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40 ans d’éducation prioritaire en France : quel bilan ? (entretiens de VousNousIls avec Aziz Jellab, Igen)

27 octobre Version imprimable de cet article Version imprimable

Additif du 06.11.20

L’Éducation prioritaire en France. Bilan et devenir d’une politique emblématique

À quelques mois d’une énième réforme de l’enseignement prioritaire, Aziz Jellab nous propose une lecture approfondie et sans concessions des liens, parfois des tensions, existant entre question sociale et question scolaire, qui en ont balisé la conception puis la trajectoire, et qui pourraient en orienter les prochains ajustements. Remontant à la genèse de cette politique inédite en son temps — en nous rappelant au passage qu’il avait fallu attendre 1981, soit plus de 20 ans, pour que le modèle anglo-saxon d’« éducation compensatoire » soit importé en France —, il introduit son propos par un retour historique rappelant que cette approche éducative, centrée tantôt sur un public cible, tantôt sur une dynamique territoriale, fut sans ambiguïté un précurseur de celle de discrimination positive, concept pourtant aujourd’hui dénigré.

C’est dès les premières pages de son essai que l’auteur met au débat l’idée désormais admise selon laquelle l’éducation prioritaire est devenue, au fil des années, le miroir grossissant des contradictions du système éducatif : à la fois essayer de reproduire ce que le modèle de Jules Ferry avait de performant, promouvoir une pédagogie adaptée à un public en errance scolaire, tout en permettant à une élite d’émerger, si possible, dans des territoires les plus éloignés de la culture dominante. C’est à cette occasion que, se référant à un panel d’auteurs issus de théoriciens comme de praticiens en sociologie de l’éducation, il se risque à bousculer le concept d’excellence et à lui décocher quelques flèches bien aiguisées. Entre utopie et pragmatisme, nous rappelle-t-il, le choix est clair car il est « inséparable d’une conception de la justice, puisque la vocation initiale de l’éducation prioritaire a été la lutte contre les inégalités sociales de réussite et en faveur de leur réduction ». [...]

Extrait de futuribles.com du 06.11.20

 

40 ans d’éducation prioritaire en France : quel bilan ?

L’éducation prioritaire en France va avoir 40 ans. Interview d’Aziz Jellab, Inspecteur général de l’éducation nationale, auteur d’un livre à ce sujet.
Aziz Jellab, Inspecteur général de l’éducation, du sport et de la recherche, habilité à diriger des recherches, professeur des universités associé à l’INSHEA, vient de publier « L’éducation prioritaire en France. Bilan et devenir d’une politique emblématique » (éd. L’harmattan).

[...] Qu’en retenez-vous de positif ?
Dès le départ, les politiques ont cherché à réduire les inégalités concernant notamment l’entrée des élèves dans les apprentissages. C’est le principe de la théorie de la justice défendu par John Rawls (philosophe américain du XXème siècle et professeur à Harvard, Ndlr) qui a été appliqué : un traitement inégal, en mobilisant davantage de moyens, afin de favoriser l’égalité effective, c’est cela l’équité. Il y a eu plusieurs relances et réajustements de cette politique car certains territoires avaient parfois tendance à se focaliser sur la gestion des problèmes sociaux – bien réels – et à minorer les exigences scolaires pour favoriser les apprentissages.
Il faut d’ailleurs saluer l’attention et la réflexion portées par les politiques d’Éducation prioritaire à la pédagogie, en s’appuyant sur les travaux des chercheurs. C’est une tendance que l’on observe depuis le milieu des années 2000. Il y a eu une réelle volonté d’impacter les apprentissages par les réformes dont il faudra faire un historique détaillé.
La refondation de l’école en 2013 qui s’est accompagnée en 2014 de la mise en place des REP et REP+ a donné naissance à un référentiel très apprécié par les professionnels de terrain, et qui indique comment piloter les réseaux, comment articuler la continuité entre le 1er et 2nd degré, comment rendre l’enseignement explicite, développer une co-éducation avec les familles et évaluer de manière bienveillante les apprentissages.
Les classes de CP et CE1 dédoublées affichent des résultats encourageants et qu’il faudra apprécier sur le long terme.
Souvent, on s’interroge sur l’efficacité de l’éducation prioritaire. Il est bien difficile d’y répondre de manière tranchée. Dans beaucoup de cas, les résultats ne sont pas toujours à la hauteur de ce qui est attendu, mais on ne sait pas ce qu’il en serait aujourd’hui si cette politique n’avait pas été mise en œuvre. Les inégalités auraient sans doute été plus fortes.

[...] Que faudrait-il faire pour améliorer encore cette politique ?
On ne peut pas obtenir une égalité des chances sans partir du réel. On doit sortir des principes généraux. C’est presque du cousu main qu’il faut faire selon les établissements. Les moyens financiers et pédagogiques doivent être retravaillés au plan territorial en fonction de l’évaluation de leurs effets. L’avenir passe aussi par le renforcement d’un pilotage de proximité.
Pour beaucoup d’élèves, l’école aide à se construire. Les REP et REP+, l’IEN, le coordonnateur de réseau et le chef d’établissement doivent avoir des échanges réguliers, mobiliser leurs équipes autour de projets scrutant d’abord les apprentissages scolaires. Il faut miser sur la bienveillance et l’accompagnement exigeant dans un environnement sécurisant tout en valorisant la réussite.

En quoi les récentes orientations de l’Education nationale ouvrent de nouvelles perspectives selon vous ?

La nomination de Nathalie Elimas en tant que secrétaire d’Etat chargée de l’éducation prioritaire est un signal envoyé par le ministère pour dire son importance. Historiquement, les zones d’éducation prioritaire étaient inscrites dans la politique de la ville. On peut imaginer que l’éducation prioritaire va s’étendre au niveau des territoires et concerner les jeunes de 3 à 25 ans jusqu’au moment de leur insertion.
Pendant toutes ces années, l’éducation prioritaire a fonctionné comme un laboratoire pédagogique. Certains de ses enseignements et outils pourraient même être appliqués de manière plus vaste aux autres établissements scolaires.

Extrait de vounousils.fr du 26.10.20

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