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La politique de formation des enseignants et le numérique (Bruno Devauchelle)

29 mars

Bruno Devauchelle : La politique de formation des enseignants et le numérique
La formation des enseignants à l’informatique puis au numérique est un thème récurrent de toutes les politiques menées depuis les années soixante-dix. En 2019 un premier schéma directeur est proposé, mais, plus surprenant, comme s’ils étaient sûrs de leur reconduction à la tête de l’État, les responsables du ministère ont publié un nouveau schéma pour la période 2022-2025. Chaque enseignant va pouvoir prendre la mesure de la transformation qui s’opère et du repositionnement des différents acteurs dont les Inspe et Canopé. Plus encore, outre la formation continue, c’est la formation initiale qui est aussi concernée par cette évolution : Testament du ministre ? Arrogance d’un pouvoir ? Volonté de prendre en compte ce qui n’a pas marché ? Chacun pourra en juger à partir de septembre 2022 !

Une nouvelle offre de formation

Dans un récent Bulletin officiel de l’Éducation national, on peut lire ce qui dessinerait la formation continue des enseignants dans les années à venir. (Schéma directeur de la formation continue des personnels du ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports - Bulletin officiel n° 8 du 24-2-2022). A la suite du texte de 2019 qui proposait un premier schéma directeur pour 2019-2022, le ministère propose en 2022 une structuration plus forte avec la création d’une "école académique de formation de la formation continue" sous direction des recteurs qui s’appuie sur un conseil académique de formation (qui se veut représentatif). Désormais l’ensemble des personnels va se voir proposer davantage de formation dans des formes renouvelées.

La création de ces écoles de formation est, semble-t-il une tentative de rapprocher tous les acteurs de la formation et de rendre plus cohérente les actions menées et aussi refroidir certaines concurrences antérieures. On peut le confirmer à la lecture de ce passage : "rendre l’offre de formation plus structurée, plus lisible, plus cohérente et accessible à tous les échelons du territoire". On peut remarquer au travers de ce texte que l’assouplissement des modalités et de la reconnaissance de la formation semble être pris en compte. On notera entre autres, le 6è axe de ce schéma est intitulé "Consolider les connaissances, les compétences et les usages du numérique, afin de faire du numérique un outil et un levier du développement professionnel.". Cela s’appuie en particulier sur une offre de formation pour cet axe qui priorise le développement des compétences, la meilleure connaissance des enjeux et un appui important sur le numérique pour élargir l’offre de formation.

L’ensemble de ces intentions décrites dans ce schéma directeur montre que la formation doit se restructurer au vu de ce qui s’est passé les années précédentes. De manière concomitante, l’opérateur de l’état Canopé a présenté début février sa stratégie qui s’appuie sur son Contrat d’objectifs et de performance (2021-2024), signé à l’automne 2021 avec le ministère. Canopé se présente ainsi comme " un réseau de formation inséré dans la communauté d’acteurs partenaires, et celle d’un établissement apprenant qui favorisera le travail collaboratif et l’expression de son intelligence collective." Bien sûr, le dossier de presse remis le 10 février 2021 est très hagiographique ( et fondé sur un inventaire d’actions à la Prévert et des enquêtes au sujet desquelles on peut s’interroger). De plus l’appel à des notions "à la mode" ne cache pas la nécessaire évolution en cours : d’une part se rapprocher des établissements scolaires et d’autre part enrichir une offre numérique de formation des enseignants en particulier à distance, puisque Canopé est présenté par sa directrice de cette manière : "il se voit confier en novembre 2021 la mission de former les enseignants tout au long de la vie, au et par le numérique.

La formation peut-elle évoluer ?

D’un côté la création des écoles académiques de formation, d’un autre Canopé, à la recherche d’un nouveau souffle, d’une nouvelle visibilité. La composition et le fonctionnement de ces écoles permet de mieux saisir la place donnée à chacun des "partenaires". On peut donc s’interroger sur la place donnée à Canopé dans cet ensemble. Si Canopé voit sa mission de formation tout au long de la vie au et par le numérique confirmée, on constate que cette mission reste en marge du nouveau dispositif mis en place.

