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Entretien avec un IEN responsable de ZEP (Bulletin OZP n° 7, décembre 1994)

19 mars 2009 Version imprimable de cet article Version imprimable

Bulletin de l’association OZP, n° 7, décembre 1994

ENTRETIEN AVEC MICHEL LEJEUNE

Monsieur Lejeune, responsable de la Zone d’éducation prioritaire de Villiers-le-Bel (Val-d’Oise) a bien voulu recevoir l’OZP pour s’entretenir de la transformation professionnelle nécessitée par le passage de la fonction d’Inspecteur de l’Education nationale à celle d’Inspecteur de l’Education nationale - responsable de Zep.
A travers ce témoignage il nous est possible de vivre la genèse d’une Zep, qui, si elle n’est pas celle de toutes les Zep, ne peut que nourrir notre réflexion sur les mutations entraînées par ce dispositif.

 

OZP : Vous avez été, à sa création, responsable de la Zep de Villiers-le-Bel. A la suite de quels événements ?

Michel Lejeune : J’ai été nommé inspecteur à Écouen en septembre 1986, c’était mon premier poste ; je possédais trois années d’exercice et de connaissance de la circonscription quand il s‘est agi de créer la Zep de Villiers-le-Bel. J’ai eu ainsi le privilège d’être là...
En 1986, lorsque je rencontre les enseignants de la circonscription, les problèmes auxquels se heurte la ville de Villiers-le-Bel sont, en dehors de quelques espaces sensibles, identiques à ceux d’autres secteurs urbains qui composent la circonscription. Mais, à un moment donné, les caractéristiques sociales, économiques, culturelles de la population de cette ville vont se modifier et ce, de manière accélérée. Cet état de fait a exigé quelquefois des mesures rapides.
Il en a été ainsi, par exemple, de l’accueil des jeunes enfants à l‘école élémentaire qui a nécessité des créations de classes. Ainsi, au moment où ces transformations se sont produites, j`avais eu la possibilité de construire mon expérience, d‘avoir des repères et cela a été pour mes collègues comme pour moi très important : nous nous sommes transformés en même temps que la ville et ainsi nous n’avons pas perdu de temps.

OZP : Comment le projet a-t-il démarré ? Comment avez-vous, au départ, conçu votre rôle ?

M. L. : Au départ, j‘ai été très attentif aux propositions de Monsieur l‘inspecteur d’académie et du groupe de pilotage. Ils ont attiré mon attention sur le fait que l’’année 1989-1990 allait être une année décisive dans la perspective d’une relance des Zep. Mon souci a été de comprendre les fondements de cette politique et de considérer la situation de la ville de Villiers-le-Bel. Les informations recueillies ont été partagées avec l’‘équipe de circonscription et les directeurs d`école. Il ne s’agissait alors, comme à l`accoutumée, que de simples échanges d‘information concernant les projets nationaux et départementaux.

OZP : Nous sommes là encore en 1989 et Villiers-le-Bel n’est pas en Zep. Qui a pris l’initiative de la demander ?

M. L. : J’ai soumis cette proposition aux directeurs d’école en leur demandant quels intérêts ils percevaient à s’inscrire dans une redéfinition de la carte des Zep. Simultanément, j’ai eu des entrevues avec Madame Le Texier, Maire de la ville, qui travaillait à la mise en place des procédures DSQ. Au travers de ces rencontres, je m’efforçais de me représenter les conceptions qu’avaient les acteurs concernant la zone d‘éducation prioritaire. Il y avait des exemples très proches comme ceux des villes de Garges, de Goussainville...
En fait, je me suis rendu compte rapidement que les enseignants n’avaient, malgré la proximité d’autres Zep, que peu d’information sur ce dispositif, si ce n’est la connaissance de quelques actions pédagogiques et éducatives particulièrement réussies...

OZP : Votre travail de responsable a donc consisté « à faire exister » la Zep ?

