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Un questionnaire de la Depp sur le comportement des élèves de trois ans suscite des réactions et des questions (Le Café)

22 janvier Version imprimable de cet article Version imprimable

Panel PS 21 : Le Café pédagogique demande la fiche registre de l’enquête
Comment seront traitées les données recueillies sur les enfants et leurs familles dans le cadre de l’enquête Panel PS 21 ? Le Café pédagogique a révélé le 21 janvier l’existence de cette enquête ministérielle qui repose sur une évaluation comportementaliste et peu objective d’enfants de 3 ans ainsi que sur le recueil d’informations sur les familles et "leurs aspirations". S’agissant de données qui vont être utilisées jusqu’à la sortie des élèves du système scolaire, il nous parait important de savoir comment elles seront utilisées et comment les familles peuvent y avoir accès. C’est pourquoi nous avons demandé le 21 janvier au ministère la transmission de la fiche registre de l’enquête et de l’étude d’impact qui a été réalisée (l’enquête concerne 35 000 enfants).

Extrait de cafepedagogique.net du 22.01.21

 

Exclusif : Agité, répondeur, désordonné, rebelle : Le drôle de questionnaire du ministère pour les 3 ans
"Répond mal à l’adulte". "Est agité". "Range n’importe comment". "Coupe la parole". Ces mentions sont extraites d’un questionnaire destiné aux élèves des petites sections de maternelle. Réalisée par la Depp, cette enquête va concerner 35 000 enfants qui seront suivis tout au long de leur scolarité. Mais que poursuit donc le ministère avec ces fiches d’observations qui rappellent de mauvais souvenirs ?

Comportementaliste et subjectif

Etalée sur plusieurs pages, la "grille d’observation élève" propose une vingtaine de questions par page, toutes relatives au comportement de l’enfant. L’enseignant doit cocher des cases pour dire si l’enfant se comporte ainsi souvent, parfois ou jamais. Le livret est nominatif et les données vont suivre l’élève jusqu’à sa sortie de l’éducation nationale.

Les questions posées sont comportementalistes et subjectives. On demande si l’enfant "répond mal à l’adulte". S’il "réagit de façon excessive". S’il "refuse de rentrer dans l’activité". S’il "ne réfléchit pas avant d’agir". S’il perd des vêtements. S’il "coupe la parole". S’il "a des accès de colère". On imagine les petites croix s’accumuler et un expert comportementaliste dessiner un profil permettant de classer l’enfant dans une catégorie.

35 000 enfants mis en fiches

Le nouveau questionnaire sera proposé par la Depp de janvier à mars à 35 000 élèves de 1700 classes de petite section de maternelle, c’est à dire âgés de 3 ans. Ces enfants seront ensuite suivis tout au long de leur scolarité. C’est le "panel 21" qui fait suite aux panels 2007 et 2011 de la Depp.

L’enquête remplie par le professeur sera complétée par une interrogation des parents sur la situation familiale, l’implication des parents dans les études de l’enfant. Pour la Depp, "il s’agit d’une opération statistique comme les autres panels" dont les questionnaires sont en test. "Nous avons choisi de commencer le nouveau panel en maternelle car désormais l’instruction est obligatoire à 3 ans et on voit bien que par exemple les inégalités sociales sont déjà très fortes en termes scolaires en début de CP et c’est donc très important de suivre des parcours dès l’entrée en maternelle", nous dit la Depp. Le panel est décrit sur le site du ministère qui se garde bien de révéler la réalité des questionnaires.

A quoi ça sert ?

On s’interroge sur l’objectivité du questionnaire et ses finalités. Vouloir ainsi caractériser le comportement d’un enfant de 3 ans suppose qu’il y a un enfant modèle qui sert de référence. On aimerait le connaitre ! Car tous les enfants répondent, ne rangent pas leurs affaires etc. u jour ou l’autre. On aimerait aussi connaitre le baromètre qui définit l’écart entre le souvent et le parfois. En fait dans cette enquête on navigue dans une subjectivité totale. On s’interroge aussi sur l’intérêt et la finalité de tout cet appareil. Entend on définir des groupes d’enfants "menteurs" ou "agités" pour voir ce qu’ils deviennent ? Des familles qui ne s’occupent pas "bien" de leurs enfants ? Dont les "aspirations" sont pas conformes ? Car ces étiquettes vont suivre l’enfant et sa famille. Ils seront marqués par ces mentions et aussi blessés par elles. On se demande aussi quel enseignant acceptera de caractériser ainsi définitivement un enfant de 3 ans à coup de petites croix.

