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La violence des jeunes en souffrance, je la côtoie tous les jours... (le CPE d’Educateur équitable)

25 mars Version imprimable de cet article Version imprimable

Une jeunesse inquiétante ou une jeunesse en souffrance ?

[...] Ces faits-divers dramatiques d’une extrême violence sont abondamment commentés et instrumentalisés par certains éditorialistes ou par des politiques qui inscrivent progressivement l’idée d’une jeunesse dangereuse dont il faudrait se protéger à défaut de la protéger.

Cette jeunesse des quartiers dits sensibles, je la fréquente chaque jour dans le cadre de mes activités professionnelles puisque je travaille dans un établissement en éducation prioritaire en zone dite « violence ». Je suis donc censé être en première ligne pour constater cette aggravation des violences juvéniles. Or, ce que j’observe m’apparaît plus être une « jeunesse en souffrance » qu’une « jeunesse inquiétante », la violence étant souvent l’expression de ces mêmes souffrances. Il ne s’agit pas de la nier ou de la banaliser mais de tenter d’en comprendre les raisons et de dépasser l’état de sidération dans laquelle elle nous met bien souvent.

La violence, je la côtoie aussi tous les jours dès le passage des élèves à la grille. Elle se niche dans les vêtements, dans les regards éteints ou révoltés qui ont déjà vu trop de choses, dans les paroles entendues, les « wesh », les « fils de pute » et autres langages fleuris, dans les élèves retardataires, ceux qui n’ont pas réussi à se lever à l’heure à cause d’une nuit trop courte à jouer à la console ou à gérer un parent alcoolique, ceux qui ont dû aller déposer le petit frère ou la petite sœur à l’école primaire parce que les parents travaillent tôt le matin ou parce qu’ils ne se sont pas levés. Ainsi, de nombreux élèves passent la grille du collège avec un sac à dos lourd des humiliations subies, lourd des scènes de violence dont ils ont été témoins ou auxquelles ils ont participé, lourd de leurs angoisses et de leurs inquiétudes face à un monde ébranlé par le contexte sanitaire. Cela agit comme de la « poudre noire » prête à exploser dans la cour de récréation ou dans la salle de classe pour un regard ou une parole jugée humiliante.

Extrait de educateurequitable.wordpress.com du 21.03.21

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