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Journée OZP 2017. Intervention introductive de Marc Douaire, président de l’OZP : Poursuivre et renforcer l’éducation prioritaire

24 mai 2017 Version imprimable de cet article Version imprimable

Journée nationale OZP, 20 mai 2017

Intervention introductive à la journée nationale de l’OZP
Poursuivre et renforcer l’Education prioritaire

Marc Douaire, président de l’OZP

Cette journée nationale de l’Ozp s’inscrit dans un contexte très particulier. L’élection présidentielle du 7 mai dernier a refermé une longue séquence politique marquée par maints bouleversements mais au cours de laquelle le débat politique et médiatique a éprouvé des difficultés à mettre en évidence les enjeux éducatifs posés à notre pays et le bilan des réformes engagées dans le champ éducatif. Cet effacement, qui ne signifie pas consensus, risque de fragiliser la nécessité de rendre lisible la continuité de l’action de l’Etat.

Cette période politique a souligné le creusement des fractures sociales, économiques, culturelles, territoriales en France. Ces fractures se traduisent souvent par autant de ruptures dans le sentiment d’appartenance à la communauté nationale, à la République et ses valeurs. L’heure est bien à la refondation de l’appartenance citoyenne. L’Ecole publique, de par son histoire, se situe au centre de cet enjeu majeur. Promouvoir, développer ce sentiment d’appartenance citoyenne se construit très tôt. Chacun sait que de nombreuses équipes ont engagé ce travail d’éducation à la citoyenneté mais qu’il se heurte souvent au fonctionnement habituel de l’institution.

L’Ecole ne pourra assumer sa mission d’éducation citoyenne qu’à la condition d’être une institution crédible c’est-à-dire juste. Cela implique placer au premier rang dans ses objectifs comme dans son fonctionnement, le principe de l’égalité des droits. C’est le sens même de la refondation de l’Ecole qui doit être poursuivie pour rompre avec l’école du tri social, de l’élitisme, de la concurrence entre élèves , établissements, voies d’orientation. Si demain cette refondation est biaisée ou abandonnée, l’Ecole publique s’en trouvera disqualifiée et la République avec elle.

Promouvoir l’égalité des droits à l’éducation et à la formation c’est décider de poursuivre et d’amplifier la politique d’éducation prioritaire engagée depuis 2013.

Quel est le sens de l’Education prioritaire ?
Dès son origine, tout au long de ses 35 années d’existence, l’Education prioritaire a été combattue dans son principe même, travestie dans sa compréhension, vilipendée dans son application …à droite comme à gauche. Rappelons nous : il y a quelques mois, alors qu’une refondation importante était engagée depuis 2013, prenant appui sur les travaux issus de la concertation nationale sur l’école et les assises académiques de l’éducation prioritaire, la publication du rapport de Cnesco a contribué à relancer l’entreprise idéologique de réaction visant à délégitimer l’Education prioritaire.

Il faut donc réaffirmer aujourd’hui le sens même de cette politique : dérogatoire au droit commun, elle doit s’appliquer aux établissements scolaires situés dans des territoires où le fonctionnement ordinaire du service public ne peut plus être assuré.
La labellisation correspond à un projet local mobilisateur interdegrés et interpartenarial. La labellisation éducation prioritaire ne saurait constituer la solution universelle aux problèmes rencontrés par les personnels de l’ensemble du système éducatif. Elle doit pour autant s’articuler avec une politique d’affectation différenciée des moyens sur critères sociaux à l’échelle nationale, académique ou locale. Ceci précisé, il faut poursuivre en affirmant que le succès de la refondation de l’Education prioritaire est lié au succès de la refondation de l’Ecole.

Pour l’OZP, la politique ministérielle de refondation de l’Education prioritaire engagée en 2013 va dans le bon sens. Pour la première fois depuis 35 ans, des ministres de l’Education nationale se succèdent et confirment la politique engagée par leur prédécesseur sur le sujet. Cette politique se singularise par sa centration pédagogique : élaboration du référentiel comme support à l’élaboration des projets de réseaux, mise en place du dispositif Plus de maîtres que de classes en écoles élémentaires, relance de la scolarisation des enfants de moins de 3 ans… La mise en œuvre pédagogique repose sur le développement du travail collectif des enseignants avec pour la première fois la reconnaissance, dans les obligations de service des professeurs de Rep+, des activités professionnelles autres que le travail en classe mais aussi sur l’importance soulignée de l’accompagnement des équipes, sur la relance de la formation et la création des formateurs Rep+.

Une nouvelle géographie prioritaire a vu le jour, reposant sur des critères objectifs à partir d’une approche interministérielle des territoires. Cette nouvelle carte permet de mieux prendre en compte , à partir des Rep+, les situations les plus marquées par les inégalités.
Enfin, la question du pilotage, qui cristallise de nombreuses difficultés dans les réseaux, a mieux été prise en compte à travers une circulaire spécifique publiée récemment.