La volonté de renouveler la formation des personnels et de la rendre plus efficiente traverse bien sûr l’ensemble de cette proposition d’école dont il va falloir mesurer l’effectivité dans les prochains mois et au cours de la prochaine année scolaire. Si, comme nous l’avons déjà exprimé, la formation doit évoluer, peut-on penser que ce dispositif nouveau va y contribuer ? En écho aux deux billets publiés en décembre sur mon blog , la formation continue des enseignants peut-elle réellement évoluer ? L’offre faite par Canopé semble offrir des opportunités, mais elle reste encore difficile à lire sur le terrain. La manière dont le ministère présente ces évolutions est assez précise "La formation doit reposer, tout en préservant la priorité accordée au présentiel, sur des modalités diversifiées incluant les formats hybridés et distants. [...] permettre aux personnels de valoriser les compétences acquises, en particulier grâce à la reconnaissance institutionnelle de ces compétences. La formation s’ancre utilement dans l’analyse des pratiques professionnelles et la formation entre pairs.".

A lire l’ouvrage de Philippe Carré, "Pourquoi et comment les adultes apprennent", (Dunod 2020) on peut penser qu’il y a des évolutions en cours, en particulier du fait du contexte désormais numérique, mais aussi de la vie quotidienne des enseignants et plus largement de la population. Plusieurs points méritent d’être mentionnés pour caractériser ces évolutions. En premier lieu, la question des savoirs et de leur accroissement rapide. Ensuite, l’amélioration de l’accessibilité à ces savoirs et la circulation de l’information. S’ajoute aussi la transformation de la conception du travail, de son environnement et des compétences pouvant être nécessaire. S’ajoutent bien sûr les possibilités offertes par les différentes formes d’hybridation possibles (et pas uniquement numériques). On peut aussi considérer que le modèle social se centre désormais de plus en plus sur l’individu et son autonomie. Et enfin, dans un même mouvement social, le besoin de collaboration entre humains. On retrouve dans cette analyse des liens avec les propositions aussi bien du ministère que de Canopé. Là encore, quelle sera la réalité des actions menées dans les mois à venir ?

Au moment où la crise éloigne le spectre d’une "dissociation" du monde scolaire, les acteurs de l’éducation sont en attente de repères stables et d’être rassurés. La formation, selon le traditionnel modèle présentiel, a de beaux jours devant elle, la crainte du retour de la distance reste sous-jacente. Cela peut renvoyer à l’interrogation sur la place de Canopé dans le paysage proposé par le schéma national 2022 2025 et surtout l’organisation académique de la formation. On peut penser que le ministère tente de suivre les évolutions actuelles, mais qu’il a du mal à faire bouger les différents acteurs qui y contribuent. Même si l’enquête présentée dans le dossier de presse de Canopé amène à penser que tous les enseignants se forment (90% en moyenne ont suivi au moins une formation) rien ne nous permet réellement d’approfondir cette donnée par la suite de l’enquête qui est plutôt une enquête de satisfaction... On ne précise pas ce qui est mis derrière le mot "formation". Et cela reste au coeur des débats à venir. En effet, si le schéma directeur laisse penser que des pistes d’évolutions sont possibles, il faudra analyser dans les prochains mois comment tout cela va se mettre en place, aussi bien au niveau des académies (les recteurs retrouvent le pilotage global dans le territoire, Canopé y compris) que plus directement pour et par les enseignants. Il sera intéressant alors que les responsables engagent une analyse longitudinale de la mise en oeuvre de leur schéma aussi bien au niveau des écosystèmes locaux que dans l’effectivité des participations des enseignants.

Bruno Devauchelle

Extrait de cafepedagogique.net du 25.03.22

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