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La rentrée d’un prof de ZEP à Reims (Stopinfo.com)

3 septembre 2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait de « Stopinfos.com » du 03.09.04 : la rentrée d’un prof de ZEP à Reims

Rentrée des classes : l’école se dévoile

Mercredi 2 septembre, 12 millions d’élèves ont repris le chemin de l’école. Moment toujours unique pour les élèves et les enseignants, la rentrée des classes aura été marquée cette année par la mise en application de la loi du 15 mars 2004 sur l’interdiction du port de signes religieux ostensibles à l’école.

La rentrée est passée, il est midi devant le lycée - collège Voltaire à Paris (11ème arrondissement) et les élèves devisent au soleil. Pour Alex et son camarade, élèves de terminale littéraire, la rentrée aura été particulière cette année. Leur professeur principal les a accueillis avec un discours d’une heure sur « les valeurs et vertus de la République laïque » en allusion au port du voile et autres signes religieux à l’école.

De toute façon, dans leur lycée, peu de jeunes filles portaient le voile, nous disent les deux garçons ; après le vote de la loi en mars dernier, les jeunes filles l’ont ôté naturellement à l’intérieur de l’établissement. Sonia et Mathilde, qui rentrent en terminale, ont l’esprit à tout autre chose : pour elles, les discours auront exclusivement porté sur l’échéance du baccalauréat.

La face cachée de la rentrée

Les professeurs auront tous eu droit au discours de leur principal ou proviseur sur la vigilance à observer pour le respect de cette nouvelle loi réaffirmant le principe de laïcité à l’école. Mais outre la revendication religieuse, d’autres signes des temps les préoccupent.

Alain, la cinquantaine, professeur titulaire de Sciences de la Vie et de la Terre dans un collège de Zone d’Education Prioritaire (ZEP) à Reims (Champagne-Ardennes) est préoccupé par les économies de personnel qui obligent les jeunes professeurs à jongler entre plusieurs établissements : « face à la chute des effectifs, le recours est l’affectation sur plusieurs établissements distants parfois de plusieurs dizaines de kilomètres. »

Cas d’école de ce statut nommé TZR (« titulaire de zone de remplacement ») : Thibaut, jeune professeur de philosophie, devra enseigner à Metz dans deux lycées différents : 9 heures ici et 9 h là, pour arriver aux 18h légales d’un poste.

De plus en plus de jeunes professeurs sont employés comme TZR « pour boucher les trous » poursuit notre interlocuteur, c’est ce que l’Education nationale appelle les compléments de service. « On nous demande une mobilité que nos ressources ne nous permettent pas, il y a une réelle précarité du jeune enseignant ». Avec 1330 euros par mois, ces jeunes enseignants trouvent difficiles les déménagements imposés.

Thibaut évoque aussi un sentiment de « marginalisation », à cause du manque de considération de l’administration et du manque de relations avec des collègues côtoyés à mi-temps.
Le fond du problème, pour Thibaut : « nous sommes trop nombreux toutes disciplines confondues » et il n’y a aucune « gestion personnalisée des carrières ». François Fillon, ministre de l’Education nationale, déclarait hier en visite dans un lycée de la Courneuve : « Si l’on veut améliorer le fonctionnement, il faut avoir une meilleure gestion, c’est le seul discours que l’on peut tenir dans un pays gravement endetté. »

En somme, l’enseignant et son ministre parlent tous deux de gestion ; mais l’entendent-ils de la même façon ?

Caroline Diebold

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