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"Nous grandirons libres et dignes", un clip réalisé par les élèves de l’école REP Rampal à Paris (Le Café)

17 septembre Version imprimable de cet article Version imprimable

Amélie de la Fontaine : Nous grandirons libres et dignes
« Nous grandirons libres et dignes », c’est ce que martèlent, dans un clip vidéo posté sur Youtube, les élèves de CM2 d’Amélie de la Fontaine de l’école Rampal (classée REP), située dans le dix-neuvième arrondissement parisien. Une vidéo qui rappelle à quel point le métier d’enseignant est beau, à quel point il a un rôle important dans la construction de la société de demain. Une vidéo à la vue de laquelle on ne peut s’empêcher d’avoir la larme à l’œil, une vidéo qui fait du bien. Une vidéo, enfin, qui recentre le débat au cœur de ce qu’est, de ce que devrait être, le métier d’enseignant. Un métier qui, comme l’explique Amélie de la Fontaine, est « évidemment, la transmission des valeurs, c’est l’une de nos missions d’enseignante, mais c’est aussi transmettre le sens du collectif. Faire ensemble, comprendre ensemble, chercher, trouver, vibrer ensemble, s’adapter ensemble ». Et pour y arriver, l’enseignante s’intéresse à ses élèves, « eux aussi me transmettent leurs valeurs, leurs espoirs, leur énergie. Ils ont des choses à dire, à exprimer ! ».

Professeure des écoles depuis près de quinze ans, Amélie est tombée dans la soupe très jeune. « Mes deux parents étaient instituteur et institutrice. A la maison, la défense du service public est un credo et la pédagogie, une passion. L’ombre lumineuse de Philippe Meirieu est souvent attablée avec nous et participe aux débats pédagogico-politico-artistico- familiaux, et ses ouvrages squattent la bibliothèque ». Autre soupe dans laquelle elle est tombée très jeune aussi, celle de la pratique de l’art dans toutes ses formes - musique et danse, spectacles vivants en tous genres, poésie… - une pratique vitale qui nourrit sa professionnalité. « L’expérience artistique est l’une des priorités de ma pédagogie. Selon moi, elle met les élèves face à une prise de risque émotionnelle qui permet une ouverture vers la confiance et l’estime de soi. Ces piliers fondamentaux permettent aux élèves d’être disponibles pour apprendre et ressentir du plaisir dans l’apprentissage ».

Des élèves riches de leur diversité

« Libres et dignes », c’était le fil conducteur des apprentissages de la classe d’Amélie lors de la dernière année scolaire. Quand on lui demande de décrire ses élèves, c’est avec émotion et passion qu’elle en parle. « C’était un groupe d’élèves de CM2 dans toute sa diversité et sa richesse comme la plupart des classes que j’ai pu avoir. Des filles, des garçons - des qui savent pas trop, des grands, des petits, des qui prennent beaucoup de place, des qui voudraient disparaître, des qui détestent l’école, des qui font semblants d’aimer pour faire plaisir à leurs parents, des qui se connaissent, des qui se questionnent, des qui ont l’habitude de dire "oui" sans réfléchir, des qui utilisent les poings quand on leur dit "non", des qui vivent dans des familles financièrement très privilégiées, d’autres qui s’entassent à 6 dans des studios que maman, qui vit seule ne peut pas payer, des qui font des ballades aux Buttes Chaumont le dimanche, des qui cachent des bleus honteux les jours de piscine… Bref, la société dans toute sa splendeur, réduite au nombre de 20 individus qui doivent vivre ensemble 8 heures par jour pendant un an dans une classe de 24 mètres carrés ».

Quand « seuls et vaincus » devient « libres et dignes »

Comme pour tous les projets qu’Amélie a initiés, ce n’est jamais en début d’année qu’elle le décrète, il s’impose à elle et se construit avec les élèves tout au long de l’année. Le point commun de tous ces projets, c’est la création artistique, qu’elle utilise comme levier pédagogique. « Mon but est de faire comprendre aux élèves qu’ils ne sont pas à l’école pour travailler comme des machines mais pour apprendre comme des êtres humains. Apprendre à comprendre, apprendre à être, apprendre à se connaître, à être soi-même pour vivre au mieux avec les autres, apprendre à se tromper, à raisonner, à anticiper, à s’écouter etc. Les maths, la danse, la conjugaison, l’histoire, ce sont des prétextes pour atteindre ces buts. Le projet se construit, se précise, évolue, s’enrichit avec eux, tisse des liens entre différentes disciplines, tout au long de l’année, selon ce qu’il se passe dans le groupe... » explique-t-elle.

