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Un rapport de France Stratégie analyse les difficultés scolaires, dont la concentration dans les mêmes établissements, qui freinent l’insertion économique des descendants d’immigrés, notamment Africains

2 mars 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

Jeunes issus de l’immigration : quels obstacles à leur insertion économique ?

[...] DES PARCOURS SCOLAIRES PEU FAVORABLES À L’INTÉGRATION ÉCONOMIQUE

La démocratisation de l’accès à l’éducation n’a pas empêché que demeurent de fortes inégalités dans les apprentissages compromettent l’accès aux filières les plus favorables à la poursuite des études supérieures. On les retrouve dans la structure des sortants du système éducatif dont les niveaux d’études et de diplôme sont peu favorables à une bonne intégration économique. Les comparaisons internationales de l’OCDE montrent également ce qui, dans les caractéristiques des systèmes éducatifs, permet d’expliquer une partie des écarts entre les résultats des élèves issus de l’immigration et ceux des autres élèves.

Des difficultés qui s’accumulent tout au long de la scolarité
Les écarts de résultats et de trajectoires scolaires des jeunes issus de l’immigration dépendent de plusieurs facteurs interdépendants : performances scolaires antérieures, orientation, origine sociale, caractéristiques des établissements, lieu de résidence, etc. Ils résultent ainsi d’un long processus cumulatif d’inégalités dans les apprentissages qui commence à l’école maternelle.

Du décrochage silencieux aux ruptures scolaires
En raison d’un environnement souvent moins favorable à l’apprentissage de la langue, un long processus de décrochage silencieux s’engage pour de nombreux enfants issus de l’immigration, dès le plus jeune âge. Ce retard dans l’acquisition de compétences linguistiques et d’apprentissage débute avant la scolarité élémentaire, notamment parce que ces jeunes sont moins nombreux à avoir été scolarisés au moins trois ans à l’école maternelle (82 % contre 96 % pour les autres enfants).
Cela se traduit par d’importants écarts de niveau dans les résultats aux épreuves nationales de sixième. Les élèves issus de familles immigrées accusent un retard de 10 points en français (46 sur 100 en moyenne contre 56 pour les autres élèves) et de 8 points en mathématiques (57 sur 100 en moyenne contre 65).

Le retard accumulé par ces jeunes avant l’entrée en sixième pèse aussi sur leur parcours au collège où seuls 56 % d’entre eux n’auront pas redoublé et auront obtenu leur brevet, contre 70 % pour les autres élèves.

Des difficultés que le milieu social n’explique que partiellement
Les résultats des tests PISA montrent qu’à l’âge de 15 ans les jeunes issus de l’immigration sont au moins deux fois plus susceptibles de figurer parmi les élèves en
difficulté. Lors de l’enquête de 2012, leur proportion parmi les élèves obtenant un score sous le niveau 2 en mathématiques (sur une échelle de 6) atteint 43 % en France (contre 22 % pour l’ensemble des élèves, et 23 % en moyenne dans les pays de l’OCDE). Ce constat confirme les résultats des évaluations nationales. Comment expliquer de tels écarts ? L’analyse des corrélations entre les performances aux tests PISA et les caractéristiques des élèves et des établissements apporte des éléments de réponse.

Les jeunes issus de l’immigration proviennent souvent de milieux défavorisés.
On estime qu’en France les trois quarts de ces jeunes appartiennent à une famille dont la personne responsable est ouvrière, employée de service ou inactive, contre seulement le tiers pour les jeunes qui n’ont pas de parents immigrés. Or, le milieu socioéconomique a un impact sur la performance scolaire beaucoup plus important en France que dans la plupart des autres pays de l’OCDE. En France, le fait d’appartenir à une catégorie sociale plus favorisée se traduit par une augmentation du score en mathématiques de 57 points, soit l’augmentation la plus marquée de tous les pays de l’OCDE (en 2012). En termes de durée de scolarité, cet écart est équivalent à près de deux années d’étude.

Mais l’analyse statistique montre que, même après prise en compte du milieu socioéconomique, les élèves issus de l’immigration en France obtiennent en moyenne des scores inférieurs de 37 points à ceux des autres élèves, soit presque l’équivalent d’une année d’études (contre 21 points en moyenne dans les pays de l’OCDE).

