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31/12 - Bilan 2004 ZEP et langues vivantes à l’Ile Maurice

2 janvier 2005 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du « Mauricien » du 31.12.04 :

Deux grands objectifs atteints

Le ministre de l’Éducation et ses plus proches collaborateurs peuvent afficher le sourire en refermant l’agenda de travail 2004. La comptabilisation des langues orientales aux examens du CPE est depuis peu une réalité en dépit de certains propos alarmistes qui ont précédé cette étape. Quant à la loi sur la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans, adoptée le dernier jour des travaux de l’Assembléé nationale, elle sera en vigueur dès janvier 2005. Ce sont là les deux événements marquants pour l’Éducation nationale en 2004. Le gros déploiement d’efforts tant de l’État que du privé en faveur des écoles de la Zone d’Éducation Prioritaire (ZEP) mérite aussi d’être souligné, d’autant que certains des bénéficiaires ont obtenu des résultats encourageants aux derniers examens du CPE.

Cinquante ans après son entrée à l’école primaire, l’hindi de même que les autres langues orientales introduites au fur et à mesure, sont prises en compte désormais dans la comptabilisation des points aux examens de fin d’études primaires. Ces langues sont aujourd’hui groupées dans le programme d’études en une seule matière sous l’appelation Asian Languages/Arabic. Celle-ci a le même statut que l’anglais, le français, les maths ou les sciences tout en demeurant une matière optionnelle. C’est le résultat de plusieurs années de combat du président de la GHTU qui avait obtenu, souvenez-vous, gain de cause au Privy Council à ce sujet en 1998.

Suttyhudeo Tengur termine ainsi l’année 2004 sur une note de satisfaction. " C’est un moment historique ", ne finit-il pas de dire, prévenant ceux qui songeraient remettre un jour cette mesure en question : " C’est un acquis ! "

Il faudrait attendre l’analyse détaillée des résultats du CPE par le Mauritius Examination Syndicate (MES) pour savoir si les candidats en langues orientales ont pris avantage sur les autres dans l’obtention d’une place dans les collèges les plus demandés. Mais, en faisant le bilan de l’organisation de ces derniers examens, le ministre de l’Éducation a donné l’assurance qu’aucun candidat n’a été pénalisé par la nouvelle formule. Il est un fait en tout cas que la distribution des results slips le 11 décembre dernier s’est déroulé dans le calme le plus total, contrastant avec le brouhaha en début d’année lorsque le ministère de l’Éducation annonça la nouvelle formule pour le grading qui incluerait ces langues. L’annonce avait donné lieu à une vive polémique ; les prises de position à caractère sectaire, de toutes part, avaient pris le dessus sur les arguments pédagogiques, faisant craindre le pire pour le pays et obligeant le Premier ministre à prendre le dossier en main. Des hommes de bonne volonté ont aidé à trouver une solution acceptable à tous. C’est ainsi que la formule de four best de chaque candidat est retenue pour le grading alors que la formule initiale prévoyait la comptabilisation de cinq matières.

Cette polémique - mis à part ses dérapages regrettables - a fait ressurgir une autre question tout aussi pertinente, soit l’entrée de la langue kreol dans l’enseignement au primaire. Des groupes sont montés au créneau pour réclamer qu’elle figure comme matière dans le programme d’études, avec l’idée qu’elle soit une alternative aux langues orientales aux examens du CPE. Cette demande, quoique faite sous pression, a eu néanmois des retombées positives : le Premier ministre promet d’examiner la requête et confie en mars dernier à un comité de quatre linguistes présidé par Vinesh Hookoomsing la responsabilité de proposer au gouvernement une graphie standardisée du kreol. Ce comité s’est mis à l’oeuvre avec beaucoup d’ardeur et soumet en septembre dernier, à quelques jours de la célébration de la Journée du Kreol ses conclusions dans un rapport intitulé Grafi-larmoni - A harmonized writing system for the Mauritian Creole Language.

