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Laïcité : des tribunes de mouvements d’éducation populaire, de Jean Baubérot et un essai de Vincent Peillon

15 décembre 2020 Version imprimable de cet article Version imprimable

Tribune – Pour l’éducation populaire, la laïcité n’est pas un catéchisme

Philippe Meirieu a écrit une tribune publiée dans le Monde ce dimanche 13 décembre. Le Cnajep est signataire aux côtés de plusieurs mouvements et associations :
Au moment où notre pays célèbre le 115e anniversaire de la loi de 1905, les mouvements d’éducation populaire qui agissent au quotidien dans le cadre d’activités scolaires et périscolaires, mais aussi dans les domaines culturels, sociaux et de loisirs, mobilisant plus de six millions de bénévoles au service de notre jeunesse, veulent prendre pleinement leur part dans un combat citoyen plus que jamais nécessaire.

Pour eux, la laïcité est indissociable d’une éducation à la liberté. L’enseigner sans questionnement serait profondément contradictoire avec les principes fondamentaux de la République que Ferdinand Buisson rappelait solennellement lors d’une intervention à la Chambre des députés, en 1910 : « C’est la nouveauté du régime scolaire républicain qu’il ne comporte pas de catéchisme laïque. »

N’oublions pas, en effet, que les mouvements d’éducation populaire sont, tout à la fois, les héritiers de Condorcet et de Jules Ferry, de Jean Macé, militant d’une démocratisation authentique de la culture, mais aussi du Front populaire et de Jean Zay, qui portèrent le projet le plus ambitieux pour notre jeunesse de tout le XXe siècle…

Des valeurs ne peuvent pas être inculquées au forceps
Associés à toutes les luttes fondatrices pour nos libertés et pour une société plus solidaire, ces mouvements d’éducation populaire savent à quel point la laïcité est précieuse pour la société française. C’est elle qui garantit la liberté de culte ; c’est elle qui assure la nécessaire séparation entre les espaces privés et les institutions publiques ; c’est elle qui contribue à promouvoir l’égalité effective entre les hommes et les femmes ; c’est elle qui permet, enfin, que les religions ne viennent pas compromettre l’élaboration ou mettre à mal les lois élaborées légitimement par les humains dans le cadre de débats démocratiques.

Et c’est parce qu’ils sont profondément attachés à la laïcité que les mouvements d’éducation populaire ne veulent pas l’enseigner comme un catéchisme. Ils savent que si notre société doit veiller à l’application rigoureuse de ses lois, elle doit aussi former ses citoyens à l’intelligence des principes qui les inspirent. L’obéissance aveugle à des règles peut, un temps, faire illusion et laisser croire à un semblant de paix sociale, elle ne saurait longtemps faire illusion.

C’est pourquoi une République soucieuse de la construction du commun par des pratiques démocratiques se doit d’accompagner ses membres – et, tout particulièrement, ses jeunes – dans une démarche de construction des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et du principe de laïcité. Ces valeurs ne peuvent pas être inculquées au forceps, car on forgerait alors des assujettis, quand nous voulons former des êtres libres.

Une laïcité qui s’incarne dans des personnes
Ces valeurs se découvrent dans des situations vécues et elles se comprennent dans des débats sereins où chacune et chacun peut confronter ses convictions à celles des autres, découvrir ce qui le différencie d’autrui, mais aussi ce en quoi ils sont profondément semblables et solidaires. Ces valeurs émergent dans des échanges exigeants, préparés, régulés et nourris par des adultes, des échanges où chacune et chacun est reconnu dans sa dignité et jamais humilié, où l’on est accepté avec ses souffrances et ses espoirs, où l’on est assuré d’être entendu… mais sans être systématiquement approuvé.

Ces valeurs sont identifiées et stabilisées quand les sujets les rencontrent dans les textes fondateurs de notre République et peuvent se confronter à leur expression exigeante. Bref, la laïcité s’incarne quand des personnes se rencontrent, travaillent ensemble et progressent ainsi vers plus de lucidité et de fraternité. Quand nos valeurs républicaines sont, dans le même mouvement, pratiquées et enseignées.

Pour une reconnaissance de notre travail
Les mouvements d’éducation populaire sont conscients des enjeux que notre société doit affronter : individualisme et communautarismes, emprise des marques et des gourous, populismes, intégrismes et radicalismes. Ils savent que les professeurs luttent au quotidien, à travers la transmission des savoirs scolaires, contre toutes ces dérives. Ils veulent prendre leur place à leur côté. Ils veulent continuer à animer des espaces où l’on accueille chacune et chacun « comme il est », mais sans le laisser « là où il est ».

C’est pourquoi nous souhaitons une meilleure reconnaissance de notre travail. Nous souhaitons pouvoir continuer à développer et à créer, sur tous les territoires, des lieux d’éducation authentique où nos jeunes – et particulier les plus en difficulté – puissent faire l’expérience de la laïcité dans une République fraternelle.

