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L’enseignement professionnel entre promotion et relégation Une approche sociologique, par Laure Minassian, Louvain-la-Neuve : Academia/L’Harmattan, 2021 (ToutEduc)

19 avril Version imprimable de cet article Version imprimable

L’enseignement professionnel entre promotion et relégation
Ue approche sociologique

Laure Minassian
Louvain-la-Neuve [Belgique] : Academia/L’Harmattan, 2021, 200 p.
Collection : Les Sciences de l’éducation aujourd’hui

Soupçonnons-nous toutes les facettes de l’enseignement professionnel ? Quelle est son histoire en France, en Europe et au Québec ? Qu’apprennent les élèves et que deviennent-ils ? Par une approche ouverte aux comparaisons internationales jusqu’aux réalités concrètes des élèves, l’ouvrage discute cet enseignement sous l’angle des inégalités. Il comprend un état des lieux clair et concis de la recherche, ainsi qu’une série d’enquêtes de l’auteure sur les apprentissages en classe, le choix du stage, le devenir des élèves. Les analyses reposent sur une comparaison entre les lycéens professionnels et les apprentis, pris entre relégation et promotion. L’ouvrage est construit afin que les lecteurs puissent porter l’attention sur l’un ou l’autre des chapitres proposés selon leurs besoins, qu’ils soient étudiants, formateurs, enseignants-chercheurs ou plus largement impliqués et/ou intéressés par l’enseignement professionnel. (4ème de couv.)

Extrait de editions-harmattan.fr

 

Décrié ou valorisé.. de la complexité de l’enseignement professionnel (ouvrage)

Alors que l’enseignement professionnel, et plus spécifiquement le bac pro, a pu ouvrir l’horizon d’élèves souvent d’origines populaires vers l’enseignement supérieur, la réforme Blanquer (du lycée 2018-2019) qui “renforce le lien avec la sphère socio-économique et réduit le nombre d’heures de l’enseignement général“ semble “marquer le pas d’une tendance à la poursuite d’études, avec parfois ses échecs et ses désillusions", estime la sociologue Laure Minassian dans son dernier ouvrage. Elle ajoute que “la même tendance est observable dans l’apprentissage avec la loi ‘Choisir son avenir professionnel‘ entrée en vigueur à la rentrée 2020-2021“.

Et de préciser : “En France, l’enseignement professionnel n’est pas né d’un projet politique fortement structuré", mais de "l’enchaînement de conjonctures paradoxales“, il a subi de nombreuses transformations, et s’est “peu à peu calqué sur l’enseignement général et technique par l’alignement des diplômes délivrés“.

“Espace complexe et évolutif“, en somme, l’enseignement professionnel est un sujet d’étude difficile car il comporte de nombreuses facettes et se trouve “coincé entre promotion et relégation“. Difficile à traiter en effet, car il regroupe à la fois apprentissage (formation initiale), centres de formation des entreprises (formation des trois réseaux consulaires), enseignement supérieur... avec des discours qui montrent l’hétérogénéité des situations, des publics, et donc des résultats.

Pour le bac pro, par exemple, l’auteure évoque un “succès incontestable“, avec 1/3 des bacheliers actuels provenant de la filière, notamment grâce à la réforme de 2007 “portant la préparation du diplôme, d’abord pensé en quatre ans, à trois ans“. Pourtant, la “massification de la filière professionnelle s’accompagne de discours sur le déclin de la valeur de diplômes de plus en plus accessibles“, avec des employeurs pour qui cet enseignement est “déprécié, car il ne prépare pas directement ses publics à la vie active“ ou des enseignants du 2nd degré qui y voient une filière “destinée aux élèves inadaptés aux demandes de l’enseignement général“.

L’auteure promet ainsi une “déconstruction“ de ces discours “généralement bien ancrés sur le thème du déclin“, mais qui nécessitent d’étudier aussi bien les “espaces de respiration“ offerts que les “formes de ségrégation“ auxquelles participe cet enseignement. Elle reprend l’exemple du bac pro et pose la question de la formation au métier. Un élément supposément délaissé par les sociologues car l’enseignement professionnel “n’est ni tout à fait l’école, ni tout à fait du travail, mais une scolarisation des savoirs professionnels et une déscolarisation des savoirs scolaires". Peut être "parce que les outils pour ce type d’analyse restent à construire“.

“De la forme scolaro-technique à la forme pratico-scolaire“. En étudiant les savoirs présentés, en écoutant de l’intérieur le discours des enseignants, l’auteure permet de comprendre avec précision les enjeux que révèlent les interactions en lycée professionnel et en apprentissage. Dans la première forme, “les savoirs présentés visent à déconstruire les habitudes de travail pour les interroger et proposer des hypothèses explicatives basées sur la science appliquée“, en précisant que le terme “technique“ s’entend dans l’idée d’une culture technique émancipatrice. La deuxième forme “emprunte d’abord au réel du travail avant l’école“, ici l’enseignement cherche l’efficacité, il est “orienté vers des préoccupations fonctionnelles de métier“.

Ainsi, via ces exemples d’enseignements ou encore au regard du devenir des élèves, Laure Minassian éclaire le rôle de l’enseignement professionnel (notamment historique, par exemple avec la loi Astier en 1919) et sa place dans le système éducatif, avec notamment l’appui de comparaisons internationales pour essayer de répondre à la question : que deviendra l’enseignement professionnel demain ?

Laure Minassian, L’enseignement professionnel entre promotion et relégation, Editions Academia, 20 €

Extrait de touteduc.fr du 19..04.21

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