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Le 4e et dernier volet du sondage Ifop/Fondation Jean-Jaurès sur la laïcité à l’école souligne un clivage générationnel, les jeunes profs marquant "une adhésion assez nette aux principes d’une laïcité ouverte, libérale et inclusive"

7 juillet Version imprimable de cet article Version imprimable

L’Observatoire de l’éducation de la Fondation Jean-Jaurès a réalisé avec l’Ifop une enquête permettant de mieux cerner la place que les enseignants accordent aujourd’hui aux religions à l’école, le sens qu’ils donnent à la laïcité, mais aussi leur point de vue sur le port des signes religieux par les différents acteurs (les élèves, les parents…) du système scolaire. Il s’agit du quatrième et dernier volet du Baromètre sur les enseignants publié par la Fondation depuis janvier dernier.

Au regard de cette enquête menée auprès d’un échantillon représentatif d’enseignants des premier et second degrés, le corps enseignant apparaît imprégné d’une vision de la laïcité qui serait avant tout associée à la liberté de conscience et à une certaine tolérance à l’égard des manifestations de religiosité (par exemple, le voile des accompagnatrices) dans la société en général et à l’école en particulier.

I - UN CORPS ENSEIGNANT FERME SUR LES PRINCIPES, MAIS UNE SPÉCIFICITÉ CHEZ LES « JEUNES PROFS »
Sur l’épineuse question du port des tenues religieuses par les accompagnateurs bénévoles, la ligne un temps défendue par Jean-Michel Blanquer – initialement favorable à un projet d’interdiction en février 2019[1] – semble loin d’être isolée au regard de la forte majorité d’enseignants (64 %) opposés « au port de signes religieux ostensibles par les parents d’élèves accompagnant bénévolement les enfants lors d’une sortie scolaire ». Le corps enseignant dans son ensemble affiche également une nette hostilité au port de signes religieux – pourtant actuellement autorisé – par d’autres « usagers » du service public comme « les étudiants dans les salles de cours des universités » (à 67 %) ou les personnes fréquentant des « services publics » telles que les mairies ou les préfectures (à 65 %).

Ces chiffres d’ensemble masquent toutefois un point important : le corps enseignant apparaît dans cette enquête systématiquement plus favorable que le reste des Français au port de signes religieux, notamment en raison de la position des « jeunes profs » (les enseignants de moins de trente ans) qui s’avèrent très imprégnés du relativisme culturel de leur génération sur ces questions.

Notre étude a le mérite de mettre en lumière un clivage générationnel très net au sein du corps enseignant sur la question des tenues religieuses des usagers des services publics en général, et de ceux du service de l’enseignement en particulier.

La possibilité, pour un parent d’élève, d’accompagner une sortie scolaire en affichant son appartenance et sa pratique religieuses par le port du voile est ainsi soutenue par une majorité des jeunes professeurs (56 %), contre à peine un tiers des enseignants de plus de trente ans (34 %) et seulement un Français sur quatre (26 %). Et ce hiatus entre jeunes et moins jeunes se retrouve sur la question du port du voile par les étudiants – soutenu par 57 % des jeunes profs contre 36 % chez l’ensemble des professeurs – ou par les usagers fréquentant des services publics telles que les mairies ou les préfectures (soutenu à 55 % par les jeunes profs).

Signe que les principes de neutralité religieuse imposés à la fonction publique depuis 1905 ne semblent pas être un marqueur essentiel, nous notons que près de quatre jeunes enseignants sur dix (38 %) se disent aussi favorables au port de signes religieux par des agents de l’État comme des policiers ou des enseignants, soit une proportion deux fois plus élevée que chez l’ensemble des Français (21 %). S’agit-il ici d’un manque de formation sur les principes qui régissent le statut de fonctionnaire ou bien une prise de position en connaissance de cause qui renvoie à une pénétration importante dans notre société comme dans la jeune génération ?

Enfin, cette plus forte propension à l’acceptation de l’affichage communautaire et religieux par les jeunes professeurs à l’égard des manifestations de religiosité dans l’espace public transparaît aussi dans leurs positions sur la mixité sexuelle dans les piscines publiques, question loin d’être anecdotique si l’on en juge la proportion d’enseignants (45 %) ayant déjà vu des jeunes filles « sécher » des cours de natation au nom de leurs convictions religieuses[2]. Car si le corps enseignant dans son ensemble reste aussi hostile que la moyenne des Français a une autorisation des horaires réservés aux femmes (à 80 %) ou au port du burkini dans les piscines publiques (à 74 %), ce n’est pas le cas des jeunes enseignants : la majorité des professeurs de moins de trente ans ne se disant majoritairement ni opposés au port du burkini – à 51 %, soit deux fois plus que l’ensemble des Français (24 %) – ni à des horaires réservés aux femmes (à 59 % contre 24 % en moyenne chez les Français).

[...] V - CONCLUSION
Éloignés des images d’Épinal sur l’athéisme des « hussards noirs » de la République, les enseignants semblent aujourd’hui imprégnés d’une vision très « juridique » et « minimaliste » de la laïcité qui reflète une lecture assez littérale de la laïcité fixée par la loi de 1905. Tout comme le reste de leur génération, les jeunes professeurs se distinguent même souvent de leurs aînés par une adhésion assez nette aux principes d’une laïcité ouverte, libérale et inclusive dominant la plupart des sociétés anglo-saxonnes.

Méthodologie : Étude Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 10 au 17 décembre 2020 auprès d’un échantillon de 801 personnes, représentatif des enseignants des premier et second degrés en France métropolitaine.

Extrait de jean-joures.org du 06.02.21

 

Voir les articles précédents :

"Profs, un métier comme un autre ?", 3e volet de l’enquête Ifop/Fondation Jean Jaurès (avec des chiffres en REP et hors REP)

Enseignants : - La fin d’une culture commune (2e volet de l’enquête Fondation Jean-Jaurès/Ifop) - L’engagement des enseignants : quel impact professionnel ? (Animation & Education, 280)

Laïcité : de nouvelles remises en cause du sondage Ifop/Fondation Jean Jaurès (Paul Devin, Jean-Louis Auduc)

Laïcité : l’étude réalisée par le Cnesco en janvier 2020 contredit les conclusions du sondage Ifop/Fondation Jean-Jaurès (Le Café)

75% des enseignants en REP disent avoir été confrontés au moins une fois à une contestation de la laïcité, selon un sondage Ifop pour la Fondation Jean Jaurès (ToutEduc)

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