à la vraie nature de ces évaluations, présentées à la fois comme bilan et comme diagnostic, en insistant tantôt sur un aspect, tantôt sur l’autre, et pouvant servir à contrôler leur valeur professionnelle", explique Education & formations. "Cet usage possible de l’évaluation est ressenti comme d’autant plus injuste qu’il ne repose pas sur les progrès réalisés par les élèves, mais uniquement sur leur niveau à un instant donné, sans prendre en considération leur niveau scolaire à leur arrivée dans la classe ni leurs différences socioéconomiques".

Un premier échec retentissant

Education & formations, revue de la Deep, explique cet échec. " Une étude interne, réalisée par la DEPP... fait apparaître des distorsions dans les résultats selon que les écoles ont ou non été suivies par les inspecteurs du contrôle qualité, ainsi qu’en fonction des secteurs de scolarisation... On observe une surestimation des élèves par leurs enseignants, et ce de façon plus particulièrement marquée dans le secteur privé, en l’absence de contrôle des procédures de passation et de correction. Dès la deuxième année d’utilisation, les limites de l’exercice, en termes de comparabilité, sont atteintes : les résultats des élèves de CM2 affichent une forte baisse en mathématiques. Cette baisse est en fait due à la plus grande difficulté du protocole élaboré pour cette deuxième itération, mais elle est interprétée comme une perte de compétence moyenne des élèves de CM2".

Une autre instance dénonce elle aussi le caractère non scientifique de ces évaluations. C’est le Haut Conseil de l’Education. Mis en place par la droite mais indépendant, le HCE parle sans équivoque. Sur les évaluations nationales de CE1, CM2 et 3ème, le HCE pointe des questions de méthode : ces évaluations confondent évaluation du système éducatif et évaluation de sa classe par le maître. En CM2 et 3ème, selon le HCE "la fiabilité des indicateurs n’est pas assurée. La manière dont elles sont renseignées n’est ni contrôlée ni harmonisée". Tout féru de sciences , le directeur de la Dgesco tempête contre ces propos. Mais personne ne prend au sérieux ses évaluations.

En 2011, le ministre Chatel demande à la Depp d’aider la Dgesco à améliorer ces évaluations. Quelques mois plus tard le nouveau gouvernement enterre les évaluations de Ce1 et Cm2. Ainsi disparait la première tentative d’évaluer les professeurs à travers les élèves.

Le retour avec Macron

En février 2018, Edouard Philippe demande "une rémunération plus individualisée" pour les fonctionnaires : "une part de la rémunération doit être liée au mérite et à l’atteinte des résultats", dit -il.

Le directeur de l’enseignement scolaire de Luc Chatel est devenu ministre de l’éducation nationale. Il multiplie les évaluations pour la rentrée 2018. L’objectif d’évaluer chaque enseignantes à travers les évaluations nationales n’est toujours pas affiché. Avec une exception : la prime des enseignants des Rep+ sera versée en fonction des résultats des élèves annonce le ministre le 2 juillet. "la possibilité d’un adossement d’une partie de cette indemnité aux progrès des élèves et à l’accomplissement du projet d’école et d’établissement qui y contribue sera examinée". En 2019, le rapport des inspecteurs généraux Olivier Sidokpohou et Guy Waïss a beau recommander une "gestion de proximité " au mérite, le projet va en rester (momentanément ? là.

La fronde des enseignants est telle face à la réforme des retraites et à la loi Blanquer, que le gouvernement n’avancera plus sur ce chantier. Les outils mis en place au début du quinquennat (évaluations nationales de Cp, mi Cp , Ce1 et 6ème) ne sont pas étendus à d’autres niveaux. L’évaluation de 2de n’arrive pas à s’installer. Le Grenelle de l’éducation relance l’idée d’une paye au mérite, par exemple pour les enseignants innovateurs ou pour des expérimentations, ou pour "certaines fonctions". En août 2021, c’est l’Institut Montaigne, alors présidé par Laurent Bigorgne, qui reprend l’idée. Il demande que les évaluations nationales soient renforcées pour pouvoir dégager "la plus value" individuelle de chaque enseignant.

Que sait-on de l’efficacité de la paye au mérite ?

