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Grandir en humanité, Dialogue sur l’école et l’éducation, Philippe Meirieu et Abdennour Bidar, Editions Autrement, 246p., août 2022 (ToutEduc)

17 août

“Grandir en humanité“ : Entre P. Meirieu et A. Bidar, un dialogue pour s’interroger sur l’avenir de l’école (ouvrage)

“Une société peut-elle déléguer entièrement à son école la charge d’éduquer ses enfants, quitte à mettre en œuvre au quotidien des pratiques radicalement différentes, voire complètement contradictoires, avec ce que cette école est censée transmettre ?“ C’est l’une des questions que posent Abdenour Bidar et Phliippe Meirieu dans leur ouvrage “Grandir en humanité“, échange épistolaire où chacun des auteurs propose, tatonne, rebondit d’idées là où l’éducation se fait enjeu majeur pour notre vivre-ensemble.

Pour Philippe Meirieu, “nous devons nous donner les moyens de savoir s’il y a des institutions qui ont encore un sens aujourd’hui, alors même que toutes semblent s’écrouler, et si l’école en particulier a un avenir“ car “la question que nous ne posons pas aujourd’hui et qui, pourtant, s’impose plus que jamais, est bien celle de la mission que les citoyens confèrent à leur école.“ Le pédagogue estime d’ailleurs qu’il est “impossible de transmettre sans donner du sens, de faire apprendre sans faire aimer, d’instruire sans se poser la question des valeurs qui sous-tendent nos pratiques“.

Mais alors que la société devrait être une “école tout au long de la vie “, permettant “à chacune et chacun de grandir en humanité pendant toute son existence“, explique de son côté le philosophe Abdennour Bidar, “nous sommes face à l’inverse, à savoir une société entière qui est en train de soumettre l’école aux lois de l’économie libérale : retour maximal sur investissement, compétition généralisée pour l’accès au profit.“

“C’est qu’en réalité, l’école n’est plus véritablement vécue comme une institution“, lui répond Philippe Meirieu. Et celle-ci devient un ensemble de services : “certes, ces services sont indispensables (il faut bien garder les enfants pour que les parents puissent vaquer à leurs occupations tout comme il faut orienter les élèves afin de répondre aux demandes des entreprises) mais ils ont pris toute la place, au point de faire oublier ce qui ‘institue‘ l’institution, c’est-à-dire, au sens propre, la fait tenir debout : sa mission.“

Pour remplir cette mission, les deux intellectuels évoquent les situations d’enseignement qu’ils ont pu vivre, dont l’importance de la parole comme de l’exigence en découlaient, et auxquelles s’arriment le sens du collectif ou encore la liberté pédagogique des professeurs. Abdennour Bidar considère d’ailleurs qu’enseigner est un “sport d’équipe“ et pourfend une conception individualiste de cette liberté pédagogique. Il y a ainsi “tout une culture professionnelle à changer vers le principe contraire, à savoir que les libertés peuvent se renforcer par leur coopération.“ Aussi, il souhaite que “tout enseignant rejoigne une ‘unité pédagogique à taille humaine‘ et que celle-ci s’accorde de manière démocratique, c’est-à-dire discutée et concertée, sur ses méthodes, ses objectifs et ses projets, de telle sorte que les élèves pris en charge par cette unité n’aient plus l’impression, passant d’un cours à un autre, de basculer à chaque fois dans un univers à part mais bien d’évoluer dans un ‘milieu scolaire‘ où la singularité, le style, de chaque professeur est une composante d’un tout articulé et réfléchi.“

Pour Philippe Meirieu “c’est le rôle du professeur, précisément, que d’instituer l’élève à la fois comme ‘pair‘ et ‘expert‘ et il ajoute que parce qu’il est un être inachevé, l’élève a droit à ce que les adultes, forts de leur expérience, décident de ce qu’il doit apprendre... et, simultanément, parce qu’il est un être complet, il a droit à ce qu’on sollicite son engagement personnel dans ses apprentissages.“ L’essayiste proposerait “volontiers de remplacer les programmes actuels (qui sont, en réalité, des programmations toujours plus ou moins standardisées de connaissances ou de compétences reproductibles) par l’obligation, pour chaque élève, de réaliser, et de faire valider dans son année, un certain nombre de ‘chefs-d’œuvre‘, impliquant des connaissances solides bien sûr, mais des connaissances mises en œuvre dans un projet personnel ou collectif.“

Une réflexion et des pistes pour alimenter la “révolution interne que notre système éducatif doit faire“ avec cet objectif d’ “accorder le je et le nous“ face au défi de civilisation que nous traversons et qui impose de définir un cap pour permettre aux futurs citoyens de “grandir en humanité“. Mais, s’interroge Abdenour Bidar, "qu’est-ce qui pourrait vraiment faire changer l’école ?"

Grandir en humanité, Dialogue sur l’école et l’éducation, Philippe Meirieu et Abdennour Bidar, Editions Autrement, 246p., 15€.

Extrait de touteduc.fr du 16.08.22

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