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19/01 - Les grandes écoles descendent dans les ZEP

19 janvier 2005 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait de « L’Humanité » du 19.01.05 : les grandes écoles descendent dans les ZEP

« Tendre la main à ces jeunes et leur dire : cette école est aussi pour toi. » Ainsi Jean-Louis Borloo, ministre de la Cohésion sociale, définit-il l’objectif assigné à la charte de l’égalité des chances et des formations d’excellence. Tout aussi théâtral, François Fillon a, quant à lui, noté que l’initiative engagée « marque le refus du fatalisme social ». Quoi qu’il en soit, le texte cosigné hier entre les deux ministres et plusieurs partenaires de l’enseignement supérieur ouvre une nouvelle voie, à mi-chemin entre les politiques de discrimination positive et la « méritocratie républicaine », ainsi nommée par le ministre de l’Éducation.

L’accord cadre, qui implique également la conférence des présidents d’universités (CPU), la conférence des grandes écoles et la conférence des directeurs d’écoles et de formation d’ingénieurs, ambitionne de faciliter l’accès aux grandes écoles et au troisième cycle universitaire pour les jeunes issus milieux populaires. Pas question, toutefois, de remettre en cause le principe d’un concours d’entrée, ont précisé les deux ministres. La charte invite en revanche les établissements partenaires à mettre en place des dispositifs d’information et de parrainage à destination des lycéens des ZEP et autres ZUS. Il faut dire que le tableau est édifiant tant le brassage social est absent de ces filières. 75 % des élèves entrant en classes préparatoires ont au moins un de leurs parents qui bénéficie d’un statut de cadre ou de cadre supérieur. Le troisième cycle universitaire n’échappe pas à la règle : les enfants de pauvres y sont nettement sous-représentés. Au final, 72 % des jeunes sortant de ce type de formations sont issus des classes favorisées.

Un terrain bien balisé.

Tout type d’initiative est le bienvenu et pourra, si le projet tient la route, aboutir à un partenariat entre la grande école et l’État. Quoique le terrain soit déjà bien balisé. Ainsi, l’exemple développé par l’ESSEC est-il singulièrement mis en avant. Il s’adresse aux jeunes « de milieux modestes ou défavorisés », faisant preuve de « sens du travail et de volonté de réussir » et dont « le niveau scolaire est prometteur », que cette grande école de commerce s’engage à accompagner sur trois ans. Les lycéens concernés sont présentés par leur établissement et bénéficient d’un tutorat, lequel est assuré soit par un enseignant, soit par un étudiant de l’ESSEC. À raison de 100 heures en seconde et de 140 en première et en terminale, ils bénéficient d’un complément aux enseignements scolaires, sous forme d’ateliers spécialisés (expression orale, apprentissage des codes sociaux, aide personnalisée à l’orientation...) ou encore de visites au musée ou autre virées culturelles. Pour - l’ESSEC, le dessein est tout autant « d’accompagner les lycéens dont le milieu familial modeste empêche de se projeter dans un avenir de haut niveau » que de permettre à ses propres étudiants « de découvrir la grande diversité sociale de la société française à travers une expérience pédagogique innovante ». Ce dispositif concerne aujourd’hui.

75 lycéens.

La charte, elle, ne s’accompagne d’aucun objectif chiffré. « Cela ne servirait qu’à se donner bonne conscience », estime François Fillon. Combien de grandes écoles se lanceront-elles dans la démarche et à quelle hauteur s’y investiront-elles ? Nul ne peut donc répondre à la question. Quand bien même toutes le feraient (elles sont 87 en France), ce plan ne devrait pas toucher plus de 10 000 jeunes, qui devront, au préalable à tout soutien, se trouver déjà en situation de réussite scolaire.

Disproportion avec les universités.

Yannick Vallée, vice-président de la CPU, a par ailleurs relevé une disproportion avec les universités. Celles-ci accueillent 200 000 jeunes issus de milieux populaires. Dont 150 000 sont aujourd’hui en premier cycle. « La fracture scolaire ne sera jamais réduite si la nation n’investit pas sur ces étudiants-là. » Là est la limite du plan : pour élever quelques têtes, on en délaisse une large majorité.

Marie-Noëlle Bertrand

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