M. L. : Lors de la phase d’instruction du projet, la Zep n‘existait pas encore, c’est en tant que responsable IEN que j’ai agi. Avec l’équipe de circonscription, nous avons considéré de manière simultanée les niveaux départemental et local. Des enquêtes ont été effectuées en considérant plusieurs indicateurs concernant à la fois l’observation des résultats scolaires et les caractéristiques sociales, culturelles et économiques de la population. Cela nous a permis de faire un état des lieux plus précis que celui que nous avions jusqu’alors.
Puis les choses se sont précisées : Villiers-le-Bel a été pressentie, il nous fallait élaborer un projet. Nous désirions l’élaborer dans un esprit méthodologique et ce dès l’origine, afin d’être en mesure de préciser la signification et la nature de l’opération Zep. En effet, une action Zep n’a de sens que si l’on est certain qu’il s’agit bien d’une « action Zep » et non simplement de la mise en œuvre d’activités éducatives dans lesquelles bien des équipes pédagogiques s’investissaient déjà.

De la même manière nous désirions contribuer à la construction d’une conception éducative « forte » de la Zep par ses propres acteurs. Nous étions (et nous restons) persuadés que la façon dont les enseignants et leurs partenaires percevaient leurs rôles et leurs fonctions dans un espace donné avait une incidence sur 1les possibilités de transformation ou de changement.
C’est pour ces raisons que nous avons souhaité avec Madame le maire recevoir l’ensemble des partenaires qui, par leurs connaissances et leurs expériences, allaient définir au titre de ce dispositif les orientations particulières à mener dans l’intérêt des enfants.
Au cours de ces réunions, nous avons établi un cahier des charges mais surtout explicité les enjeux de cette rénovation. En effet, si nous devions être « candidats » à la mise en place d’une Zep à Villiers-le-Bel, cela ne devait pas être uniquement en fonction d’indicateurs sociaux négatifs et quantitatifs. Selon nous, toute mesure éducative doit être positive et dynamique.
Il fallait donc, certes, s’appuyer sur un état des lieux mais aussi et surtout définir un projet d‘éducation qui permette de penser cet espace en termes de transformations qualitatives des pratiques professionnelles, des modes de fonctionnement des structures, des rapports entre partenaires. Dans cette perspective, nous nous sommes situés dans la continuité d’une problématique dans laquelle les enseignants de la circonscription étaient déjà investis.

Ainsi, plutôt que de rechercher des aides et des soutiens à apporter aux seuls élèves en difficulté, nous nous sommes posé la question suivante : Quelles transformations éducatives devons-nous entreprendre afin d’amener la réussite de tous les enfants ? Pour ma part, je désirais que la Zep s’inscrive dans une problématique du changement qualitatif afin qu’elle n’apparaisse pas comme une mesure d’exception dans un mauvais état de choses.

OZP : Est-ce que cela relevait déjà du responsable de Zep, ou bien simplement de l’IEN ?

M. L. : De l’IEN.

OZP : A partir de quand pensez-vous que c’est le responsable de zone qui est intervenu ?

M. L. : Quand j’ai été nommé, c’est-à-dire identifié comme tel, au moment où je me suis demandé ce qu’était un responsable de zone. Auparavant la question ne se posait pas. Ce que nous entreprenions relevait du projet de circonscription.

OZP : Et le second degré ?

M. L. : Les collèges et le lycée professionnel ont été associés des le départ. Ils ont été sensibles au fait que nous « prenions le temps » de poser les fondements de nos actions plutôt que de les placer dans une situation d’urgence, requérant des démarches rapides.

OZP : Quand avez-vous été désigné comme responsable ?

M. L. : Officiellement au printemps 1990, au plus fort de notre implication dans la préparation du projet.

OZP : A partir de quand les choses se sont-elles finalisées ? Quand le projet de zone s’est-il dessiné ?

M. L. : C’est au printemps 1990 que nous devions remettre le projet de Zep. C’est à cette période que se sont concrétisées les conventions passées entre le ministère de l’Education nationale, ses partenaires financiers (Caisse des dépôts et consignations par exemple) et les procédures de DSQ. Il s’est agi pour nous de concevoir une identité spécifique de la Zep de Villiers-le-Bel sous la forme de référents communs et de construire une stratégie opérationnelle de mise en œuvre. Pour ce faire, nous avons organisé des temps de réflexion et de formation.

Nous reprenons contact avec Gérard Chauveau, chercheur au CRESAS, afin d’organiser des sessions d’information et de formation. C’est alors que nous avons élaboré les orientations principales du projet. Ces moments ont été profitables car à partir de questions directes comme par exemple : « Y a-t-il une pédagogie spécifique de la Zep ? », « Comment faire fonctionner une équipe d’animation ? » ou encore : « Comment réaliser des concertations entre partenaires ? »... ont émergé les représentations sociales et éducatives qui ne s’étaient pas exprimées jusqu’alors.
Nous préparions nos outils, nous « affûtions » et « lavions » les mots.

