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La prévention de la violence par des collègiens en ZEP aux Ulis

2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du « Parisien » du 14.06.04 : Prévenir la violence dans les ZEP

Des élèves jouent les « casques bleus » au collège.
Les Ulis, ce matin, quand retentira la sonnerie, dans les couloirs du collège des Amonts, aux Ulis, comme dans la cour, une petite cinquantaine d’élèves veilleront tout particulièrement au bon déroulement des mouvements de troupe. Ces jeunes, ce sont les « médiateurs ». A quelques semaines des grandes vacances d’été, ils viennent de tirer un bilan de leur action, en compagnie d’autres adolescents qui assurent la même mission au collège Jean-Macé de Mulhouse (Haut-Rhin). Ces « casques bleus » des cours de récré espèrent faire école dans d’autres établissements classés zone d’éducation prioritaire (ZEP).

Prévenir la violence dans les ZEP

Vendredi dernier, comme de vrais consultants en formation, ils ont reproduit ensemble ces scènes de leur vie quotidienne qui peuvent si vite dégénérer. « J’étais tranquille au distributeur de boissons, et cette grande fille, là, elle m’a bousculé », argumente Karim, véhément. « Je ne l’ai pas fait exprès, se défend Ariane, je ne l’avais même pas calculé. » « Voilà ! Voilà ! s’indigne Karim en prenant l’assistance à témoin. C’est bien ce que je dis. Elle m’a mis un vent ! » « C’est bon, vous n’êtes pas des bêtes, intervient Nicolas, 11 ans. Excusez-vous... » Ariane et Karim s’exécutent. L’assemblée applaudit.

Tous pratiquent ce nouveau concept destiné à prévenir la violence dans les ZEP. Plutôt que d’attribuer aux seuls adultes le rôle de Pères Fouettard, les collégiens prennent eux-mêmes en charge la résolution des petits litiges de la vie quotidienne : insultes, bagarres, tensions... En place depuis deux ans aux Amonts, l’opération a, cette année, atteint son rythme de croisière avec 47 jeunes médiateurs. « Au début, je trouvais ça nul, se rappelle Farah, élève en troisième. On se faisait chambrer. Et puis j’ai appris à aimer. » Le ton sur lequel l’adolescente évoque ses dernières interventions ne trompe pas. « Par exemple, deux garçons avaient insulté une fille. Ils ne voulaient pas en démordre. J’y ai passé une heure. Ils se sont excusés. Tout le monde est reparti avec le sourire », se félicite la jeune fille. Les règles de cet arbitrage demeurent strictes.

« Seuls les adultes décident des dossiers à étudier, explique Jean-Claude Robin, conseiller principal d’éducation (CPE) à Jean-Macé. Les faits graves restent de notre ressort. Ensuite, c’est nous qui sélectionnons les volontaires, en panachant les leaders naturels avec des enfants plus introvertis qui trouvent là un moyen de prendre confiance en eux. » La confiance, d’ailleurs, est la clef de voûte du système. « On a dû prouver qu’on n’était pas des balances, explique Ariane. Mais aujourd’hui, les autres nous respectent. Ils savent que même entre médiateurs, on ne parle jamais de nos affaires. » Au final, près de 80 % des litiges aboutissent désormais à un accord amiable. « Il y a beaucoup moins d’embrouilles que l’an dernier », assure Farah. « C’est plus simple de régler les affaires entre nous qu’avec les adultes, complète Nicolas, 11 ans, dont quatre ans de médiation. Souvent, les élèves ont honte devant le CPE, ils restent muets. Avec nous, ils peuvent tout dire. »

Nicolas Jacquard.

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