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Les inégalités sociales face au Covid-19 et l’impact sur la réussite éducative (un dossier de la Drees, Solidarités Santé, juillet 2020)

13 juillet Version imprimable de cet article Version imprimable

Ministère des solidarités et de la santé
Les Dossiers de la DREES, n°62, juillet 2020.

Les inégalités sociales face à l’épidémie de Covid-19 - État des lieux et perspectives

La crise sanitaire liée à l’épidémie du Covid-19 et ses conséquences économiques soulèvent deux enjeux majeurs en termes d’inégalités sociales. D’une part, l’exposition au risque de contamination ainsi que le risque de développer des formes graves et de décéder sont inégalement réparties dans la population. Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz le rappelle : « Covid is not an equal opportunity killer » (Stiglitz, 2020). D’autre part, la crise du Covid-19 vient ajouter un mécanisme supplémentaire et nouveau dans sa nature et son ampleur dans l’histoire des épidémies : les inégalités face au confinement. Des travaux antérieurs sur de précédentes pandémies comme la grippe espagnole ou la grippe H1N1, ou d’autres maladies infectieuses comme la tuberculose ou la rougeole, insistaient déjà sur l’importance de la prise en compte des différents facteurs d’inégalités sociales afin de mieux maîtriser l’impact différentiel des prochaines pandémies (Quinn, 2014).
Les mécanismes, qui se retrouvent dans la crise du Covid-19, sont à la fois une exposition différentielle face au virus, une plus grande fragilité face aux maladies infectieuses ou à ses complications, ainsi qu’un accès inégal aux soins. Le cumul des inégalités face à l’épidémie et face au confinement font ainsi de la crise sanitaire actuelle un fort révélateur d’inégalités sociales.
Enfin, la crise économique risque à son tour de creuser les inégalités, avec des conséquences probables à long terme. Ces inégalités font l’objet de nombreuses alertes dans les médias ou par le biais du monde associatif ou de comités d’experts. L’analyse du sujet nécessite une approche transversale, reliant des travaux épidémiologiques, géographiques, démographiques et économiques aux analyses et mesures des inégalités en sciences sociales.

L’objectif de ce dossier est de faire un premier état des lieux des inégalités sociales dans cette crise sanitaire, de présenter les facteurs d’inégalités sociales actuellement identifiés à partir de la littérature française et internationale et de les documenter et les quantifier si possible dans le contexte français. Après avoir présenté les inégalités sociales face au virus, qui se révèlent par des inégalités face à l’exposition, à ses facteurs aggravants, et dans sa prise en charge, il présente les inégalités sociales face au confinement. Le cumul de ces inégalités permet enfin de dresser un premier tableau des populations particulièrement vulnérables, et d’identifier des pistes pour des analyses ultérieures.

Extrait de drees.solidarites-sante.gouv.fr de juillet 2020

EXTRAIT page 32
Éducation : impact sur la réussite éducative des enfants selon les milieux sociaux

Parmi les enfants de moins de 17 ans, 2 % vivent dans des foyers qui ne disposent pas, à leur domicile habituel, de l’abonnement ou du matériel pour se connecter à Internet32. Par ailleurs, d’après les résultats de l’enquête COCONEL de l’Ined (Lambert et al., 2020), dans 49 % des foyers concernés par le travail scolaire, au moins un enfant ou étudiant travaille dans une pièce partagée (salon, cuisine, chambre…). La fréquence de cette situation peut s’expliquer tant par des contraintes d’espace (taille du logement) que par des normes éducatives (variables selon l’âge des enfants). On observe de fortes variations sociales. Partager son espace de travail concerne 60 % des familles en situation de surpeuplement, 56 % des ménages d’employés et 50 % des ménages d’ouvriers – contre seulement 41 % des ménages dont l’enquêté est cadre. D’après l’enquête Camme de l’Insee, plus d’un tiers des personnes ayant des enfants ont eu des difficultés pour assurer leur suivi scolaire, et cette difficulté touche nettement plus les plus modestes : la moitié des personnes du 1er quintile de niveau de vie contre un quart de celles du 5e quintile. Ces difficultés ont été plus fréquentes pour les femmes, qui ont assuré une grande part de la prise en charge des enfants, et les familles monoparentales (Albouy, Legleye, 2020).

Le confinement risque ainsi de renforcer des inégalités de réussite scolaire, dont les études – et notamment l’enquête PISA de l’OCDE – indiquent qu’elles se sont particulièrement creusées en France au cours des dernières années. En temps normal, le travail à la maison est d’ailleurs un facteur d’inégalités de réussite scolaire : le temps consacré aux devoirs assignés par les enseignants est plus élevé pour les élèves de milieu socio-économique favorisé – avec des différences sociales plus marquées en France ; et ce travail à la maison est fortement associé aux résultats scolaires (Cneso, 2016)

Notes
30 Les estimations du nombre de mobilités géographiques ne sont pas totalement comparables entre les analyses de l’Insee et celles issues de l’enquête Coconel en raison de la nature des données : l’exploitation des données de téléphonie mobile permet d’estimer la population présente sur le territoire à un moment donné, et de distinguer s’il s’agit de téléphones mobiles français ou étrangers, ainsi que
d’attribuer le département de résidence des détenteurs de ces téléphones, mais il est difficile de rapporter ces estimations à une population de référence et ainsi d’obtenir des taux comparables à ceux estimés sur la population enquêtée.
31 Une personne sur six n’utilise pas Internet, plus d’un usager sur trois manque de compétences numériques de base, INSEE PREMIÈRE
No 1780, 30/10/2019.
32 Idem.

 

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