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Nouvelle évaluation négative pour Parler Bambin, programme initié par le professeur Zorman et soutenu par les pouvoirs publics (Le Café et ToutEduc)

1er juillet Version imprimable de cet article Version imprimable

Parler bambin : Fin d’un projet phare de JM Blanquer ?
Verra t-on la fin de Parler bambin ? Ce dispositif soutenu par l’Etat fait l’objet d’une nouvelle évaluation négative par l’Institut des politiques publiques. Une nouvelle fois, il est démontré que Parler bambin n’a pas d’effet sur le développement langagier des enfants et que cette approche est vaine. Le Café pédagogique avait publié en 2018 une première évaluation négative au moment où JM Blanquer et même Emmanuel Macron se prononçaient en faveur de ce projet. Est ce la fin de Parler Bambin ? Pas sûr...

Une évaluation négative de l’IPP

La nouvelle évaluation réalisée par l’Institut des politiques publiques par C de Chaisemartin, Q Daviot, M Gurgand et S Kern conclut à l’inefficacité du dispositif Parler bambin malgré l’engagement des professionnels dans le programme.

L’enquête se base sur une évaluation rigoureuse menée dans 94 crèches auprès de 1000 professionnelles et autant de familles. La plupart de ces crèches sont situées dans des quartiers populaires et accueillent des familles défavorisées.

L’enquête montre que "la formation Parler bambin a un impact fort sur les postures et les pratiques des professionnelles. Elles adoptent largement les principes et les pratiques de Parler Bambin : elles ont des interactions plus stimulantes et plus riches avec les enfants". Il n’y a pas de résistance vis à vis du programme qui est bien appliqué à travers ses différentes étapes. Par exemple des enregistrements audio montrent "une différence très importante de qualité du langage utilisé avec les enfants". Les crèches se sont adaptées pour organiser les ateliers langages de Parler bambin.

Pourtant "Parler Bambin ne semble pas avoir d’effet sur le développement langagier des enfants mais produit un léger impact positif à court terme sur leur développement socio-affectif (confiance en soi, relations avec les autres). Cet effet ne se maintient pas à long terme". Il n’y a pas d’impact sur le langage ni à court ni à long terme et cela quelque soit le sous groupe (défavorisé ou pas) de l’enfant.

"Plusieurs interprétations sont possibles. Peut-être que le changement de pratiques des professionnelles des crèches formées à Parler Bambin n’a pas été suffisamment soutenu dans le temps pour pouvoir produire les effets attendus sur le développement langagier des enfants", notent les auteurs. "Peut-être aussi que les gestes promus par le programme, dans un contexte d’accueil en crèche où beaucoup est déjà fait par les professionnelles, n’ont pas d’effet important sur ce développement langagier. Enfin, il est possible que les outils utilisés pour mesurer le développement langagier des enfants ne soient pas assez sensibles pour repérer certains changements chez les enfants".

Un programme de stimulation langagière

Parler Bambin (PB) repose sur les travaux du docteur Michel Zorman. La philosophie qui sous tend le programme vient des Etats Unis. C’est l’idée qu’on peut compenser les inégalités par un programme fortement incitatif sur le langage. Cette idée rejoint la légende des "30 millions de mots" d’écart entre enfants favorisés et défavorisés dont on sait maintenant qu’elle ne repose que sur l’étude de 42 familles avec un nombre inconnu de défavorisées.

"Pour lutter contre ces inégalités précoces, il est possible d’influencer positivement l’environnement dans lequel les enfants grandissent. En particulier, l’accueil des jeunes enfants issus de familles défavorisées en crèche est un levier intéressant pour stimuler leur développement. L’introduction de programmes à haute qualité éducative dans des structures d’accueil préscolaire peut avoir des effets positifs forts sur les enfants, surtout s’ils sont construits autour d’une thématique de développement spécifique, comme celle du langage", note l’IPP.

Le programme PB est lancé par M Zorman en 2008 avec le soutien de l’Institut Montaigne, auquel appartenait JM Blanquer, et un financement, en 2015, de la Fondation La France s’engage.

Il comprend 3 éléments. Un volet "langage au quotidien" qui consiste en "l’appropriation par les professionnelles d’un ensemble de douze postures et stratégies qu’elles sont amenées à mettre en place au quotidien, afin d’enrichir leurs interactions langagières avec tous les enfants accueillis dans la crèche". Ces pratiques sont consignées dans une « étoile d’auto-positionnement », délivrée à chaque professionnelle lors de la formation à PB, leur permettant de juger la maitrise et l’application de chaque pratique et d’en suivre l’évolution dans la durée. Les "ateliers langage" sont un "coup de pouce" donné aux enfants qui en ont le plus besoin. Plusieurs fois par semaine une professionnelle et deux à trois enfants d’au moins 22 mois identifiés comme petits parleurs son réunis autour d’un livre ou d’un imagier. Enfin il y a une action auprès des parents pour leur transmettre les "savoirs" de PB.

Un important soutien officiel

Cette méthode a bénéficié de nombreux soutiens officiels. En 2014 un rapport de Terra Nova soutient la démarche et appelle les collectivités locales à l’appliquer. En février 2018 JM Blanquer cite devant le Sénat Parler bambin comme un projet qu’il soutient. Un mois plus tard c’est Emmanuel Macron qui lui même soutient cette initiative.

