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"La France vue d’en haut [...] par une grande partie de la presse, des partis politiques et plus largement des cadres supérieurs" (Observatoire des inégalités)

28 avril Version imprimable de cet article Version imprimable

La France vue d’en haut
Le décalage est immense entre la façon dont vit la majorité des Français et la manière dont ils sont « vus d’en haut » par une grande partie de la presse, des partis politiques et plus largement des cadres supérieurs. Essayons d’en comprendre les fondements. Le point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

[...] Cette situation débouche sur des tensions sociales de plus en plus vives, pourtant, derrière le brouhaha des discours polarisés, persiste une communauté de valeurs très forte autour de la devise de la République « Liberté, Égalité, Fraternité ». La plus grande part des habitants n’attend pas de « révolution », de bouleversement radical du système politique, économique et social dans lequel ils vivent. C’est pour cela que la gauche radicale n’arrive pas à rassembler. Pour l’immense majorité par exemple, « l’anticapitalisme » est un concept incompréhensible comme un grand nombre de formules, parmi lesquelles on peut ranger le revenu « universel » [3].

L’ordre et l’autorité ont le vent en poupe, notamment auprès de populations fragilisées : quoi de plus normal que de revendiquer des protections après quarante années de montée de la précarité au quotidien ? Mais la mise en œuvre d’un ordre sécuritaire qui consiste à matraquer de plus en plus fort les manifestants et à contrôler de manière aveugle les jeunes – surtout noirs et arabes – des cités ne règle rien du tout, au contraire cela ne fait qu’attiser les tensions. Ce besoin de sécurité s’applique aussi dans l’emploi, dans les parcours scolaires, face à la santé : c’est d’abord l’insécurité sociale qui frappe les milieux populaires... La revendication de règles du jeu mieux fixées n’empêche pas de vouloir des changements concrets, davantage de respect et d’égalité.

C’est peut-être de la jeunesse populaire fragilisée par le chômage, souvent déclassée, que viendront demain des changements. Ballotée de stages en périodes de chômage ou en petit boulots mal payés, elle est fatiguée d’un monde qui ne lui donne même pas droit à un minimum social. Elle pourrait demain s’emparer des discours individualistes et les retourner à son profit, comme le disent bien certains de ses représentants, qu’ils écoutent bien plus que les clubs de pensée parisiens [4]. « J’avance, je ne laisserai personne me freiner. Je vais tout tenter au risque de me tromper. Quand on n’a rien dans les poches, On s’en fout, on s’accroche. Pas le temps de pioncer, j’ai besoin de foncer, j’ai besoin de foncer », chante par exemple Isleym (Accélère, feat. Orelsan, 2019). Une douce musique qui pourrait finir par donner des idées. Pour le meilleur, comme pour le pire, si on continue à ne pas l’écouter.

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. Il vient de publier Encore plus. Enquête sur ces privilégiés qui n’en ont jamais assez aux éditions Plon.

Extrait de inegalites.fr du 27.04.21

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