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J.-M. Blanquer fait de la réforme du collège l’un des trois axes du projet éducatif d’Emmanuel Macron (Le Café)

1er mars

Blanquer met la réforme du collège au programme de la présidentielle
"Nous devons travailler davantage sur la question du collège". Après la députée LREM AC Lang, JM Blanquer évoque lui aussi une réforme du collège pour le prochain quinquennat. Il n’est pas le seul. V. Pécresse veut elle aussi réformer le collège. C’est l’avenir du collège unique qui est à nouveau en jeu en 2022. Pourquoi ?

De Blanquer à AC Lang...

"Le système éducatif peut se transformer en 10 ans. Pendant ces 5 ans il y a eu la transformation du primaire et du lycée. Nous devons travailler davantage sur la question du collège". Interrogé sur le programme éducatif du candidat Macron le 26 février sur Europe 1, JM Blanquer a cité trois axes : réformer le collège, "faire évoluer" la maternelle et revoir "l’organisation du système éducatif".

Ainsi JM Blanquer rebondit sur les propositions de la députée LREM AC Lang, un de ses relais au Parlement. Dans une tribune, co signée par 8 autres députés LREM ou Modem, publiée par Le Monde, AC Lang a développé le projet d’une réforme intégrale du collège.

Elle relace l’idée "d’école du socle", qui était présente dans la loi sur l’école de la confiance mais n’a pu aboutir. Pour AC Lang un seul corps enseignant interviendrait dans cette école du socle associant collège et école élémentaire. Ces professeurs seraient totalement polyvalents et les disciplines regroupées par poles. AC Lang évoque des écoles dotées d’une large autonomie sur le plan pédagogique, le chef d’établissement, si on comprend bien à la fois directeur d’école et principal, adaptant les programmes nationaux "au niveau" des élèves.

Et l’Institut Montaigne

Des propositions qui rejoignent celles de l’Institut Montaigne. Dans un rapport publié en aout 2021, ce think tank proche de LREM appelle à réformer le collège lors du prochain quinquennat. Il demande la fin du collège unique et "la diversification des enseignements au collège avec potentiellement une première spécialisation"

"On voit bien les économies que pourraient représenter de telles mesures en entraînant une diminution de facto du nombre d’enseignants dans les collèges", répliquait le Se Unsa. " En baissant le nombre d’élèves par classe, en offrant un équipement de qualité et en nombre suffisant sur tout le territoire, en intégrant des temps de concertation sur temps de service, en favorisant les formations interdegrés entre autre, le collège unique pourrait gagner en efficacité et répondre positivement aux critiques qui lui sont adressées sans qu’il y ait besoin de tout bouleverser", déclarait le syndicat. Il relevait aussi que le ministre Blanquer a justement sabré les heures d’accompagnement. Quant à Paul Devin, ancien secrétaire général du Snpi Fsu, il souligne que "l ’affirmation de liens nécessaires entre les disciplines ne peut donc être résolue par une polyvalence enseignante qui prendrait le risque d’un appauvrissement ou d’une approximation des contenus enseignés."

Pécresse : des filières dès la 6ème

Mettre fin au collège unique est aussi porté par Valérie Pécresse. Pour elle c’est plus clair : "ce sera le collège pour tous mais pas le même collège". La candidate LR veut créer une filière spéciale dès la 6ème pour les élèves de niveau faible qu’elle assimile aux perturbateurs. Elle propose des établissements publics sous contrat, maitres de leur programme, recrutant et évaluant leurs enseignants, à l’image des charter schools américaines et des academies britanniques.

Il y a donc une certaine convergence entre ce qui pourrait devenir le programme du bientôt candidat Macron et celui des Républicains. Dans les deux camps on veut en finir avec le collège unique.

Une question jamais résolue

C’est un vieil objectif. La France a longtemps connu deux systèmes d’enseignement différents pour son premier cycle du second degré avec les lycées, qui scolarisaient les enfants de la bourgeoisie dès la 6ème, et le primaire supérieur pour les enfants du peuple. Ce système pèse encore sur les représentations par exemple quand on AC Lang parle de "travaux manuels" pour les collégiens et d’un corps unique d’enseignants.

En 2006, JP Delahaye avait posé les termes de la question dans un entretien donné au Café pédagogique. "On ne construit pas une société de citoyens libres, égaux et fraternels en séparant les enfants et adolescents dès le milieu de la scolarité obligatoire dans des filières précocement distinctes, étanches et socialement marquées. Si on refuse l’hétérogénéité au collège, on ne peut pas ensuite se plaindre de la montée du communautarisme et du creusement de la fracture sociale", nous disait-il en des termes qui font écho aujourd’hui.

Mais c’était pour ajouter : "Ce qui fait problème au collège, c’est qu’on a trop souvent confondu « unique » et « uniforme ». Hétérogénéité et uniformité sont incompatibles, et c’est leur télescopage qui n’est plus supporté à juste titre par les enseignants et les parents. Rassembler au même endroit tous les jeunes adolescents dans des classes hétérogènes n’est possible que si l’on met en place de façon réaliste, comme l’avaient d’ailleurs imaginé les fondateurs de 1975, dans le prolongement du projet de Jean Zay et du Plan Langevin-Wallon, un tronc commun et non un collège unique uniforme. L’idée de tronc commun suppose une base et donc une culture commune suffisamment large et solide (c’est l’idée de socle commun) pour construire une société dans laquelle on puisse s’épanouir et vivre ensemble, mais elle inclut aussi l’idée de branches multiples et diversifiées se nourrissant de ce tronc commun et proposant, à partir de celui-ci, des parcours différenciés d’égale dignité à des élèves différents".

Depuis 2006 pas grand chose a été fait pour résoudre cette équation. La question est reprise maintenant avec l’objectif de réaliser des économies , de mettre au pas le premier degré en "secondarisant" ses directions et surtout d’augmenter la ségrégation scolaire en créant dès la 6ème des filières différentes.

François Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 01.03.22

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