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La DHG et l’éducation prioritaire : la vérité des coûts. Une proposition de Pierre Ferry (pseudo d’un cadre de l’EN)

12 avril Version imprimable de cet article Version imprimable

Pierre Ferry : Débarrassons-nous des totems technocratiques

"Le totem technocratique, que constitue la "dotation globale", cache la "vérité des prix". Pierre Ferry, un cadre de l’éducation nationale qui veut rester anonyme, défend l’idée de la "vérité des coûts". Faut-il remplacer la DGH par une évaluation en euros de l’investissement humain dans les établissements ?

Le système étatique français, et particulièrement le système éducatif, est pollué par des instruments et une terminologie qui a des conséquences perverses sur son fonctionnement. Nous en distinguons, pour l’Education nationale, trois : la carte scolaire, le zonage prioritaire et les dotations en "heures postes". Nous les appellerons des "totems" technocratiques.

Pour Claude Lévi-Strauss, le totémisme est une unité artificielle, qui, dans une logique de classification, construit un système de différences entre la pensée artificielle et la réalité naturelle. L’anthropologue y voyait une illusion des ethnologues du XIXème siècle. Cette logique du totémisme (1) a imprégné tout notre système éducatif au point que les personnels, les usagers, les citoyens et même les experts ne voient plus l’Education nationale qu’à travers ces objets que l’on ne questionne plus depuis longtemps alors qu’ils déterminent en profondeur le fonctionnement de notre système éducatif.

Concentrons-nous ici sur l’expression "dotation horaire globale" appelée aussi "DGH", terme technocratique devenu si courant qu’on le banalise sans en comprendre toutes les implications. Chaque établissement du secondaire "reçoit" chaque année, au mois de février, un chiffre qui va déterminer l’année scolaire suivante : la fameuse DGH. Ce chiffre est scruté à la loupe, comparé à celui de l’année précédente et à ceux des établissements voisins. S’il est considéré comme trop faible, il est à l’origine d’une bataille pour "avoir davantage de moyens".

D’où vient ce chiffre ? Le ministère de l’Education nationale se voit attribué, chaque fin d’année civile, un certain nombre de postes pour la rentrée suivante. Ces postes sont répartis entre les recteurs qui reçoivent des "enveloppes". Ces enveloppes sont ensuite redistribuées par établissement sous la forme d’un total cumulé d’"heures postes". Un professeur certifié correspond ainsi à 18 heures, soit le service hebdomadaire qu’il doit à son établissement. Le calcul, permettant d’obtenir ce chiffre, tient compte à la fois du nombre d’élèves, de la catégorisation de l’établissement et des options dont il dispose. Ce mode de calcul semble juste et précis, alors qu’en réalité, son apparente simplicité cache bien des perversités.

Ainsi, à nombre d’élèves égal, un collège en éducation prioritaire reçoit 50% de DGH supplémentaire. Cela semble juste. On sait pourtant aujourd’hui que bien souvent, c’est le collège le moins doté et le plus favorisé qui reçoit en réalité le plus de moyens. Ce paradoxe s’explique parce que la DGH additionne des heures brutes. Elle ne tient pas compte de la "qualité" des personnels auxquels on attribue ces heures. Même davantage dotés, les établissements accueillant le public le plus défavorisé, concentrent des enseignants contractuels ou débutants, donc moins coûteux et moins expérimentés. [...]

[...] Pour sortir de cette illusion du totem technocratique que constituent les dotations globales et les "heures postes", nous ne préconisons, pas de les supprimer, car cela serait impossible, tant le système est imprégné et déterminé par cette logique pudique du système de dotation. Nous préférons la méthode du double affichage : mettre, à côté de chaque chiffre global de dotation, de manière systématique et obligatoire, son coût réel pour la Nation. Un recteur, ou un chef d’établissement, reçoit un certain nombre de postes et d’heures mais il reçoit aussi et surtout, une partie du budget que la Nation lui alloue, c’est à dire de l’argent. Les usagers, les personnels et les citoyens doivent savoir à quoi correspond financièrement cet argent.

Il ne s’agit pas d’une mesure "de droite" inventée pour "marchandiser" l’école comme on pourra nous le reprocher mais, en réalité, d’une mesure réellement de gauche. On sait maintenant que l’Education nationale donne moins à ceux qui en ont le plus besoin. L’Education prioritaire n’est pas aussi coûteuse que le volontarisme de cette politique pouvait nous permettre d’espérer. En rajoutant une colonne en euros à chacun de nos tableaux Excel des moyens, alloués aux établissements, on rajoute un élément de compréhension pour que la Nation, ses dirigeants, les cadres de l’Education nationale et les communautés scolaires puissent prendre les bonnes décisions. Cela n’a rien à voir avec le capitalisme mais avec une réalité qu’on préfère oublier : la lutte pour l’égalité des chances a un coût ; l’interroger, c’est promouvoir la réussite pour tous et non vouloir l’enterrer.

Extrait de cafepedagogqiue.net du 07.04.17 : Pierre Ferry : Débarrassons-nous des totems technocratiques

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