Une concentration des difficultés qui aggrave les inégalités scolaires
L’organisation du système éducatif français pèse également sur les parcours de ces enfants : la répartition des élèves issus de l’immigration dans les différents établissements en France est une des plus concentrées des pays de l’OCDE (graphique 1). Si la répartition de ces élèves était similaire à celle des autres jeunes, chaque quart des établissements en accueillerait 25 %. Dans la réalité, 70 % des élèves issus de l’immigration sont scolarisés dans le quart des établissements qui affichent la plus forte concentration de cette population. Ils représentent plus de 40 % de l’eff-ectif total de ces établissements, soit 10 points de plus que la moyenne de l’OCDE. En outre, un jeune issu de l’immigration sur deux (53 %) fréquente un des établissements présentant la plus forte concentration d’élèves dont la mère est peu instruite (non titulaire d’un diplôme de fin d’études secondaires).

Or la forte concentration des élèves issus de l’immigration dans les établissements a un impact négatif sur leurs performances, comme le montrent les tests de corrélation effectués à partir de PISA 2009 en compréhension de l’écrit (graphique 2). Les corrélations sont particulièrement importantes entre les performances de ces élèves et les désavantages des établissements (pourcentage des élèves issus d’un milieu social défavorisé mesuré ici par la concentration des élèves dont les mères sont peu instruites, qu’elles soient ou non issues de l’immigration).

Une orientation trop rarement choisie
Parmi les élèves issus de l’immigration entrés en sixième en 2007, seuls 47 % n’ont pas redoublé au collège et ont été orientés vers une seconde générale ou technologique, soit 11 points de pourcentage de moins que les élèves issus de familles non immigrées. L’orientation ne reflète pas systématiquement leurs choix, car ils sont davantage dirigés vers les filières professionnelles alors même que l’immigration obtiennent moins souvent leur diplôme (entre 32 % et 55 % selon la zone d’origine, voir plus haut) que les autres jeunes (64,2 %).

D’autre part, 38 % des jeunes issus de l’immigration qui poursuivent dans le supérieur n’obtiennent pas de diplôme en fin de formation24, contre 22 % pour les autres jeunes. Ainsi, 34 % des jeunes descendants d’immigrés qui sortent du système éducatif sont diplômés du supérieur, soit 8 points de pourcentage de moins que les autres jeunes (42 %). Les jeunes descendants d’immigrés originaires d’Europe ont
un meilleur taux de réussite (37 %).

Le texte du rapport Jeunes issus de l’immigration : quels
obstacles à leur insertion économique ?

 

Les discriminations freinent l’intégration économique en France des jeunes descendants d’immigrés, notamment originaires d’Afrique, aggravant des inégalités importantes, selon un rapport publié dimanche.

[...] Cette note du commissariat général à la stratégie et à la prospective (France Stratégie), placé auprès du Premier ministre, est publiée à quelques jours du Comité interministériel du 6 mars où un plan d’action contre les inégalités devrait être présenté

[...] En conclusion, le rapport rejette l’idée d’une "différenciation" du traitement en fonction de l’origine.

Mais "il semble légitime de réfléchir aux moyens de compléter les politiques de droit commun par des mesures particulières, en direction des quartiers de la politique de la ville d’une part, des descendants d’immigrés de l’autre", souligne le rapport.

Extrait de nouvelobs.com du 01.03.15 : Les discriminations freinent l’intégration économique des descendants d’immigrés

 

[...] Cette discrimination à l’embauche ne s’explique pas seulement par du racisme, mais aussi par le fait que ces jeunes dont les parents ne sont pas nés en France sont moins souvent diplômés – ou titulaires de diplômes moins prisés – que les autres. L’étude rappelle ainsi qu’« être descendant d’immigré africain – hors Maghreb – réduit d’un quart la chance d’être salarié de la fonction publique d’Etat ». Or ces recrutements procèdent d’un concours anonyme (hors les oraux) ; la couleur de la peau ne joue donc aucun rôle dans la principale phase de sélection.

Extrait de lemonde.fr du 02.03.15 : La maîtrise du français, facteur clé de l’insertion des enfants d’immigrés

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