OZP : Vous avez évoqué des aspects méthodologiques et stratégiques lors de l’élaboration du projet. Pouvez-vous les préciser brièvement ?

M. L. : Les projets éducatifs des écoles et des établissements ont été élaborés avec une préoccupation méthodologique constante même si nous n’avons pas toujours fait l’économie du tâtonnement.
Il s’agissait en fait de permettre aux acteurs de fonder leurs propositions sur une analyse précise des besoins et des attentes du public scolaire, d‘associer progressivement le maximum de partenaires intéressés, à partir d’une logique d’intervention construite en commun, de constituer des outils d’investigation pour l’ensemble des intervenants et ce, aux différentes phases du projet.
Dès lors la stratégie était simple. Il s’est agi de considérer simultanément les différents domaines d’intervention : pédagogique et éducatif, social et culturel, institutionnel, afin de concevoir une identité de la Zep de Villiers-le-Bel construite en fonction de deux principes complémentaires et étroitement articulés.

Le premier principe était celui de l’élaboration d’un référent commun qui fonde la cohérence des actions de l’école et de ses partenaires. Celui-ci soulignait que les objectifs principaux étaient la construction d’une « école forte et d’apprentissages de qualité » ; une mise en continuité des actions éducatives autour des lieux scolaires et culturels concernés ; l’utilisation maximum et la création d’équipements de qualité, de structures et d’organisations innovantes.
On considérait également la mise en place de réseaux d’information, de communication et de valorisation dans et hors de la Zep. La question de la valorisation des actions menées est fondamentale. Il est en effet primordial que les enseignants se représentent de façon précise les principes qui fondent leur action collective, qu’ils en perçoivent la pertinence et l’efficacité. Cela leur permet de situer et de construire leur propre investissement. C’est ainsi, par exemple, que nous avons eu de nombreux contacts avec les acteurs d’autres Zep ou avec des enseignants d’autres pays.

Le second principe était celui de la différenciation des actions en fonction des caractéristiques spécifiques des écoles et des établissements scolaires. C‘était la reconnaissance de l’école comme unité éducative.
C’est à partir de ce schéma référentiel construit, écrit et partagé par les différents partenaires de la Zep qu‘ont été par la suite élaborées les orientations et les finalités particulières des écoles. Ces finalités à partir desquelles les équipes ont établi des objectifs spécifiques sont les suivantes : « Prendre en compte des objectifs prioritaires pour le système (dans le cadre de la politique comme des contenus) ; c’est ainsi que les domaines de la langue écrite et parlée, de la méthodologie des apprentissages ont été privilégiés ; modifier les conditions de fonctionnement de l’appareil de formation ; définir des stratégies opérationnelles de réussite scolaire (participation à la création de groupe petite enfance afin de prévenir dès le plus jeune âge les inadaptations scolaires).
Par la suite les écoles m’ont adressé leurs propositions d’action qui, synthétisées, ont permis d’esquisser une image collective de la Zep.

OZP : Cette pratique a permis l’élaboration des projets. Avec le recul, s’est-elle avérée efficace ?

M. L. : Elle nous a permis de développer une pertinence entre les propositions particulières des écoles et les réformes qui intervenaient à cette époque : « le projet d‘école », « la mise en place des cycles »...
Par ailleurs les référents constitués ont été très utiles pour orienter de manière opérationnelle notre travail en partenariat. Les écoles percevaient leur spécificité. Elles étaient plus à même de choisir leur mode de collaboration. Enfin, c’est à partir de ce référent que s’est élaboré et signé un contrat d’objectifs entre le ministère de l’Education nationale et la municipalité de Villiers-le-Bel.
La collaboration avec la ville a été des plus efficaces, et chacun a eu la volonté et le plaisir de travailler à l’ensemble. Cette implication, nous la devions, entre autres, à la clarté et à la précision des conceptions et des transformations éducatives que nous avions élaborées ensemble.

OZP : Votre rôle de responsable, le situez-vous comme celui d’un fédérateur de projets ou à un autre niveau ?