Le salaire au mérite a été longuement testé dans les pays anglo-saxons. De nombreux pays de l’OCDE (environ la moitié) ont fait entrer la reconnaissance du mérite de l’enseignant dans sa rémunération. Aux Etats-Unis des districts utilisent les résultats des évaluation nationales pour estimer précisément le niveau de rémunération des enseignants. On peut aller ainsi jusqu’à une paye strictement individuelle. L’idée c’est que les enseignants sont le premier outil d’amélioration de la productivité de l’école. "L’effet maitre" serait le premier responsable de la réussite des élèves et il y aurait urgence à faire partir les "mauvais maitres" et à encourager les bons.

En mai 2012, l’OCDE a publié une étude sur l’efficacité de cette politique. Selon l’Organisation, dans les pays où le salaire des enseignants est particulièrement bas par rapport au PIB local, la performance des élèves est meilleure avec une paye au mérite. Dans les pays où le salaire des enseignants est élevé, la paye au mérite fait baisser les performances des élèves. Mais encore faut-il, dans tous les pays, que la paye au mérite soit reconnue comme juste et équitable par les enseignants.

Cette position embarrassée de l’OCDE s’explique par une caractéristique propre au métier d’enseignant : il est très difficile d’évaluer le mérite d’un enseignant. Comme le remarque Bruno Suchaut, dans un article donné au Café en 2008, "l’efficacité de l’acte pédagogique (est) en partie liée au contexte d’enseignement, c’est-à-dire à la classe et aux élèves qui la composent. Pour le métier d’enseignant, la définition même du concept de mérite ne va pas donc de soi et nécessiterait de mobiliser des indicateurs nombreux pour l’appréhender dans son ensemble".

Alain Chaptal, auteur d’un ouvrage sur cette question, a présenté la situation de façon très claire. "Entrez dans une salle des profs, passez suffisamment de temps pour gagner la confiance des enseignants, interrogez-les pour savoir si certains collègues ont plus de charisme que d’autres ou bien si certains d’entre eux ne sont pas à la hauteur. Très vite, les réponses vont converger, le consensus se réaliser entre pairs. Poussez plus loin l’exercice, essayez de faire émerger des critères objectifs susceptibles d’étayer ce jugement collectif. Echec sur toute la ligne. D’autant plus que la variabilité des situations est extrême. Tel enseignant qui réussit bien avec la quasi-totalité de ses classes pourra être confronté à de grandes difficultés avec telle autre". Si le mérite est insaisissable, l’efficacité de la paye au mérite calcule seulement celle de l’incitation financière et du climat de l’entreprise. La question de l’efficacité de la paye au mérite reste ouverte.

François Jarraud

Voir la dizaine de liens en bas de l’article du Café

Extrait de cafepedagogique.net du 04.03.22

 

Matthieu Lahaye : Le programme réac d’un proche de JM Blanquer
Longtemps conseiller en charge des affaires pédagogiques au cabinet de JM Blanquer, Matthieu Lahaye est inspecteur général. Agrégé, ancien professeur de CPGE, il expose sur le site chevènementiste de la Fondation Res Publica les principes d’une réforme de l’éducation nationale particulièrement pour l’école primaire et le collège, des situations éducatives assez éloignées des CPGE. Un programme qui n’est pas sans rapports avec celui d’E Macron. On trouve dans les propositions de ce proche de JM BLanquer l’idée de "faire converger les traitements des professeurs et les résultats des élèves", autrement dit la paye au mérite. De même la mobilité des enseignants sera liée au mérite, le professeur "méritant" recevant plus de points pour bouger. Ce qui n’exclut pas la multiplication des postes à profil. M Lahaye , qui est à l’origine des parcours préparatoires pour les maitres du 1er degré demande leur extension alors même que les PPPE ne font pas le plein. Revenant au modèle anglo saxon, M Lahaye recommande de distribuer des amendes aux familles "les plus récalcitrantes et dont les enfants ne se conforment pas au règlement de manière réitérée". Voilà une mesure qui créerait un climat agréable dans les écoles et établissements. Et dont on connait déjà l’issue. En Angleterre où depuis des années des amendes et même des peines de prison sont données aux parents dont les enfants sèchent les cours, on n’a pas vu l’absentéisme baisser. Dernière idée ; étendre au collège le principe de la réforme du lycée :le libre choix des disciplines par els élèves. Au lycée cela s’est traduit par une aggravation des inégalités sociales. Autant l’importer au collège pour détruire le collège unique et mettre le plus tôt possible les élève des familles populaires sur les voies sans issue.

Sur le site de la Fondation Chevènement

Extrait de cafepedagogique.net du 04.03.22

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