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Le rapport du Sénat (23) : les conclusions

6 mars 2007

Extraits du site du Sénat, le 05.02.07 : La rapport sur le nouveau pacte de solidarité pour les quartiers

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Les conclusions (2)

Partie « éducation » (suite)

B. ÉDUQUER ET FORMER : PRENDRE EN COMPTE L’ÉCOLE DANS SON ENVIRONNEMENT

2. Réduire le fossé entre l’école et le monde professionnel

a) Un système en décalage avec la demande de formation : réconcilier l’école avec sa mission d’insertion
Il ressort clairement des travaux de la mission, notamment du questionnaire adressé aux maires (68), que le défi de l’insertion professionnelle des jeunes est mal assumé par notre système de formation.

Or, les handicaps dans l’accès à l’emploi sont lourds : d’une part, 40 % des jeunes en ZUS sortent du système éducatif sans bagage (contre 17,7 % pour la moyenne nationale) (69) ; d’autre part, leur « employabilité », notamment celle des garçons, se heurte à des problèmes de « savoir être » : or, les emplois du tertiaire, notamment, requièrent désormais « des « qualités relationnelles » opposées à leur manière d’être. Ils en viennent progressivement à refuser le travail qui les refuse. » (70)

Par ailleurs, si 40 % des jeunes non qualifiés sont au chômage après trois ans de vie active, la possession d’un diplôme ou d’une qualification ne garantit pas forcément l’accès à un travail qui corresponde à sa formation et à ses attentes. Or, dans des quartiers touchés par un chômage massif, aussi bien les jeunes que les milieux professionnels aspirent, en priorité, à ce que les formations soient en adéquation avec les besoins du marché de l’emploi.

C’est pourquoi la mission considère que notre système de formation ne peut pas s’accorder le luxe d’orienter massivement des jeunes vers des filières dont on sait qu’elles n’offrent aucun débouché, parce qu’elles sont désuètes ou engorgées. La décote que subissent les jeunes diplômés en se présentant sur le marché du travail est ressentie brutalement : elle crée un sentiment de double relégation qui discrédite l’institution scolaire.
Ce paradoxe a des conséquences lourdes : en effet, les témoignages des entrepreneurs de zones franches urbaines (ZFU) recueillis par la mission à Marseille ou en Seine-Saint-Denis, confirmés par les statistiques du marché du travail (71), font état de très fortes difficultés de recrutement dans un grand nombre de métiers, dans les secteurs du bâtiment, de l’hôtellerie-restauration, de l’animation et de l’aide sociale..., désertés par les jeunes en formation (72).

Aussi, la mission suggère de développer, en lien avec les services de l’emploi et les régions, des parcours de formation permettant à des jeunes d’acquérir, notamment par la voie de l’alternance, et en priorité dans les secteurs confrontés à un déficit de compétences, une qualification diplômante avec insertion à la clé.
De façon plus générale, le monde professionnel est demandeur d’une meilleure collaboration avec l’Éducation nationale sur l’identification des besoins : ce travail de veille permettrait d’être plus réactif dans l’adaptation des formations et la régulation des flux d’entrée.

b) Améliorer les parcours d’orientation et la transition vers l’emploi

En parallèle, alors que de nombreux intervenants ont souligné devant la mission les difficultés des jeunes à se projeter vers l’avenir, il est nécessaire de leur proposer, le plus en amont possible, un accompagnement plus personnalisé pour les aider à bâtir un projet professionnel, permettant à chacun de trouver sa place et sa voie. Les problèmes d’affectation ou d’orientation « par défaut » sont en effet l’une des principales causes des abandons précoces de scolarité (73).

La « crise des banlieues » a marqué une première prise de conscience de cette exigence, puisqu’elle a été suivie de l’annonce -controversée- de la mise en place de l’« apprentissage junior » (74) : sans être réservé aux jeunes en difficulté, il offre une possibilité de mise en situation concrète dont beaucoup ont besoin pour se « raccrocher » aux études.

Autre mesure phare : la création d’un « schéma national de l’orientation et de l’insertion professionnelle », visant à renforcer les synergies entre les différentes structures impliquées et à mieux orienter les choix en fonction de la réalité des débouchés.

Au-delà, comme un proviseur l’a indiqué aux membres de la mission lors de son déplacement à Marseille, « il faut cesser de diaboliser le monde de l’entreprise » : l’école et l’entreprise ne doivent plus être deux mondes hermétiques l’un à l’autre.