Cette proposition de l’État, favorablement accueillie par l’ensemble des partisans de cette langue, constitue une belle avancée en tout cas dans le combat pour la reconnaissance et la revalorisation de la langue kreol. Cependant il y a encore du chermin à parcourir avant qu’elle ne figure au programme d’études. D’ailleurs, le rapport Grafi-larmoni prône une attitude plus prudente à ce niveau. Il souligne que l’introduction du kreol dans le programme d’études de l’Éducation nationale ne peut être traitée d’une manière isolée et préconise l’élaboration d’une politique générale des langues. Pour l’heure il est question plutôt de son utilisation comme médium d’enseignement sur une base pilote dans une ou deux écoles ZEP. Mais aux dernières nouvelles on apprend que le ministère de l’Éducation ne serait pas insensible à la démarche du Bureau de l’Éducation Catholique de jouer à fond la carte du kreol dès janvier 2005 pour apprendre à lire et à ecrire aux apprenants des classes pré-professionnelles des 17 collèges catholiques. Le ministère, selon certaines sources, ne serait pas réfractaire à l’utilisation de cette langue pour le projet éducatif destiné aux recalés du CPE. Un comité peaufinerait une proposition dans cette direction.

C’est à la dernière séance des travaux parlementaires pour 2004 que le gouvernement a confirmé son engagement pour l’introduction de la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans en faisant adopter ce jour-là le projet de loi y relatif. Le Education (amendement) Act sera en vigueur dès le mois de janvier 2005. Ainsi les 28 000 Primary School lLeavers de 2004, quelle que soit leur performance aux derniers examens du CPE, devront obligatoirement être inscrit dans un établissement que l’État met à leur disposition jusqu’à ce qu’ils aient 16 ans au moins. Avec l’ouverture des nouveaux établissements d’État il y a suffisament de place pour tout le monde, que ce soit dans le mainstream ou dans une classe pré-professionnelle.

Selon les estimations du ministre de l’Éducation, cette loi devrait ramener dans le circuit près d’un millier d’enfants qui disparaissent chaque année après leur parcours au primaire. Mais déjà la nouvelle loi a un effet persuasif. En effet, quelques parents qui avaient retiré leur enfant du collège l’an dernier pour diverses raisons se sont présentés ces derniers jours aux différents customer care centres du ministère de l’Éducation, cherchant conseil en vue de les faire admettre à nouveau. Mais, malheureusement, bien plus que d’être convaincus de l’importance de l’éducation, il sembleraient que ces parents veulent surtout éviter les sanctions qui les menacent. " Ayo mo pa envi gagn lanuyman pou ale pey lamann. Less mo remet li lekol ziska li gagn 16 ans " nous confiait l’autre jour une maman rencontrée à un de ces comptoirs d’accueil et dont l’enfant était en Form II au moment, l’an dernier, où il avait interrompu sa scolarité secondaire.

Jusqu’à cette année, un petit nombre d’enfants quittait le collège avant même la Form III, parce qu’ils éprouvaient des difficultés à assimiler le programme d’études. S’il y a un effort en ce moment au ministère pour redynamiser le programme d’études du PVD, en revanche, le cursus pour le mainstream qui mérite tout aussi bien d’être rénové avec l’avènement de la scolarité obligatoire, demeure le même. Il existe pourtant un document prêt depuis le mois de juillet pour un new curriculum for lower secondary, préparé par des pédagogues bien connus. Cette proposition contient des atouts pour le développement intégral du jeune à sa sortie d’école à l6 ans. Mais il semblerait que cela ne sera pas mis pratique de sîtôt. " Je ne crois pas qu’on aille de l’avant avec ce projet avant les prochaines élections générales ", nous confie un responsable du ministère.

Au niveau du primaire, c’est surtout cette synergie État-Privé-ONGs en faveur des écoles ZEP qui retient l’attention. Les enfants de ces écoles évoluent désormais dans un encadrement physique nettement plus agréable et motivant pour les études. Cet appui de la communauté a déjà des retombées positives : certaines écoles ont enregistré plus de 40% de réussite aux derniers examens du CPE.

Mais il n’y a pas eu de développement majeur cette année pour l’ensemble du primaire. Dans les milieux concernés, il y a une préoccupation grandissante quant à la qualité de la performance des élèves aux derniers examens du CPE, cela même s’il y a eu une légère augmentation du taux de réussite. Ils sont nombreux les maîtres d’écoles et inspecteurs à souhaiter que 2005 soit consacrée à une réflexion sur la qualité de l’éducation.

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