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Sortie en salle de "Dis maîtresse" (ancien titre "Lundi c’est violet") de Jean-Paul Julliand sur une maternelle pour les 2 ans à Vénissieux. Entretiens avec le réalisateur sur la mixité sociale et culturo-ethnique et avec l’enseignante

25 novembre 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

Additif du 24.11.15

En 2013, Jean-Paul Julliand, documentariste, ancien prof d’EPS, a décidé de suivre le parcours de sa fille, enseignante de maternelle en toute petite section, à Vénissieux, dans le quartier des Minguettes. Interview.
L’année dernière, vous avez diffusé “Lundi c’est violet”, documentaire tourné à l’école de Vénissieux. Un an plus tard, vous avez décidé d’en faire une “version cinéma”. Pourquoi ?

En 2013, j’ai entendu parler de la priorité donnée à la scolarisation des moins de 3 ans dans les quartiers populaires. Ma fille Géraldine enseigne justement chez les moins de 3 ans, et l’idée est venue d’en faire un film. D’abord pour la télé.

“Lundi c’est violet” montrait l’école maternelle, mais avec une écriture très didactique. En montant “Dis Maîtresse !”, une “version cinéma”, à partir de 30h de rushs, j’ai essayé de donner du temps au temps, et d’aller vers plus d’émotion, en me mettant dans la tête de l’enseignant.

Extrait de vousnousils.fr du 24.11.15 : Dis maîtresse. Scolariser les moins de 3 ans pour leur apprendre le vivre ensemble

Additif du 22.11.15 :
Le 12 octobre, le réalisateur avait invité les membres de l’Ajéduc à une avant-première de son film à Paris. Dis Maîtresse ! n’est pas un documentaire sur la mixité, mais sur le travail des enseignants auprès des tout-petits et l’éveil de ces enfants au monde de l’éducation à l’école.

Ajéduc : « Depuis les attentats du 13 novembre, un aspect de votre film prend encore plus d’importance – c’est d’ailleurs une phrase qui figure dans la bande annonce – : ‘Ils apprennent à vivre ensemble.’ Est-ce l’une des raisons qui vous ont incité à ne pas repousser la sortie en salles ?

Jean-Paul Julliand : Oui. Depuis ce qui s’est passé, le film a changé de statut. Au-delà de ses côtés humain et pédagogique sur le rôle de l’école, c’est devenu un film social et politique. Scolariser les enfants de moins de 3 ans des quartiers populaires [...]

Extrait de ajeduc.wordpress.com du 22.11.15 .1 J.-P. Juilland : « L’école aura beaucoup de peine à compenser le manque de mixité urbanistique »

 

Le documentaire "Lundi, c’est violet" (52’), qui suit une toute petite section de maternelle pendant un an, devient un long métrage d’1h15 et change de titre, "Dis maîtresse". Il sort en salle le 25 novembre.

Pour Jean-Paul Julliand, interrogé par ToutEduc, il s’agissait d’abord de "donner du temps au temps", de prendre le temps d’écouter une petite fille qui ne veut pas mettre son tablier pour faire de la peinture parce qu’elle a retroussé ses manches et que, pour elle, ça suffit bien. De même, on ne s’autorise pas, sur un format télévisuel, les silences. Or le réalisateur avait filmé l’enseignante qui veut apprendre à ces tout petits à se laver les mains et à se rhabiller après être passé aux toilettes ; l’ATSEM qui l’assiste, pense que c’est trop pour une seule séance. L’enseignante hésite avant de lui donner raison. C’est ce temps d’incertitude qui donne son prix à la relation entre Géraldine et Aline, à leur dialogue permanent.
D’ailleurs, cette version longue permet de donner toute sa place à l’agent de service, si importante dans la gestion de cette classe des moins de trois ans qu’on entendu aussi davantage, y compris leurs filets de voix hésitants.

Ce format permet aussi d’éclairer les conditions du tournage, car il est rare qu’un cinéaste puisse entrer dans une école, et qu’un(e) enseignant(e) accueille aussi facilement dans sa classe le témoin indiscret de tout ce qui marche, mais aussi des moments plus difficiles. C’est que la professeure de cette école du quartier des Minguettes (Vénissieux, Rhône) est la fille de Jean-Paul Julliand, lui-même ancien enseignant et pédagogue reconnu. Il ne cache pas non plus qu’il a un objectif politique avec ce film : que l’exécutif qui sera élu en 2017 n’ait pas la tentation de revenir sur la scolarisation des moins de 3 ans, car une école maternelle est bien un lieu où les enfants apprennent l’essentiel. C’est aussi une école ouverte, où les parents sont accueillis.

