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La bosse des maths n’existe pas. Rétablir l’égalité des chances dans les matières scientifiques, par Clémence Perronnet, Autrement, 15 sept. 2021 (ToutEduc)

17 septembre Version imprimable de cet article Version imprimable

La bosse des maths n’existe pas
Rétablir l’égalité des chances dans les matières scientifiques

Clémence Perronnet
Autrement, sept. 2021, coll. Essais
272 pages - 136 x 210 mm Broché EAN : 9782746755734 ISBN : 9782746755734
19,00€

Réputées plus égalitaires que les matières littéraires, les disciplines scientifiques sont celles dont on attend qu’elles rétablissent l’égalité des chances entre les enfants, sans considération de leur bagage culturel ou de leur milieu social. Pourtant les filles, bonnes élèves à l’école, disparaissent des filières scientifiques à mesure qu’elles progressent dans leurs études. Valable aussi pour les jeunes issus des classes populaires ou des minorités ethno-racisées, ce constat appelle une réflexion sans fard sur la place des sciences dans notre système scolaire et dans notre société – sous peine d’en faire, avec la meilleure volonté qui soit, un vecteur de discrimination plus injuste encore.
Effet Pygmalion, autodépréciation, prophéties autoréalisatrices, menace du stéréotype : cet essai documenté explore comment, loin de la neutralité sociale qu’on leur prête, les sciences attisent les inégalités dans le cercle scolaire aussi bien que familial, mettant en jeu nos représentations à tous les niveaux. Au gré de cette enquête passionnante, l’autrice met au jour des initiatives déjà en place ou à encourager, pour avancer sur le chemin d’une égalité réelle dans le monde des sciences.

Extrait de autrement du 15.09.21

 

Les disciplines scientifiques, loin d’être neutres et égalitaires (ouvrage)

“Au bout du compte, l’égalité devant les sciences est un choix politique“, conclut Clémence Perronet au terme de son livre “La bosse des maths n’existe pas“. Soucieuse de documenter, d’expliquer les ressorts ainsi que les contextes qui favorisent le goût des élèves pour les matières scientifiques, la sociologue pose la question des sciences que souhaite la société, celles de la performance et de la compétitivité, celles qui participe à la construction du mythe de la figure du génie ou encore celles de l’excellence à tout prix.

Au départ, il y a ce constat fort, “les jeunes Françaises et Français sont nuls en mathématiques et pas bien meilleurs en sciences“, induit par l’édition de 2020 de l’enquête TIMMS sur les performances des élèves de CM1 et de 4ème. Ce qui, potentiellement, pourrait être problématique dans un pays qui ambitionne d’être toujours plus compétitif sur l’échiquier des économies mondiales grâce à ses innovations scientifiques, mais qui n’est en fait pas nouveau. “Depuis les années 90, analyse en effet l’auteure, plusieurs rapports remis au ministre de l’Education nationale s’inquiètent de la ‘désaffection pour les sciences‘ qui accompagnerait la chute des performances scolaires.“ Et même si dans les faits la crise des vocations n’a pas eu lieu, Clémence Perronet assure que “régulièrement le désintérêt supposé et les faibles performances des jeunes en sciences sont associés à un ‘déficit d’image‘ des domaines scientifiques.“

Ainsi les sciences seraient trop élitistes, trop rébarbatives ou trop peu épanouissantes. Et, autre source d’inquiétude, une très faible diversité de profils, constitués en grande masse d’hommes (blanc), de classes moyennes et favorisées. Un postulat allant à l’encontre de l’idée de neutralité sociale des sciences. La sociologue explique : “les enquêtes PISA montrent qu’en France, l’intensité de la relation entre la performance en mathématiques et le milieu socio-économique des élèves est l’une des plus marquées dans l’OCDE. (…). Le fait de s’investir ou non dans les sciences tient prioritairement au goût, à l’intérêt et à la confiance en soi et en ses capacités. (…) Les représentations des sciences excluantes pour les filles et les jeunes issus des classes populaires ou des populations dominées n’appartiennent pas qu’au passé. (..) Aujourd’hui encore, le constat est clair : pour tout une partie de la population, les sciences sont toujours hors de portée.“

Le goût pour les sciences, en tant que matière ou comme loisir, serait d’abord une affaire de construction familiale (influence verticale des parents, horizontale des frères et sœurs et autres membres). Se retrouveraient ensuite les effets des contextes scolaires, avec l’école fréquentée qui “influence peu la réussite des élèves en termes d’acquisition de connaissances, mais à partir du collège l’établissement a un impact important sur l’orientation.“ Et l’école peut donner le goût des sciences, “c’est en faisant des expériences en classe que nombre d’enfants se mettent à apprécier les sciences : le fait de tester, de manipuler et d’agir compte beaucoup.“ Cependant, “l’étude internationale TIMMS a établi qu’en CM1, les élèves français suivent 47 heures d’enseignements scientifiques par an en moyenne contre les 72 heures prévues dans les programmes, et alors que la moyenne internationale est de 73 heures“, souligne Clémence Perronet. En conséquence, “Entre le CM2 et la 5ème, le rapport des enfants aux sciences se transforme. Globalement, les loisirs liés aux sciences sont en baisse et les profils se polarisent. Une minorité d’enfants renforcent leur culture scientifique tandis que les pratiques des autres s’amenuisent progressivement“ indique l’auteure. Elle estime que l’association des sciences à l’intelligence et la réussite scolaire sont des obstacles qui pérennisent un certain désamour pour les sciences, et “parce que les sciences sont si étroitement associées à l’école, les enfants pour qui celle-ci devient source de préoccupations, de souffrance ou d’illégitimité vont les rejeter en même temps que le monde scolaire.“

Après avoir entre autres étudié les “exclus“ des sciences, les rapports entre les sciences et la religion ou encore différentes représentations du scientifique (son image, son caractère..), Clémence Perronet expose son souhait d’agir pour l’égalité, notamment à travers la production de représentations diversifiées.

Clémence Perronet, La bosse des maths n’existe pas, éditions Autrement, 270p, 19€.

Extrait de touteduc.fr du 14.09.21

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