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Egalité des chances, élitisme et création des prépas "Talents", une tribune de François Dubet dans Le Monde

22 février Version imprimable de cet article Version imprimable

« L’égalité des chances exige d’abord de savoir ce que nous offrons aux vaincus de la compétition méritocratique »
TRIBUNE
François Dubet
sociologue

Pour lutter contre les inégalités, l’accès aux grandes écoles des meilleurs élèves des établissements les moins favorisés n’est pas suffisant, estime, dans une tribune au « Monde », le sociologue François Dubet, pour qui la réduction des inégalités sociales reste le moyen le plus sûr de parvenir à une réelle égalité des chances.

Tribune. Ce qu’il y a de bien avec l’égalité des chances, c’est que personne n’est contre. Il va de soi que dans les sociétés démocratiques, chacun doit pouvoir accéder à toutes les positions sociales en fonction de son mérite et de sa valeur. Rien n’est plus injuste que d’être « assigné à résidence » par ses origines sociales et culturelles, par son sexe, par son quartier… Et ceci est d’autant plus injuste que beaucoup peuvent renoncer à leurs chances en anticipant le poids de la naissance comme un destin.

L’égalité des chances est donc une « priorité du quinquennat », et il n’y a rien à redire à la création des prépas « Talents » qui permettront aux meilleurs élèves des établissements les moins favorisés de prétendre rejoindre l’élite de l’élite puisque quelques places leur seront réservées à l’Ecole nationale d’administration (ENA) et dans d’autres grandes écoles.

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On peut même se réjouir du renforcement d’une affirmative action à la française déjà déployée dans les conventions entre certaines grandes écoles et des lycées, conventions et procédures permettant à quelques élèves méritants de franchir quelques barrières sociales et scolaires. Ne faisons pas la fine bouche quand on sait à quel point, en dépit de la massification scolaire, les longs mécanismes de tri scolaire aboutissent à un entre-soi social, culturel et… parisien.

Tropisme élitiste national
Mais l’égalité des chances telle qu’elle est promue par le président reste rivée sur le seul accès aux élites. Tropisme élitiste national, on raisonne sur quelques grandes écoles et, dans le meilleur des cas, l’égalité des chances ne concernera que quelques centaines d’élèves et quelques pour-cent dans chaque école. Un peu plus représentatives de la société, ces élites en seraient alors plus légitimes. Cependant, il n’est pas certain que ces nouvelles élites se conduiraient différemment des anciennes après avoir été si longuement triées et formatées pour accéder au saint des saints. Il n’est pas certain que la défiance et l’hostilité rampante à l’égard des « sachants », des élites et des gouvernants, en seraient sensiblement réduites.

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Pendant que nous agissons contre la clôture sociale, culturelle et parfois sexuelle, du recrutement de l’ENA, de Sciences Po et de quelques grandes écoles, des inégalités scolaires bien plus lourdes nous laissent relativement indifférents.

Depuis plus de vingt ans, toutes les comparaisons internationales nous apprennent que l’école française est non seulement inégalitaire, mais qu’elle accentue l’impact des inégalités sociales. Elle creuse les écarts entre les classes sociales, et ceci dès le départ. L’enquête TIMSS de décembre 2020 montre que le niveau des élèves français en sciences et en mathématiques est le plus faible d’Europe, et que ce niveau baisse régulièrement. Mais après un bref moment d’inquiétude et d’indignation, nous tournons de nouveau le regard vers le seul recrutement des élites, comme si l’avenir du pays se jouait là bien plus que dans les inégalités scolaires « banales » qui finissent par aller de soi. [...]

Extrait de lemonde.fr du 21.02.21

 

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