Un précédent

Ce questionnaire a eu des précédents. En 2005, un groupe d’experts de l’Inserm avait défini une nouvelle maladie, le "trouble des conduites" dont les symptomes étaient l’opposition, le mensonge ou même l’absence de timidité. "Dans l’intérêt des enfants" ils recommandaient un dépistage dès 3 ans réalisé par les enseignants, sensibilisés à leurs travaux, pour une intervention très précoce sur les enfants. A l’époque le questionnaire Inserm a fait scandale et le groupe de pédopsychiatres qui étaient derrière ce projet n’a pu aller au bout.

François Jarraud

Le panel 2021

L’enquête de 2005

Extrait de cafepedagogque.net du 21.01.21

 

Un questionnaire sur les enfants de trois ans pose questions (le Café pédagogique, la DEPP, un avis d’expert)
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Notre confrère du Café pédagogique publie, ce 21 janvier, certains items d’un questionnaire de la DEPP (le service statistique de l’Education nationale) relatifs au comportement des enfants de 3 ans : "Répond mal à l’adulte". "Est agité". "Range n’importe comment". "Coupe la parole". Il précise que "cette enquête va concerner 35 000 enfants qui seront suivis tout au long de leur scolarité. Ces questions sont, ajoute F. Jarraud, "comportementalistes et subjectives". Il s’interroge "sur l’intérêt et la finalité de tout cet appareil" et s’inquiète de voir "ces étiquettes suivre l’enfant et sa famille". Il fait le lien avec l’enquête lancée en 2005 par l’INSERM sur le "trouble des conduites" qui avait fait scandale (et provoqué l’opposition du collectif "zéro de conduite", ndlr).

Selon la DEPP, il s’agit de la constitution d’un nouveau panel pour une enquête de "suivi longitudinal d’élèves du début à la fin de la scolarité". Ce dispositif "sera soumis au comité du label statistique et fera l’objet d’une déclaration RGPD (...). Comme toute opération statistique menée par la DEPP, une phase d’expérimentation est menée en préalable. Cette phase se déroule au premier semestre 2021. Elle concerne un échantillon réduit et consiste en l’expérimentation de grilles d’observation des élèves, du module d’activités langagières et de questionnaires auprès des enseignants. Cette phase, essentielle, doit permettre de s’assurer de la pertinence et de la qualité des questionnaires, de l’adaptation de la durée aux contraintes de la classe, et de recueillir l’avis des acteurs concernés."

Interrogé par ToutEduc, Jean-Pierre Bellier, inspecteur général honoraire à l’origine de la création du corps des psychologues de l’Education nationale, regrette que l’absence d’explication du contexte conduise à une "interprétation erronée" de la démarche scientifique de la DEPP. "Il s’agit de mesurer les fonctions exécutives en contexte scolaire. Certains enfants n’ont pas toujours été en situation de pouvoir acquérir et intérioriser une motivation écolière standard, d’apprendre à tourner sept fois leur langue dans leur bouche avant de parler, de rester assis etc… bref tout ce qui est de l’ordre du conatif. Et bien sûr, ce sont le plus souvent des enfants des milieux les plus populaires qui en sont les premières victimes. Selon les informations dont je dispose, c’est une dimension que des chercheurs du laboratoire de Grégoire Borst et d’Olivier Houdé ont demandé à la DEPP d’inclure dans son questionnaire, pour évaluer le rôle des fonctions exécutives et de régulation des comportements et des émotions dans le devenir des élèves. C’est une bonne chose alors que l’accent est trop souvent mis, dans la période actuelle, sur le cognitif pur, comme si tous les enfants, quelles que soient leurs histoires de vie, avaient envie d’apprendre et étaient immédiatement en situation de le faire. Mais ces chercheurs n’ont pas participé directement à la formulation de ces items, ni sur la présentation des enjeux qu’ils recouvrent. Je comprends donc qu’en l’état, le questionnaire provoque des réactions indignées."

Le site du Café pédagogique ici

le site de la DEPP ici

Extrait de touteduc.fr du 21.01.21

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