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Le Café revient sur l’évaluation des CP dédoublés pour demander la création d’un service d’évaluation indépendant

28 janvier Version imprimable de cet article Version imprimable

La loi Blanquer doit tirer la leçon des CP dédoublés

Alors que l’Assemblée va examiner les articles de la loi Blanquer qui comprend la création d’un nouveau conseil de l’évaluation de l’Ecole, l’épisode des résultats des CP dédoublés démontre qu’on ne peut pas confier l’évaluation du système éducatif à un conseil dépendant du ministère. Cet épisode cumule les fautes : des résultats qui ne reposent sur aucune étude scientifique publiée, des affirmations qui ne s’appuient que sur le vent et surtout une communication qui claironne le contraire de ce que les données disent. Tout ceci doit amener les députés à modifier en profondeur le texte de la loi Blanquer sur son principal point : la création d’un service d’évaluation du système éducatif dépendant du ministre.

Dédoublement : "un effet très significatif"

" C’est un résultat très bon... Les élèves concernés ont fait des progrès importants. On a réussi à monter le niveau de ceux qui sont dans la plus grande difficulté". Sur TF1 le 23 janvier, JM Blanquer en personne est venu pour présenter les premiers résultats des CP dédoublés au journal télévisé. Il a vanté les progrès des élèves en français et en maths.

Un peu avant l’entourage du ministre, C Kerrero, son directeur de cabinet, F Rosenwald, directrice de la Depp et JM Huart, directeur de la Dgesco, ont eux aussi commenté ces résultats. C Kerrero parle de "premier grand jour" pour le ministère. "L’effet du dédoublement est statistiquement très significatif", affirme F Rosenwald.

C’est aussi ce que dit le dossier de presse du ministère. " Les premiers résultats du dédoublement des CP en REP+ sont positifs... Les objectifs de la mesure de dédoublement des classes étaient aussi l’amélioration du climat scolaire dans les classes ; l’amélioration des conditions de travail des professeurs ; la personnalisation accrue des pratiques d’enseignement ; le renforcement des formations et de l’accompagnement des professeurs. L’étude de la DEPP établit que ces objectifs ont été atteints. L’évaluation de l’impact du dédoublement sur les compétences des élèves indique que l’effet est de 8 % d’écart-type en français et de 13% en mathématiques, en faveur des élèves de REP+, par rapport au groupe témoin. Cet effet est donc statistiquement très significatif ". Propos qui seront repris ensuite dans un communiqué gouvernemental.

Des affirmations sans preuves

Or cet épisode illustre parfaitement les dérapages à craindre si l’évaluation de l’Ecole tombait, comme le demande la loi Blanquer , dans les mains d’un conseil placé entre les mains du ministre.

Il faut d’abord signaler que le ministère s’exprime alors qu’aucune étude scientifique n’a été publiée. Le dossier de presse parle de l’évaluation, d’un échantillon composé de 15 000 élèves, d’une enquête auprès d’enseignants, sans qu’on n’ait aucun élément pour savoir comment les échantillons sont composés ou quels élèves sont concernés par ces progrès. La confusion est entretenue entre une étude scientifique dont on parle, voire dont on mime les résultats, et le communiqué de presse. L’étude scientifique, qui devrait être la base de la communication, n’est pas publiée. On parle donc sur du vide. Et ce n’est probablement pas par hasard comme on le verra.

L’évaluation au service de la communication

Dans cette affaire les impératifs d’une communication positive au moment où la loi Blanquer arrive au Parlement semblent primer toute autre considération. C’est le cabinet et ses communicants qui donnent le moment où la Depp peut parler. Et ce seul fait en dit long.

Certaines parties du dossier de presse sont encore plus ouvertement fantaisistes. Le paragraphe évoquant Agir pour l’Ecole en est un bon exemple. " Les données produites par les responsables de l’expérimentation mettent en évidence des progrès significatifs des élèves quant aux résultats en lecture", écrit le dossier, et on croit comprendre qu’il s’agit des résultats de 2017-2018. " Un article sur les données de la cohorte 2015-2016 de CP estime l’impact du programme à 20% d’écart type pour la fluence et 30% d’écart type pour la compréhension écrite ; il est en cours de publication". Finalement dans ce paragraphe on ne parle pas des CP dédoublés et on se demande ce que l’APE vient faire dans le dossier. Et on donne à nouveau des résultats non publiés. Ca commence à faire beaucoup...

Des affirmations contraires aux données

Mais le pire c’est que le ministère affirme le contraire de ce que disent les données. Il parle de "résultats très bons", de "grand jour", de "résultats positifs". Rappelons nous les propos du ministère : " L’évaluation de l’impact du dédoublement sur les compétences des élèves indique que l’effet est de 8 % d’écart-type en français et de 13% en mathématiques, en faveur des élèves de REP+, par rapport au groupe témoin. Cet effet est donc statistiquement très significatif ".

