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Le débat sur les violences, en ZEP ou ailleurs, s’amplifie

9 février 2008 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait de « 20 minutes » du 08.02.08 : Enseignants au bord de la crise de nerfs

La mise en garde à vue d’un enseignant après une gifle donnée à l’un de ses élèves a suscité une vive émotion dans le monde enseignant. Cette affaire met en évidence le malaise de nombreux profs, souvent seuls face à la défiance de leur classe. Sophie, jeune professeur d’anglais dans un collège de Sevran, en Seine-Saint-Denis, témoigne.

Etes-vous souvent confrontés aux injures, à la violence verbale, comme le professeur qui a giflé un de ses élèves ? Comprenez-vous cette réaction ?

Honnêtement, les injures ne sont pas quotidiennes, mais l’indiscipline et le rapport de force sont permanents. Il faut sans cesse supporter le tutoiement, les écarts de langage, demander le silence toutes les deux minutes, c’est usant. Pour certains élèves, on a souvent l’impression qu’il n’y a pas de solution, ils n’écoutent pas, les punitions, les mesures disciplinaires ne font plus effet. Alors oui, c’est usant, c’est décourageant. Je peux comprendre le geste de cet enseignant, mais je ne peux pas le cautionner.

Dans les difficultés que vous rencontrez avec vos élèves, vous sentez-vous soutenue par votre hiérarchie ?

La hiérarchie nous soutient dans une certaine mesure. Mais une fois qu’on a épuisé toutes les punitions possibles, devoirs à rendre, mots aux parents, heures de retenue, on en vient à ne plus accepter les élèves qui posent problème en classe. Et c’est là que ça se complique. Le principal nous reproche très vite de ne pas faire correctement notre travail et de ne pas assumer notre rôle d’éducateur. C’est arrivé à l’un de mes collègues qui avait refusé d’admettre plusieurs retardataires en cours. Il a été convoqué par le chef d’établissement qui l’a menacé d’un rapport devant l’inspecteur d’Académie. Dans ces conditions, c’est vrai que l’on hésite à prendre certaines mesures disciplinaires et également à se confier sur nos difficultés.

Pensez-vous avoir été suffisamment formée pour réagir à ce type de comportement ?

A l’IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres), on nous apprend à enseigner à des enfants parfaits, or dans les faits, il y a une infinité de publics et personne ne nous dit comment réagir, comment s’adapter. Quand j’étais encore en formation, je suivais un module de cours intitulé « gérer les conflits, la violence, le stress en classe », mais parce que je l’avais choisi. C’était une option parmi d’autres, qui n’était pas obligatoire. Je pense effectivement qu’il y a des lacunes de ce côté-là, ces enseignements mériteraient à être généralisés.

Comment gérer vous le stress des cours et ce rapport de forces permanent ?

On se parle beaucoup entre collègues. Quand je suis arrivée au collège l’an dernier, on m’a prévenu dès le départ que ça pouvait m’arriver de sortir d’une heure de cours en pleurant, que ce n’était pas grave et que ça arrivait à tout le monde. On peut vraiment compter les uns sur les autres, c’est ça qui nous fait tenir. Mais il y a des gens qui n’arrivent pas à évoquer leurs difficultés. Dans ces cas-là, si on n’évacue pas la tension, une gifle peut vite partir. D’autres sombrent dans la dépression. Je m’étais préparée psychologiquement à vivre des moments difficiles. Si jamais j’ai un jour de gros problèmes avec certains élèves, je pourrais en parler au pédopsychiatre qui vient une fois par mois. Même s’il vient pour évoquer le comportement des jeunes et pas l’état psychologique des profs.

Des propos recueillis par Emilie Gavoille

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Un collégien devant la justice

Un élève de 16 ans du collège André Malraux d’Asnières a été placé en garde à vue, jeudi, pour avoir donné « plusieurs gifles et coups de poing » en classe à une assistante d’éducation. Il a été déféré au parquet, ce vendredi.

Gifle et coups de poing

L’élève s’en est pris à l’assistante d’éducation, qui surveillait la classe en l’absence d’un professeur. Celle-ci a refusé de le laisser sortir. Il lui a alors donné une gifle et des coups de poing. La surveillante n’a cependant pas eu de jours d’incapacité totale de travail (ITT), explique-t-on de source policière.

Conseil de discipline

Le jeune homme devait passer en conseil de discipline pour une autre affaire, affirme Agnès Verdurand, secrétaire départementale adjointe de la FSU 92. « Je regrette vraiment qu’on en soit arrivé à cette situation pour que l’établissement réagisse. »

Une lettre à l’inspection académique

Les enseignants et le personnel du collège André Malraux, un des trois établissements classés « Ambition réussite » du département, se sont mis en grève jeudi après-midi pour protester contre les actes de violence. Depuis, ce vendredi, ils ont repris le travail et ont envoyé une lettre à l’inspection académique « pour signaler le dysfonctionnement dans ce collège ».

M.A. avec agence

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