M. L. : A l’origine, je n’ai pas fédéré les projets. J’ai essayé, au travers des propositions d’actions de faire percevoir un référent commun assez opérationnel pour contribuer ultérieurement à la définition d‘une politique d’ensemble ville-école.

OZP : C’est une voie originale...

M. L. : C’était surtout motivant pour tous parce que chacun pouvait percevoir un sens à ses actions, se sentait valorisé. Il se développait une solidarité et un sentiment d’appartenance à une même communauté éducative.

OZP : Vous étiez donc à ce moment-là, désigné comme responsable de la Zep. Y a·t-il eu des éléments nouveaux liés à cette fonction, même si elle s’est située dans la continuité de votre tâche d’IEN ? Pouvez-vous préciser le rôle de responsable ?

M. L. : Le fait d’être nommé responsable de la Zep de Villiers-le-Bel m’a permis de me situer institutionnellement par rapport à mes interlocuteurs, y compris au sein de l’Education nationale. Mais l`avantage s’est surtout fait sentir dans la collaboration avec les partenaires et les structures extérieures à l’Education nationale. Ils ont plus facilement compris et accepté ma participation aux travaux qui relevaient jusqu’alors de leur domaine. Cette nomination m’a permis plus d’œuvrer à l’élaboration d’un projet éducatif global.

OZP : Et dans la conduite des projets ?

M. L. : Oui... Il m’a fallu définir cette fonction et l’exprimer du mieux possible comme il a fallu définir les fonctions d’animateurs Zep, par exemple. Dans la logique de l’élaboration du projet de zone à Villiers-le-Bel, je me suis efforcé au niveau départemental et avec les diverses institutions, de mettre en cohérence la conception de la Zep et les conditions optimales de son fonctionnement.
Dans cette perspective, il me fallait faire des propositions de gestion qui reconnaissent le statut d’acteurs et de responsables aux enseignants. C’est ainsi que dans le domaine financier par exemple, des décisions ont été prises en commun qui mettaient en cohérence l’origine des financements et le niveau auquel se réalisaient les projets (école-quartier-ville).
L’administration de l’Education nationale comme ses partenaires (dans le cadre des actions du DSQ) ont facilité cette orientation fondamentale qui consistait à être attentif aux investissements individuels et collectifs. C’est pour moi une condition indispensable à l’implication des acteurs. Celle-ci influe sur la qualité des savoirs et des savoir-faire...

OZP : Dans la conduite du projet, comment se sont différenciés les rôles entre responsable et coordonnateur de la Zep ? Comment voyez-vous du point de vue du responsable l’articulation entre ces deux fonctions ?

M. L. : J’ai toujours travaillé en étroite collaboration avec Mesdames Crepon et Lambin, coordonnatrices de la Zep. Ensemble nous avons constitué les différentes équipes. Chacune a exercé, à mi-temps, cette fonction. L’autre mi-temps était consacré aux fonctions de formateur. Nous nous sommes dès lors très peu quittés. L’articulation de ces deux missions me paraissait primordiale pour la transformation des pratiques pédagogiques. De plus chacune possédait des compétences particulières concernant l’école maternelle et élémentaire... on ne pouvait mieux choisir.
La différenciation s’est exercée dans la répartition des tâches après décision commune. C’est ainsi, par exemple, qu’elles ont coordonné différents projets Zep au niveau de la ville (le salon des écrits, les BCD, les groupes petite enfance), institué et animé des groupes de recherche pédagogique (sur le lire/écrire/parler), contribué à une reformulation des actions de formation initiale et continue (colloque de circonscription ou prise en charge des enseignants débutants...), mais aussi négocié des contrats de travail en partenariat avec d’autres institutions et associations. Nous avons conduit un travail en profondeur et de qualité ; j’en profite pour redire le plaisir que j’ai eu d’œuvrer et de décider avec elles.

D’autre part, dans chacun des deux collèges, un correspondant Zep a été nommé, il s’agissait de Messieurs Jardon et Desantti avec qui elles ont également travaillé. Il faut reconnaitre l’investissement de ces collègues dont les conditions de travail n’étaient pas aussi favorables que celles institutionnellement réservées à la fonction de coordonnateur proprement dit.