Le site du film ici, avec le calendrier des avant-premières et la possibilité d’organiser une projection avec le réalisateur

Extrait de touteduc.fr du 12.10.15 : Moins de 3 ans : "Lundi, c’est violet" devient "Dis maîtresse", un long métrage en salle le 25 novembre

 

[...]
Vos changements après le tournage du film…

La présence de mon père (Jean-Paul Julliand, le réalisateur, NDR) dans la classe m’a permis d’avoir un regard extérieur sur ma pratique. J’ai changé pas mal de choses, des petits riens, comme enlever des tables et des chaises pour privilégier l’espace au sol afin que les élèves puissent bouger, construire, démolir, jouer par terre, comme des enfants de deux ans. On ne m’avait jamais dit que je pouvais enlever des tables et des chaises ! Il y a un moment dans le film où je dis à un enfant que le camion ne doit pas être par terre mais sur la table. Aujourd’hui, je le laisserais faire. J’ai pris conscience que je devais parfois me poser, les solliciter moins et me mettre davantage en retrait lors de l’accueil pour regarder les enfants jouer et communiquer. L’autre instit’ qui avait des tout-petits dans l’école était dans la même galère que moi : la tête dans le guidon, à faire comme on pouvait.+[...]

Votre formation pour enseigner à des enfants de 2 ans…

Je n’ai pas été spécifiquement formée pour ça. J’ai pris une classe de tout-petits après avoir eu des moyens et des petits. J’ai d’abord essayé de baisser le niveau d’exigence d’un cran, mais je ne savais ni ce que ma hiérarchie attendait de moi, ni ce que je pouvais attendre des élèves. Il n’y avait rien dans les programmes, rien dans les textes. J’avais des exigences trop élevées pour des enfants de 2 ans. J’avais en tête qu’il fallait bosser, bosser… Je leur demandais parfois de rester assis sur un banc pendant une demie heure, parce que ça se faisait en maternelle ! A 2 ans, il faut qu’il joue ! Depuis deux ou trois ans des textes sont sortis et ont posé un cadre et des axes de travail pour les classes de tout-petits.

Vos rapports aux parents…

Avant d’être moi-même parent, je ne me rendais pas compte à quel point l’entrée à l’école de leur enfant de deux ans stresse les parents. Que ce que je dis de leur enfant touche à leurs entrailles et peut être mal vécu. Les parents attendent qu’on prenne leur enfant comme un individu. On ne peut pas leur dire : « il n’est pas tout seul, ils sont 30 ». Il faut les rassurer et tisser des liens de confiance. Quand un petit arrivait avec du chocolat autour de la bouche, quand il avait paumé son classeur, c’était de leur faute ! Je jugeais leur façon d’éduquer leur enfant. Depuis que je suis devenue maman, je suis beaucoup plus indulgente, moins pète-sec et je ne dis pas certaines choses devant tout le monde. En formation, on n’apprend pas à gérer les relations aux parents.

Votre avis sur la scolarisation précoce…

[...] Aux Minguettes, la scolarisation des tout-petits est nécessaire. On a parfois trois quarts des enfants de la classe qui arrivent sans parler français. Leurs parents communiquent avec eux dans leur langue maternelle, comme je le ferais avec mes enfants si je partais m’installer à l’étranger. En classe, ces enfants baignent dans un groupe et entendent parler français. Ils deviendront rapidement bilingues. Mais pour scolariser à deux ans, il faut faire du cas par cas. [...]

Votre rapport à l’éducation prioritaire…

Mon école est en REP+ et même si je ne connais pas totalement la réalité de la vie des gens du quartier, à travers l’école je l’entraperçois plus que quelqu’un qui ne va jamais aux Minguettes. Quand je dis où je travaille, on me rétorque parfois : « oh la la, ma pauvre ! » Mais c’est dans ces quartiers-là, avec cette population, ces familles et cette mixité que j’ai envie de bosser ! J’aime ce qu’on peut apporter à ces gamins.

Votre point de vue sur la polémique autour du droit des mères voilées à accompagner les sorties scolaires…

Cette polémique n’a pas eu lieu chez nous. Lors du visionnage du film, certaines personnes m’ont dit que c’était la première fois qu’elles voyaient autant de femmes voilées. Ca fait 13 ans que j’en vois tous les jours. Je suis habituée. La question n’est pas d’accueillir des petites filles voilées à l’école, mais d’être accompagnée par des mères voilées en sortie. Cela ne me dérange pas du tout qu’elles portent un voile. On parle de voile sur les cheveux, pas sur le visage, bien sûr ! Depuis que j’enseigne, j’ai eu connaissance d’un seul cas de mère portant un voile intégral qui a eu un rappel à la loi et un refus d’accéder à l’école. Elle avait tenté d’embringuer d’autres mères contre la directrice. Elle n’a pas du tout été suivie.

Extrait de vousnousils.fr du 23.11.15 : Secrets de profs : « Aux Minguettes, la scolarisation des tout-petits est nécessaire »

Voir aussi "Lundi c’est violet", un reportage de France3 sur la première rentrée dans une école maternelle en ZEP à Vénissieux qui accueille des 2 ans

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