Pourtant dès 2016 des études réalisées par I Nocus et A Florin montraient l’inefficacité de Parler Bambin (voir aussi Nocus, I. & Florin, A. (2018). Quelle plus-value du programme « Parler bambin » pour les enfants en multi-accueil ? In P.Ben Soussan & S.Rayna (eds). Parler bambin. Enjeux et controverse. Toulouse : Erès, 1001 bébés, n°161, pp.65-84).

Une évaluation déjà négative en 2016

En 2018 dans Le Café pédagogique, Agnès Florin dénonçait le coté simplificateur de Parler Bambin qui disposait déjà d’importants financements pour pouvoir s’implanter dans un nombre important de crèches.

" Ce dispositif ne prend pas en compte la complexité des compétences langagières. Il met la pression sur les dénominations. Or à 18 mois il y a des enfants qui ne parlent pas et ce n’est pas inquiétant s’ils comprennent. Il y a des enfants qui disent peu de mots à 2 ans et qui se mettent d’emblée à parler avec un vocabulaire normal. Il y a plusieurs voies de développement de l’enfant. Or Parler bambin ne prend pas en compte cela. Il y a aussi le fait que le programme met peu l’accent sur la compréhension non verbale. Or le langage se développe comme ça", écrivait A Florin. "Finalement ce programme a une vision réductrice du développement langagier. Il est trop focalisé sur le lexique. Développer le langage à cet âge ce n’est pas que cela. Il faut beaucoup travailler la compréhension".

Stop ou encore ?

Cette nouvelle étude négative devrait signer le glas d’un projet éducatif que JM BLanquer a vivement soutenu. Parler Bambin a pourtant annoncé lors d’un webinaire son intention de continuer et d’intégrer "la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté" qui doit former 600 000 professionnels de la petite enfance.

François Jarraud

La note IPP (9 p.)

Extrait de cafepedagogique.net du 30.06.
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Parler bambin : nouvelle évaluation négative, et remise en cause des programmes états-uniens Abecederian et Perry Preschool
Paru dans Petite enfance le mercredi 30 juin 2021.
Le programme "Parler bambin", initié à Grenoble par l’équipe de Michel Zorman, devait permettre aux professionnel.le.s de l’accueil de la petite enfance d’aider les enfants "issus d’un milieu défavorisé" à compenser leur handicap en termes de maîtrise du langage. Très bien accueilli, il a notamment fait l’objet d’une évaluation par Agnès Florin (Nantes) qui avait conclu à son inefficacité auprès des enfants, mais à son effet positif sur les professionnel.le.s. Il avait été sévèrement critiqué par un collectif de praticiens et de chercheurs (voir ToutEduc ici). Il est à nouveau évalué négativement dans une note de l’IPP (Institut des politiques publiques) rédigée par Clément de Chaisemartin (Université de Californie), Quentin Daviot (J-PAL), Marc Gurgand (CNRS, ENS, J-PAL), Sophie Kern (CNRS) qui ne peuvent être suspectés d’une hostilité a priori à l’égard du dispositif. Ils ont suivi les enfants et les personnels de 94 crèches pendant trois ans.

Ils en concluent que "la formation à Parler Bambin a un impact fort sur les postures et les pratiques des professionnelles" et sur les représentations qu’elles ont de leur rôle auprès des enfants. Elles ont une meilleure connaissance du développement langagier des enfants. Les crèches ont organisé des ateliers langage et les professionnelles qui les animent déclarent voir les enfants progresser, mais les chercheurs ne constatent “pas d’effet sur le développement langagier des enfants“.

Ils émettent plusieurs hypothèses pour expliquer ce résultat décevant. Le changement de posture des professionnelles ne serait pas assez soutenu dans le temps, notamment du fait du renouvellement des équipes pour pouvoir produire un effet significatif. Les outils d’évaluation du développement langagier de très jeunes enfants seraient limités à certaines "dimensions prédictives de la réussite scolaire future" et passeraient à côté "d’autres dimensions qui n’ont pas pu être mesurées". Les interactions verbales seraient toutefois plus nombreuses et l’impact sur le développement socio-affectif des enfants serait positif, à court terme du moins.

Ces résultats confirment ceux d’Agnès Florin, mais ils ont aussi l’intérêt de remettre en question les "résultats exceptionnels" des programmes expérimentaux américains Carolina Abecedarian et Perry Preschool, régulièrement cités par Marc Gurgand et Clément de Chaisemartin à l’appui des programmes du type "pédagogie explicite" pour de jeunes enfants (voir ToutEduc ici) et par Jean-Michel Blanquer (ici). Il apparaît notamment que "l’enthousiasme suscité par ces expérimentations" ne doit pas faire oublier qu’elles ont été évaluées à "toute petite échelle, dans une seule structure d’accueil, et sous la supervision d’équipes de chercheurs", tandis que les enfants du groupe contrôle "ne bénéficiaient souvent d’aucun accueil en crèche" (donc n’étaient pas comparables à ceux impliqués dans l’expérimentation, ndlr).

Le site de l’IPP ici (PDF). Cette étude est citée par notre confrère du Café pédaogique ici

Extrait de (touteduc.fr du 30.06.21

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