OZP : Comment les instituteurs ont-ils perçu un IEN - c’est-à-dire un supérieur hiérarchique - qui devient tout à coup un responsable de Zep, dont les pouvoirs ou compétences ne sont pas nécessairement ceux de l’IEN ? Un responsable de zone « fonctionne-t-il » comme un inspecteur ?

M. L. : Je n’ai pas observé une modification des rapports entretenus avec les enseignants quand je suis devenu responsable de Zep. En tant qu’IEN, je me suis toujours efforcé de construire des relations qui se fondent et se légitiment par l’explicitation des fonctions et des situations. En bref, contribuer à transformer les situations jugées insatisfaisantes en véritable sujet d’étude qui puisse faire l’objet d’analyses et de propositions, formuler des orientations de travail commun assez innovantes pour progresser... Cela implique obligatoirement le travail en équipe, la reconnaissance chez chacun d’un statut d’acteur, la recherche de la valorisation des pratiques.

Ces orientations sont aussi celles du responsable de zone ; il n’y a donc pas eu de hiatus entre les deux fonctions. Mais aussi, on pourrait se poser cette question, cette fois inversée, pour les enseignants devenus animateurs de Zep ou coordonnateurs. Leurs missions, qui se sont dessinées au travers des projets, les ont amenés à établir d’autres modes d’actions ou de communication à l‘intérieur et à l’extérieur de l’institution scolaire : ils font preuve d’initiatives et de prise de décision avec d’autres enseignants ou supérieurs hiérarchiques, ou avec des décideurs d’autres ministères... Cette reconnaissance de la fonction est inhérente aux missions exercées en Zep. Pour être efficace, elles doivent être mobilisatrices.

OZP : Au fond, en quoi était-ce intéressant d’être investi de la fonction de responsable de Zep ?

M. L. : Le fait d’être IEN responsable de zone a fourni une légitimité à certaines de mes interventions : les partenaires et usagers de l’école ne rencontraient plus l’IEN, dont ils se représentaient quelquefois la fonction d’une manière « stéréotypée », mais quelqu’un qui faisait percevoir un autre point de vue, qui représentait une mission d’éducation, laquelle s’inscrivait dans une politique plus large de la ville. Le fait d’être nommé responsable de zone m’a obligé à repenser la fonction, à l‘expliquer, et à inventer un nouveau « personnage », de nouveaux modes d’action, à entretenir des relations nouvelles avec les partenaires.

OZP : En quoi consistait cette nouveauté ?

M. L. : L’innovation est rendue possible, me semble-t-il, par la transformation des représentations des fonctions dans la tête des uns et des autres : les rôles de chacun se redéfinissent à la lumière des expériences ; ils se « lavent » de leurs stéréotypes. C’est en cela, par exemple, que l’inspecteur à qui l‘usager fait appel, souvent, en cas de situation conflictuelle, laisse la place au responsable de zone.

OZP : Est-ce qu’il ne s’agit pas là de la mise en lumière de la dimension « militante » du responsable ?

M. L. : Oui, la responsabilité se situe dans la transformation ; le responsable, pour moi, est un agent de transformation : des modes de coopérer, de la façon dont les usagers peuvent percevoir le rôle de l’école et s’y intéresser. Dans ces quartiers difficiles, il s agit de changer l’image de l’école pour mettre en place une action réellement efficace, qui contribue à changer les rapports de chacun au savoir. Dans cette perspective, c’est en tant qu’acteurs impliqués dans des actions école/quartier que les partenaires et usagers pouvaient approcher une nouvelle image du « service public école ».

OZP : La fonction de responsable de zone se dessinerait-elle, finalement, en termes de militantisme du service public ?

M. L. : A mon avis, elle se définit en trois termes : méthodologie, implication, partenariat ; on gère des ressources humaines, on milite au service de l’école, on construit des fonctions et compétences avec les autres.
Mais, en même temps, la nouveauté ne doit pas occulter l’importance du socle institutionnel : le responsable est reconnu aussi parce qu’il représente une autorité hiérarchique au sein de l’Education nationale : impliqué au plan local, il participe aussi aux instances départementales de décision. Loin de s’opposer l’une à l’autre, les deux fonctions d’IEN et de responsable de zone se renforcent mutuellement, en concourant aux mêmes valeurs.

Propos recueillis par Marie-Claude Moreau et Elisabeth Bisot

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