Pour « libres et dignes », c’est à l’écoute du morceau « Seuls et vaincus » de Gaël Faye, reprenant un poème de Christiane Taubira, que l’aventure a débuté. « L’étude du texte n’a pas été simple mais le mot élève glisse vers le verbe élever. Avec de la patience, du sens critique, de la pédagogie, les enfants sont capables de tout comprendre. Se mettre à leur hauteur, oui. Mais viser haut, oui aussi ». Un long travail de réécriture du texte s’en est suivi, en plusieurs étapes, lors d’ateliers d’écriture. Et le résultat est formidable, le texte passe de « Seuls et vaincus » à « Nous grandirons libres et dignes ».

« Nous grandirons libres et dignes sur nos terres colorées
Et vos fusils et vos machines ne nous empêcheront pas d’espérer
Nous grandirons libres et dignes, riant aux terrasses des cafésCourant après des ballons et dansants sur des musiques du monde entier »…

La musique et la danse sont aussi une grosse partie du travail réalisé. Côté musique, le partenariat avec le chœur classique Accentus de Boulogne Billancourt a permis de nourrir le projet. Côté danse, c’est Amélie, seule, qui tenait les rênes. « C’est un projet sur l’année. Première étape, faire accepter l’idée de danser à des élèves. Ça passe par l’instauration d’une confiance mutuelle, entre eux et avec moi. C’est aussi dépasser les "la danse c’est avec des pointes, c’est pour les filles, c’est pas du sport, c’est la honte". C’est aussi avoir une culture générale de la danse contemporaine. J’ai d’ailleurs mis en place un rituel quotidien de danse offerte lors duquel nous décryptions l’extrait d’un spectacle de danse. C’est aussi apprivoiser son corps pour le mettre au service d’un message émotionnel, dépasser la peur du jugement. Tout cela demande beaucoup de temps ».

Une réalisation possible grâce à Yves Le Coz

Vient ensuite la phase du montage et de la réalisation, mais Amélie a dans sa vie un sacré allié qui n’autre que Yves Le Coz, le célèbre prof d’EPS parisien aux multiples vidéos dont elle parle, là aussi, avec passion. « Pour moi, il est bien plus qu’un réalisateur et un technicien du montage. Il est un artiste et un pédagogue formidable. Il est un équipier majeur, un acolyte professionnel qui finit mes phrases quand je les commence et inversement, qui plonge dans mon univers artistico-pédagogique comme je plonge dans le sien. Il enseigne lui aussi la danse à des élèves avec une démarche dans laquelle je me reconnais complètement. On s’enrichît, on se complète ! Certains élèves nous appelaient Laurel et Hardy ».

Une fois le clip réalisé, une restitution a eu lieu au forum des images, à Paris. « Dans une vraie salle de cinéma. On a eu des retours très riches, avec beaucoup de bienveillance, de fierté, d’étonnement positif … Se retrouver ensemble dans une salle de cinéma était déjà en soit un miracle et l’émotion était déjà forte avant la projection …. Alors après … disons qu’on a senti une sorte de communion avec le public. Les mots et les émotions vives des parents, la fierté de leurs enfants…Wouah…. C’était très puissant ! »

Un engagement pour nourrir la motivation

Un projet qui peut paraître fort ambitieux, mais là encore, Amélie a réponse à tout. « Quand je me lance dans un projet artistique et éducatif avec les élèves, je n’ai d’exigence que leur engagement. Je n’ai pas d’attente du côté de leur performance ni du côté du résultat. C’est selon moi la mission des enseignants que d’obtenir cet engagement, cette adhésion, cette motivation. Nous touchons là au cœur du métier de notre métier, et plus généralement celui du monde de l’éducation ».

Un projet qui a pu être mené malgré les protocoles sanitaires. « Comment réaliser un clip de danse malgré tous les interdits ? Nous n’avions pas le droit de danser en intérieur - à moins d’être assis à nos bureaux avec un mètre de distance, pas le droit de faire tomber les masques …et les contacts nous étaient interdits- autant dire qu’en danse contemporaine, c’était pas évident. Mais de la contrainte naissent parfois de belles idées ! Dans le clip on ne voit pas que lorsqu’ils dansent dehors, les élèves ont froid ».

Grandir libres et dignes devrait être un hymne chanté dans toutes les écoles, appris par tous les enfants, afin qu’ils comprennent que la liberté et la dignité sont des droits pour tous, quelques soient leurs origines ethniques, sociales ou encore religieuses. Que l’on s’appelle Eric, Mohamed, Mariam ou encore Theresa, le droit à la liberté et à la dignité est le même, et peut-être que si les enfants en prennent conscience, la société de demain sera libérée des débats nauséabonds entendus ces derniers mois… Bref, merci Amélie, merci aux élèves de l’école Rampal, et merci à tous les profs qui font en sorte, au quotidien, que les élèves construisent un minimum d’estime de soi, ensemble…

Lilia Ben Hamouda

Libres et dignes, la vidéo

Extrait de cafepedagogique.net du 05.09.21

 

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