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B* Après une longue préparation, une classe REP Ce2/Cm1 de Gennevilliers va partir 12 jours pour une recherche scientifique dans un lac du Queyras. Entretien du Café pédagogique avec l’enseignant chercheur

20 juin Version imprimable de cet article Version imprimable

Philippe Nicolas : Une expédition scientifique avec une classe de Rep

Une classe de CE2/CM1 de Gennevilliers, située en REP – réseau d’éducation prioritaire, part en expédition au Lac Miroir en Queyras, à 2215 mètres d’altitude, pour le cartographier et faire l’inventaire de sa faune piscicole, ce qui n’a jamais été fait auparavant. L’expédition "Lac Miroir en Queyras" est le fruit d’un projet co-construit durant l’année scolaire 2017/2018 par 21 élèves de CE2/CM1 et leur maître, Philippe Nicolas. Cette expédition s’inscrit dans la pédagogie de projet selon une approche transversale et pluridisciplinaire, autrement dit où aucun savoir n’est ni cloisonné, ni plaqué, donc l’école perçue telle une fenêtre ouverte sur le monde dont chaque élève peut expérimenter les liens. Ainsi chaque élève peut en conscience s’inscrire joyeusement dans l’intelligence du monde en connaissance de ses talents et de ceux des autres.

Philippe Nicolas est titulaire d’un doctorat en sciences de l’éducation. Lors de ses recherches, il évoque l’éducation relative à l’environnement. Il aborde les thématiques l’éducation dans la nature à la lumière des cultures premières, la prise de risque en plein air dans la question de la réalisation de soi. « Je suis enseignant chercheur et j’aime la qualification d’« enseignant trappeur », j’entends par cette dénomination un professeur qui s’enracine sur les principes de vie et qui donne à vivre à ses élèves des expériences fondatrices et intérieures dans un rapport au monde qui peut changer : sentir une appartenance au monde vivant et s’y inscrire. Ce champ d’expériences se résume dans un processus en deux phases, la première faire en sorte qu’il se passe quelque chose entre l’enfant et la nature, et la seconde dépendante de la première, que cet enfant se sente en charge de la vie dans sa vie future ! ».

Philippe enseigne depuis un an dans le groupe scolaire Les grésillons B de Gennevilliers. Il s’agit de l’école la plus ancienne de la commune. « Je m’y sens bien comme porté par le souffle de tant et tant d’enseignants avant moi, et puis le très vieil escalier et le parquet avant d’entrer dans ma classe, j’aime ».

Parlez-nous un peu de votre projet, de quoi s’agit-il ?
Le 31 mai, les élèves de la classe de Philippe partiront douze jours dans le parc régional des écrins. Leurs missions ? Une randonnée avec 575 mètres de dénivelé afin d’arriver au lac Miroir. Ils y identifieront et inventorieront les espèces piscicoles du lac avec la logistique technique et Hy Tech, acheminée dans les sacs à dos. Leur seconde mission consistera à cartographier le lac – non effectué à ce jour – au moyen des relevés effectués sur place avec l’échosondeur du canoë et le drone sous-marin, Power Ray Wizard. A leur retour, ils concevront une maquette 3D en plexiglass des profondeurs du lac. Ils communiqueront aussi leurs résultats de recherche fin juin 2018 dans un numéro spécial du National Geographic, rien que ça !

Ce type de projet reflète la vision de Philippe Nicolas quant à ce qui peut et doit être accompli à l’école : « Il nous faut une pédagogie de projet qui s’arrime sur trois maîtres mots : aventure, sciences et récit. « Aventure » comme une proposition à inscrire sa vie dans l’aventure du vivant, « sciences », parce que l’adage « cherche et tu trouveras » me semble être une pépite pédagogique pour l’école, d’autant que ce que l’on trouve peut nous émerveiller et surtout nous rendre libre, et enfin « récit » car apprendre à se dire à soi-même pour se dire au monde est au cœur du dernier socle commun. Ces trois mots, tels des sésames, sont le socle d’une inscription de soi dans l’intelligence du monde ! ».

Comment a émergé ce projet ?
« Ce projet d’expédition a émergé de façon progressive avec tous les élèves et ce de manière étonnante comme une grande autorisation à être soi-même. Les élèves acteurs et auteurs ont pu enrichir la proposition initiale faite par une élève de la classe qui a retenu l’adhésion de tous. Et puis dans la construction du projet, les choses se sont posées dans un cadre rigoureux avec l’élaboration de partenariats riches, tels que celui avec le lycée Charles Petiet impliqué depuis 5 ans, des brevets d’état canoë et moyenne montagne, un partenaire scientifique en la personne d’Elie Poulin - plongeur biologiste, ou encore le soutien de l’entreprise KSB de Gennevilliers – partenaire financier depuis 4 ans maintenant qui a offert le drone sous-marin ».

