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Après la présidentielle : "tout reste à faire" (Le Café)

25 avril

Présidentielle : Tout reste à faire
24 avril 2022 -La défaite de M Le Pen à l’élection présidentielle est un soulagement. On boudera d’autant moins notre satisfaction que la candidate d’extrême droite a bien failli arriver au pouvoir. Pour autant la victoire d’E Macron n’est pas celle de l’Ecole. Le président porte un projet pour l’Ecole qu’il va vouloir appliquer intégralement. Or ce projet est très largement rejeté par les enseignants et même par la majorité des cadres du système éducatif. Ce sont 5 nouvelles années de combats qui s’annoncent pour les enseignants. Elle impliquent des responsabilités nouvelles pour les syndicats enseignants, à commencer par l’unité.

L’école de la répression annulée

Ainsi le pire n’a pas eu lieu. La victoire de M Le Pen aurait été une catastrophe non seulement pour le pays mais aussi pour les enseignants. Son projet pour l’Ecole prévoit la destruction de l’éducation prioritaire et la définition de nouveaux seuils d’effectifs dans les classes dégradant les conditions de travail. M Le Pen veut instaurer une sélection précoce des élèves avec un système de filtrage en 5ème puis en fin de 3ème. Cela aggraverait les inégalités sociales dans l’Ecole, déjà lourdement affectées par la suppression de l’éducation prioritaire. Se méfiant des enseignants, elle organise une véritable mise au pas avec un pilotage pédagogique décidé par son parti et imposé par une hiérarchie elle-même sous menace. Ce n’est pas le rétablissement de l’autorité des enseignants que le RN veut atteindre. Mais bien celle de son parti sur les enseignants dans une Ecole où de nombreux postes seront supprimés grâce à l’écrémage massif des élèves. L’Ecole de Le Pen c’est l’école de la répression et du tri social.

L’école de la concurrence s’annonce

C’est par rapport à ce cauchemar que la victoire d’E Macron est une bonne nouvelle. Car son projet pour l’Ecole n’est rien d’autre que l’aboutissement de celui de 2017. E Macron veut changer les choses. Il n’a dit. Son programme a été énoncé dès 2017 par son ministre de l’éducation et aussi par E Philippe quand il était premier ministre. Rien d’original : c’est l’application en France du Nouveau Management Public (NPM) venu d’Outre Atlantique. Cette nouvelle gestion de l’Ecole repose sur l’évaluation permanente de chaque professeur et de chaque école ou établissement. Cela sera rendu possible par la généralisation des évaluations nationales qui couvrent déjà 4 niveaux en théorie (trois en réalité). C’est en fonction des résultats que seront affectés les moyens aux écoles et établissements et aussi évalués les enseignants. Politiquement ce système est très rentable : il plait aux parents et il fabrique des résultats en hausse d’année en année, au fur et à mesure que les enseignants maitrisent les tests. E Macron a annoncé que les résultats de chaque classe seront communiqués aux parents, avant d’effectuer une marche arrière quelques jours plus tard. Il a annoncé que la revalorisation des enseignants sera liée aux résultats et au travail supplémentaire qu’ils produiront. Là aussi il y a eu des allers retours. Seule l’enveloppe (6 milliards) est fixée. Il a promis d’accorder davantage d’autonomie aux écoles et établissements en précisant bien que ce serait aussi plus de pouvoirs pour les directeurs et chefs d’établissement. Enfin il a promis une réforme des lycées professionnels avec davantage de stages en entreprises et donc moins d’heures de cours. Le modèle de l’apprentissage semble devoir se généraliser sous un nom ou un autre.

Un programme rejeté par les enseignants

L’Ecole et les enseignants ont tout à perdre avec cette politique. On a pu monter le caractère irréaliste des annonces d’E Macron. Partout où il s’est installé le NPM a échoué à redresser réellement le niveau des élèves, à recruter des enseignants bien formés et même des directeurs. Lier la revalorisation des enseignants aux résultats des élèves ou à de nouvelles taches pour les enseignants montre bien peu de connaissance de l’Ecole. On comprend que les 6 milliards seront facilement financés en supprimant les assistants d’éducation et en confiant leurs tâches à des enseignants qui croulent déjà sous les injonctions et le travail.

Toutes les enquêtes, le baromètre Unsa, celles de la Fsu montrent un très net rejet de cette politique par les enseignants. C’est moins d’un enseignant sur dix qui est en accord avec la politique menée par E Macron et son ministre. Un rejet jamais atteint jusque là. C’est aussi la majorité des cadres de direction et d’inspection qui sont en désaccord avec la politique menée. Et ça aussi c’est nouveau. Le programme voulu par E Macron ne pourra donc passer qu’en force. En aura t-il les moyens ?

Le 3ème tour sera dans les écoles et établissements

Ce n’est pas un troisième tour aux législatives qui va freiner E Macron. C’est bien mal connaitre le régime présidentiel de la Vème République que de croire que le 1er tour raté de la présidentielle peut se rejouer aux législatives ou qu’une cohabitation peut sortir un mois après l’élection présidentielle. Les enseignants peuvent ils s’en remettre à d’autres pour régler leurs problèmes avec le pouvoir ? On a vu ce que ça donne au centre et à droite. A gauche les programmes pour l’éducation sont contradictoires, voire même de bric et de broc pour la plus importante formation.

Pour sauver leur Ecole et leur métier les enseignants peuvent surtout compter sur eux. Ils ont montré qu’ils peuvent faire reculer Macron. Ils l’ont fait au moment du vote de la loi Ecole de la confiance en 2019, profondément modifiée sous leur pression. Ils ont réussi à bloquer pendant 2 années la loi Rilhac. On n’a pas les décrets d’application de la loi mais il ne fait pas de doute qu’il y aura un 3ème tour dans les écoles au moment de les appliquer. A Marseille, où Macron a construit le laboratoire de son programme, les enseignants ont obtenu des aménagements qui mettent à mal les annonces présidentielles.

En 2022 malheureusement le calendrier donne des chances au futur ministre de l’éducation nationale pour faire passer le programme d’E Macron. Il y aura l’élan issu de la victoire du parti du président. Mais il y a aussi une échéance pour les enseignants. En décembre ont lieu les élections professionnelles. Généralement cela se marque par une opposition accrue entre les syndicats. La violence du programme d’E Macron exige le contraire. Il est urgent que les syndicats enseignants arrivent à définir, malgré les élections, une plateforme commune par rapport au programme d’E. Macron. Pour le monde enseignant c’est la première urgence sortie des urnes.

Il restera ensuite l’essentiel : faire partager une vision de l’Ecole et de la société. Convaincre et agir pour que la démocratie ne soit plus menacée. Mais là cela concerne tous les Français.

François Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 25.04.22

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