Il s’agit, d’une part, de travailler sur les représentations, souvent déformées et lacunaires, que les jeunes ont du monde du travail, en favorisant le développement, dès le collège, de modules de sensibilisation aux exigences de la vie professionnelle, et en encourageant la mise en oeuvre de programmes de parrainages avec les entreprises et de stages.
D’autre part, dans le prolongement de l’option de « découverte professionnelle » mise en place à partir de la rentrée 2005 pour les élèves de troisième, il est nécessaire de combler le profond déficit d’information que les jeunes ont des filières, de la diversité et de la réalité des métiers, en améliorant la formation des professeurs principaux de collège et des personnels d’orientation (75), notamment au travers de stages pratiques.

En parallèle, la mission considère qu’il est impératif de casser l’image dévalorisée des filières professionnelles que le système éducatif contribue à entretenir, en orientant les élèves par échecs successifs et en évaluant le plus souvent les performances des établissements sur la base du taux d’orientation des élèves vers la voie générale. Ainsi, les formules « alternatives » (76) proposées au sein du collège « unique » sont vite devenues des filières de relégation pour « élèves à problèmes », contribuant à jeter le discrédit sur l’ensemble des formations professionnelles.

Afin de donner aux collèges les moyens de rendre ces formations plus attractives, en les dotant notamment d’équipements plus modernes, la mission suggère de leur affecter, de façon systématique, une part de taxe d’apprentissage, dès lors qu’ils disposent de telles filières ou de SEGPA (77).

En outre, l’Éducation nationale doit poursuivre ses efforts en vue d’améliorer la transparence des débouchés et des perspectives de carrière qu’offrent les différentes voies de formation, notamment professionnelles.

Il s’agit également, avec le concours des professionnels, de valoriser les micro-réussites et de faire prendre conscience, dès le plus jeune âge, des compétences intellectuelles et de la créativité que requièrent y compris les métiers que l’on qualifie de « manuels ». En effet, l’image négative que les jeunes ont de ces métiers, notamment dans le secteur de l’industrie, est liée au sentiment de « surplace » sociale qu’ils renvoient, notamment chez ceux qui sont issus de milieux ouvriers ; or, les préjugés sur la pénibilité des métiers ou leur faible niveau de rémunération ne sont pas -ou plus- toujours d’actualité.

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C’est ainsi en donnant aux équipes éducatives et aux acteurs de terrain des outils pour mieux s’adapter aux situations à la fois locales et individuelles, par des réponses de proximité, plus souples mais mieux évaluées, associant l’ensemble de ceux qui concourent à « élever » les enfants, que l’on pourra répondre de façon plus réactive et plus efficace aux signaux de détresse des jeunes, mais aussi des enseignants, qui s’avouent bien souvent désarmés.

L’école du quartier ne saurait entériner la fatalité de l’échec : c’est pourquoi il faut être à la fois plus exigeant à l’égard de l’acquisition des savoirs et savoir être de base, et plus lucides quant aux besoins de formation et aux priorités d’insertion, pour dépasser les blocages, ouvrir les horizons et « faire entrer ces quartiers dans la République », de façon durable.

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notes

* 68 De nombreux maires insistent sur la nécessité de mieux adapter les formations et de revaloriser le travail manuel : l’un d’eux suggère de mettre en place des « formations diplômantes effectives en adéquation avec les besoins économiques », de limiter les « diplômes dont le monde du travail n’a pas besoin (en tout cas dans les proportions actuelles) » et de « travailler sur les représentations jeunes/entreprises ».

* 69 Source : « Les oubliés de l’égalité des chances », Institut Montaigne, janvier 2004.

* 70 Entretien avec Gérard Mauger, La Lettre de la DIV, n° 92, mai 2004.

* 71 Voir annexe n° 9, Partie IV.

* 72 Voir par exemple annexe n°8 (Partie III : « La situation scolaire en Seine-Saint-Denis ») : on constate dans l’académie de Créteil une forte sous-utilisation -de l’ordre de 15 %- des capacités d’accueil dans les lycées professionnels, notamment dans le bâtiment et la construction (35 %).

* 73 Le taux d’interruptions prématurées de scolarité en fin de classe de 3ème concerne près de 10 % des jeunes en ZUS, soit près de trois points de plus qu’en dehors des ZUS.

* 74 Loi n° 2006-396 du 31 mars 2006 pour l’égalité des chances ; décret n° 2006-764 du 30 juin 2006 relatif à la formation d’apprenti junior.

* 75 Selon une enquête de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris de février 2005, les filières professionnelles et l’apprentissage sont méconnus par plus du tiers des enseignants.

* 76 Classes de 3ème technologique ou à projet professionnel, classes préapprentissage (CLIPA et CPA), dispositifs d’alternance en 4ème, modules de « découverte professionnelle », etc.

* 77 SEGPA : section d’enseignement général et professionnel adapté.

Suite et fin demain : les propositions

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