Il faut encore citer Philippe Guaspare, adjoint du directeur de la Maison de l’apprentissage et Christophe Bernin professeur en menuiserie qui a réalisé d’après nos plans, corrigés par le logiciel Dassault du lycée Charles Petiet de Villeneuve-la-Garenne, les pagaies en bois avec le feu vert de l’ingénieur Yvan Drevillon, expert en nautisme et aussi partenaire du projet.

Philippe explique qu’il ne s’attendait pas à autant de mains tendues. « Je découvre que la vie est pleine de ressources inconnues et proches de soi, tout d’abord les parents, les grands parents et puis les acteurs périphériques à l’école qui s’enthousiasment du projet et se proposent pour aider, pour communiquer, pour verbaliser aussi ce qu’ils font dans leur entreprise. Ce projet est une co-construction avec mes élèves qui m’a moi-même étonné, émerveillé, appelé à donner le meilleur de moi-même ! C’est cela qui est enthousiasmant, la réalité d’un projet différent et neuf tous les ans ! »

Un tel projet est enthousiasmant, mais vous partez douze jours pour des activités peu anodines ! Cela n’a pas été trop compliqué de convaincre parents et institution ?
Les parents, et grands-parents, ont investi le projet. Les neuf mois de préparation, les huit rencontres organisées, les 128 heures d’appels téléphoniques, les 1045 mails échangés n’y sont pas étrangers. Ils ont rapidement compris le sérieux de la préparation mais aussi de l’encadrement lorsque les élèves seront sur place. Quant à l’institution, « l’inspecteur me connaît depuis 5 ans et a toujours validé mes projets en les encourageant comme une réelle chance pour l’école et pour les élèves ! Pour ce qui est de la prise de risques, il s’agit de risques pris en pleine nature qui ont la vertu de grandir en conscience de soi et en responsabilité à l’égard de soi, des autres et de la biodiversité ! Comme le dit si bien le poète René Char dans un aphorisme : « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque ! A te regarder ils s’habitueront ! »

Je pense très sincèrement que le manque de proposition à vivre en vrai, en grand, dans l’école tue l’école ! Et puis en ce qui concerne le pôle plongée de l’expédition Lac Miroir, il s’agit d’une immersion en combinaison avec propulseurs et caméra dans à peine deux mètres d’eau. L’idée du projet est bien de vivre son aventure avec des missions scientifiques à la clé. Ces deux missions ce n’est pas pour jouer, car l’inventaire de la faune piscicole et la cartographie du lac Miroir n’ont jamais été à ce jour effectués. Et enfin raconter en soi, autour de soi la grande aventure de l’expédition avec toute sa part d’inconnu, d’imprévus, raconter, conter comme un récit de pouvoir, récit qui laisse entendre que la vie est un don et qu’elle ne se vit pas au rabais ! »

Philippe a des ambitions claires pour ses élèves : « J’ambitionne qu’ils soient saisis par la vie, qu’ils sentent que la vie est un don ; que l’école, dans sa vocation d’être une fenêtre ouverte sur le monde, doit leur permettre de ressentir la joie d’apprendre, la joie d’explorer et la joie de se donner dans des projets. En bref, il faut qu’ils comprennent le sens de l’existence, qu’ils comprennent de quelle aventure ils peuvent faire partie ».

Et en effet, Philippe est ambitieux pour ses élèves, pour l’école. L’implication dans des projets concrets, permet de réels apprentissages, l’élève devenant auteur-acteur de ces derniers. « Nos enfants ont besoin d’une école qui leur transmet du sens et de l’intensité de vivre, une école de la culture et de la nature ! »

Au retour, les équipiers de l’expédition et les chefs d’expédition seront reçus par le rédacteur en chef de National Geographic France, Gabriel Joseph Dezaize dont le siège se trouve à Gennevilliers ; quant au film réalisé par Pierre Magre il fera l’objet d’une diffusion en automne prochain.
Nous suivrons de près leur expédition, en attendant vous pouvez lire son livre « Enseignant trappeur, pourquoi pas ! quand la nature ré-enchante l’école » publié aux éditions Souffle d’or.
Lilia Ben Hammouda

Ph. Nicolas et un projet en 2015

Et en 2016

Extrait de cafepedagogique.net du 06.06.18 : Philippe Nicolas : Une expédition scientifique avec une classe de Rep

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