Extrait de cnajep.asso.fr du 14.12.20

 

« Le gouvernement affirme renforcer la laïcité, alors qu’il porte atteinte à la séparation des religions et de l’Etat »
Pour l’historien et sociologue Jean Baubérot, le projet de loi sur les séparatismes « confortant le respect des principes républicains » remet en cause des libertés fondamentales et risque d’être contre-productif.

[...] L’institution militaire a réussi à mettre en œuvre une laïcité intelligente, dans la filiation de la loi de 1905. Des barquettes casher et halal y sont servies quotidiennement et cela ne fait pas polémique. Une brochure distribuée dans les écoles militaires et les casernes explique de façon remarquable ce qu’est la laïcité et ce qu’elle n’est pas. Elle devrait être diffusée largement au sein de l’éducation nationale et dans les hôpitaux, où les personnels sont souvent démunis, faute de financements pour la formation.

[...] En régime de séparation, les rapports entre la République et les religions sont surtout juridiques. Il serait plus logique que ce soit le ministère de la justice qui gère les cultes : cela éviterait les confusions et changerait aussi la perception de la laïcité chez les musulmans. Enfin, il faudrait recréer la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde), supprimée pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, afin d’éviter que des pratiques sociales contraires à la laïcité puissent se perpétuer en se réclamant d’elle.

Extrait de lemonde.fr du 14.12.20

 

Laïcité : Vincent Peillon dénonce son utilisation politicienne
"Quand on ne règle pas les questions, comme le terrorisme, on lance des grands débats comme sur la laïcité", a expliqué l’ancien ministre de l’Education nationale, sur LCP le 10 décembre. "Quand on tue des professeurs c’est un problème sécuritaire. Traitons-le sans passer par de grands discours non maitrisés". Vincent Peillon enfonce le clou : "Quand on a le renseignement que quelqu’un fiché S a pénétré dans un établissement et qu’on dit "ce n’est pas grave" on a un problème sécuritaire".
Il vient de publier aux PUF un essai de philosophie politique intitulé "L’émancipation". On peut y lire l’extrait suivant. "Le républicanisme qui sert aujourd’hui de drapeau aux forces les plus réactionnaires n’a plus rien à voir avec la doctrine républicaine. Il en prend même souvent l’exact contrepied et, sous son couvert, continue de la combattre. Mais si on a pu en arriver là, si l’extrême droite française peut récupérer sans vergogne le vocabulaire républicain, par exemple les mots de « laïcité » ou de « patriotisme », c’est qu’un certain nombre de prétendus républicains, de gauche comme de droite, lui ont préparé le terrain en faisant du républicanisme une idéologie identitaire, nationaliste, intolérante, antireligieuse, antidémocratique et antilibérale. La confusion politique à laquelle nous assistons a été précédée d’une confusion intellectuelle qui a conjugué le mépris des faits à l’ignorance des textes".

Extrait de cafepedagogique.net du 14.12.20

 
Vincent Peillon. L’émancipation. Essai de philosophie politique. Puf, 2020

Résumé
Jamais on ne s’est tant revendiqué de la République. Même ceux qui l’ont toujours combattue prétendent désormais vouloir relever son étendard tombé à terre.

On pourrait se satisfaire d’un si bel hommage du vice à la vertu. Mais ce serait s’illusionner et faire preuve d’un optimisme naïf. Car si ce retour en force de la République est l’expression, sans doute, d’un besoin légitime face aux pathologies du modèle libéral et à l’effondrement du rêve communiste, il est d’abord le résultat d’une formidable escroquerie historique et intellectuelle.

Le républicanisme qui sert aujourd’hui de drapeau aux forces les plus réactionnaires n’a plus rien à voir avec la doctrine républicaine. Il en prend même souvent l’exact contrepied et, sous son couvert, continue de la combattre.

Mais si on a pu en arriver là, si l’extrême droite française peut récupérer sans vergogne le vocabulaire républicain, par exemple les mots de « laïcité » ou de « patriotisme », c’est qu’un certain nombre de prétendus républicains, de gauche comme de droite, lui ont préparé le terrain en faisant du républicanisme une idéologie identitaire, nationaliste, intolérante, antireligieuse, antidémocratique et antilibérale.

La confusion politique à laquelle nous assistons a été précédée d’une confusion intellectuelle qui a conjugué le mépris des faits à l’ignorance des textes.

C’est pourquoi Vincent Peillon propose ici de contester les thèses qui ont permis cet abaissement, ainsi que les équivoques et les dérives du débat actuel. Il restitue ainsi à la philosophie républicaine son vrai visage.

Extrait de puf.com du 16.09.20
 

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