Les propositions de l’OZP
La refondation de l’Education prioritaire est bien engagée mais elle a besoin de temps. Pour mieux lui garantir ce temps nécessaire, l’OZP avance 8 propositions dans son nouveau Manifeste présenté publiquement en janvier 2017.
1- Sanctuariser les ressources : à la fois les postes supplémentaires déjà attribués, les personnels sur postes spécifiques, les dispositifs de formation continue…
2- Consolider les réseaux et faire du nouveau cycle 3 un maillon fort pour développer une culture professionnelle de réseau favorisant la cohérence et la continuité de l’ensemble des apprentissages.
3- Poursuivre l’évolution de l’exercice du métier enseignant à travers notamment l’extension de la modification des obligations de service et des dispositifs de formation sur site.
4- Accentuer la priorité au premier degré.
5- Faire en sorte qu’à tous les échelons administratifs (du ministère au local) la politique d’éducation prioritaire soit vraiment considérée comme… prioritaire.
6- Développer un pilotage attentif, confiant, favorisant l’émergence de collectifs professionnels de la scolarité obligatoire.
7- Mettre en place à tous les niveaux une gestion des ressources humaines prenant en compte les spécificités de l’exercice en éducation prioritaire et ses exigences, reconnaissant le travail engagé.
8- Favoriser la convergence des forces éducatives des territoires prioritaires.

En définitive, faire de l’Education prioritaire le levier de la refondation de la scolarité obligatoire.

Et maintenant ?
Le président de la République a affirmé sa volonté de faire de l’éducation l’une de ses priorités d’action, ce qui est bien, et a précisé que cette priorité porterait en particulier sur l’Education prioritaire, ce qui est mieux. L’heure ne semble plus être aux discours réclamant la délabellisation.
Plusieurs objectifs ont été avancés ; la réduction à 12 élèves des classes de Cp et Ce1 des Rep+ et des Rep, l’amélioration de l’attractivité de l’exercice en Rep, une plus grande autonomie des écoles et des établissements.

Attardons nous sur ce qui se présente aujourd’hui comme la mesure phare du dispositif : la réduction des effectifs à 12 élèves par classes en cycle 2. Cette mesure s’inspire notamment des travaux d’économistes.
L’octroi de moyens supplémentaires significatifs au cycle des apprentissages fondamentaux de l’école peut produire beaucoup d’effets bénéfiques : pour autant, la mesure avancée suscite des interrogations :
-  En soi la réduction du nombre d’élèves par classe ne garantit pas les progrès des élèves dans les apprentissages si elle ne s’accompagne pas d’un changement des pratiques professionnelles.
-  On peut s’interroger sur cette seule référence à une forme scolaire traditionnelle, la classe, alors que la politique des cycles est encouragée officiellement depuis… 1990.
-  On peut également s’interroger sur la dynamique d’une classe à 12 élèves.
-  Enfin, on peut encore s’interroger sur les conditions matérielles d’installation de ces classes.

Par ailleurs, il existe un risque important que la mise en place de cette mesure se fasse au détriment du dispositif « Plus de maîtres que de classes ». Or, l’OZP l’affirme depuis longtemps : la politique d’Education prioritaire ne saurait faire preuve d’efficacité qu’à la condition de bénéficier de temps et de stabilité. Le dispositif PDMQDC est récent. Il recouvre des mises en œuvre variées. Il est prématuré de pouvoir en tirer une évaluation précise des effets pour les élèves mais il est indubitable que ce dispositif rencontre beaucoup d’adhésion de la plupart des équipes du premier degré concernées. Il traduit une évolution de l’exercice professionnel. Le diagnostic des difficultés des élèves, les réponses didactiques et pédagogiques apportées relèvent ainsi du collectif professionnel et non du seul enseignant dans sa classe.
Il ne saurait donc question de stopper net un dispositif qui crée les conditions d’une dynamique de réussite comme il ne saurait question de remettre en cause d’autres volets de la politique engagée depuis 2013 : scolarisation des enfants de moins de 3 ans, mise en place du cycle 3, création des formateurs Rep+…

Voilà donc une situation qui requiert bienveillance et pragmatisme. Ne pourrait-on pas imaginer qu’une école située en Rep+ ou en Rep, engagée déjà dans le dispositif PDMQDC, bénéficie d’une dotation de moyens en cycle 2 à la hauteur de 12 élèves par classe et choisisse elle-même les déclinaisons de leur utilisation : co-interventions dans la classe, groupes de cycle, classes à effectif réduit…, ces organisations étant souples et pouvant se décliner au long du temps scolaire.

Il serait pour le moins paradoxal que le ministre de l’Education nationale décide d’élargir le champ de l’autonomie des écoles en engageant, dans le même temps une mesure qui remettrait en cause l’autonomie actuelle des équipes des réseaux .
L’OZP demande au ministère de clarifier cette situation, de prendre la mesure du travail de refondation engagé par nombre de réseaux.
Marc Douaire

 

La vidéo de l’intervention de Marc Douaire

Nous remercions l’association Rollerfootball pour l’enregistrement de cette intervention (3:52).

NOTE DU QZ : En mai 2017, l’Association Française de RollerFootBall
a eu confirmation de la part de l’UNIT A6 "Erasmus + Sport"
CEE – Bruxelles, de la validation de son PIC 912401789.
De ce fait, l’Association Française de RollerFootBall peut présenter des projets, être partenaire de projets CEE existants ou à venir, que ce soit dans le domaine : - du Sport non compétitif, - de l’insertion sociale, - ou d’autres offres que le Programme Erasmus + fait chaque année.

 

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