Mais la réalité est exactement le contraire. La note synthétique de l’IPP sur l’effet de la réduction des classes, rédigée par Adrien Bouguen, Julien Grenet et Marc Gurgand, annonçait de tous autres résultats. " Le dédoublement de la taille des classes (de 24 à 12 élèves par classe) conduirait, d’après les études recensées dans cette note, à une amélioration des performances scolaires comprise entre 20 % et 30 % d’un écart-type". C’est cet impact important qui, d’après les auteurs, justifie un investissement financier aussi important. Or au lieu de 20 à 30% d’écart type, le communiqué ministériel ne revendique que 8 % d’écart-type en français et 13% en mathématiques.

Julien Grenet d’ailleurs confirme cela dans un entretien donné au Nouvel Observateur. "En termes de résultat, ça n’est pas monstrueux, on est en deçà des 20 %-30 % d’écart-type qu’on pouvait escompter. Mais il faut prendre en compte l’ampleur du dispositif et attendre deux ou trois ans, que la réforme se consolide. D’autant que les études internationales montrent des effets importants à long terme sur la poursuite d’études et même sur les gains salariaux".

Les résultats sont donc loin d’être bons. D’ailleurs, en réponse aux questions de la presse, le ministère a donné d’autres chiffres. Sur les 60 000 élèves de Rep+, 24 000 auraient du être en grande difficulté. Avec les CP dédoublés il y a 2000 élèves de moins en très grande difficulté en français et 3000 en maths. On mesure mieux ainsi la modestie des effets du dédoublement. Faute d’étude scientifique on ne sait d’ailleurs pas quelle(s) catégorie(s) d’élèves sont concernées et si ce sont les plus en difficulté. Et encore moins pourquoi.

Les affirmations ministérielles sur les pourcentages de professeurs qui "rapportent une meilleure compréhension des modes de raisonnement des élèves" ou "une meilleure identification des besoins des élèves" sont touchants. Mais leur base scientifique est nulle. On imagine bien que les enseignants ayant 12 élèves au lieu de 24 et plus sont satisfaits, comme l’explique très bien Marc Bablet dans un article.

Une étude scientifique aurait mis en évidence la grande faiblesse des résultats. Elle aurait creusé les raisons de la désillusion là où le ministère affirme que les enseignants "doivent changer de méthodes". Elle nous aurait dit quels élèves ne profitent pas du dispositif. Il n’est pas impossible que le ministère ait ces informations. Mais dans ce cas il ne souhaite pas les communiquer.

Un investissement peu intéressant...

Mais la question est aussi politique. D’abord parce que plus de 5 000 postes d’enseignants ont été engloutis dans des dédoublements qui ne font pas leurs preuves. Ces postes ont été prélevés sur d’autres dispositifs et d’autres classes du primaire ou sur l’enseignement secondaire. On ne saura jamais si le dispositif des maitres +, par exemple, qui amenait les enseignants à travailler en équipe leur pédagogie n’aurait pas eu des résultats meilleurs que les dédoublements. Ce qu’on sait c’est que les conditions d’enseignement de milliers d’élèves et de leurs maitres se sont dégradées avec le dispositif ministériel avec des résultats décevants pour les élèves de CP.

Qui pose la question de la loi Blanquer

Ensuite parce que cette communication est faite alors que la loi Blanquer propose de remplacer le Cnesco, un organe indépendant d’évaluation de l’Ecole, par une nouvelle structure , le Conseil d’évaluation de l’école, qui, au vu de sa composition, sera totalement dépendant du ministre.

Or cet épisode montre ce qu’est l’évaluation de l’école comme l’entend JM Blanquer. Une soumission de la publication des résultats au calendrier politique. Un mélange de données scientifiques avec de la communication. Des résultats proclamés qui sont à l’opposé de la réalité quand celle-ci se révèle décevante.

Toute cette semaine les membres de la Commission de l’éducation de l’Assemblée vont travailler sur les articles de la loi Blanquer. La démonstration est faite qu’on ne peut pas laisser l’évaluation de l’école dans les mains d’une structure dépendant du ministère.
François Jarraud

Le dossier ministériel

L’étude de Grenet Gurgand Bouguen

Le dossier gouvernemental

Sur TF1

Voir aussi l’article de M Bablet

Sur le Café

Nouvel Observateur

Extrait de cafepedagogique.net du 28.01.19 : La loi Blanquer doit tirer la leçon des CP dédoublés

 

Sur le site OZP,
voir le mot-clé *Dédoublements CP-CE (et GS) (gr 5)/

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